Fatigués des débats stériles, de la polarisation systématique et de l’isolement confortable de nos "bulles de filtres" ? Ce sentiment de lassitude face à la toxicité des échanges en ligne est largement partagé.

Face à ce constat, une alternative au modèle de l’influenceur traditionnel émerge. Le "confluenceur" se présente comme une réponse surprenante et nécessaire à ces défis numériques. Il ne s'agit pas d'une simple alternative, mais d'une redéfinition radicale de ce que signifie avoir un impact à l'ère numérique. Cet article explore les points les plus marquants de cette nouvelle approche, qui vise à rassembler là où d’autres divisent.

1. Le contre-pied de l'influence : L'influenceur persuade, le confluenceur rassemble

Le modèle de l'influenceur traditionnel est aujourd'hui bien connu : il est unilatéral et hiérarchique. Son rôle est de persuader une audience, de promouvoir une idée, un produit ou un mode de vie. L'interaction est asymétrique : l'influenceur émet un message, tandis que son public le reçoit, y réagit, mais participe rarement à sa construction.

Le confluenceur prend le contre-pied total de cette démarche. Son objectif n'est pas d'imposer une opinion, mais de créer un dialogue multidirectionnel, dans un modèle collaboratif et participatif. Il ne cherche pas l'adhésion mais la compréhension mutuelle, la cohésion sociale et la création de ponts entre des perspectives opposées. Son art n'est pas celui de convaincre, mais celui de faciliter un échange où chaque voix peut s'exprimer et être entendue.

Le concept est défini avec une grande précision :

“Un confluenceur est une personne qui œuvre à rassembler et harmoniser des perspectives, des idées ou des groupes différents. Contrairement à une figure traditionnelle qui peut imposer ou diriger les opinions, le confluenceur cherche à établir des ponts, à favoriser le dialogue et à instaurer une compréhension mutuelle dans des contextes divers. Il agit comme un médiateur et un catalyseur de cohésion sociale, encourageant les échanges respectueux et la cohabitation constructive des points de vue. Par son engagement, le confluenceur contribue à la réduction des tensions, à la lutte contre la polarisation et à la construction de communautés inclusives et ouvertes.”

Cette distinction est cruciale aujourd'hui. Elle marque le passage d'un modèle d'impact individuel, mesuré par la viralité et la notoriété personnelle, à un modèle d'impact collectif, dont le succès se mesure à sa capacité à renforcer le tissu social et la cohésion.

2. Le vrai succès n'est plus viral, il est durable

Le succès de l'influenceur traditionnel se mesure souvent à l'aune de métriques instantanées : le nombre de likes, de partages, la portée d'une publication. Cette course à la viralité, au cœur de l'économie de l'attention, encourage la production de messages simplifiés, sensationnalistes ou polarisants, car ce sont eux qui génèrent le plus de réactions immédiates.

En contraste, la démarche du confluenceur s'inscrit dans le long terme. Son succès ne se mesure pas à sa notoriété, mais à sa capacité à construire des ponts durables entre des communautés ou des idées. Il privilégie des échanges approfondis et réfléchis, même si cela signifie ralentir le rythme pour mieux bâtir une compréhension solide entre les parties.

Ce changement de paradigme est fondamental. Dans un monde numérique dont les architectures algorithmiques amplifient la division, viser la "cohésion" plutôt que la "viralité" n'est pas seulement une approche plus résiliente, c'est un acte de résistance éthique. Elle ne cherche pas l'effet éphémère d'un buzz, mais la transformation durable des relations humaines face aux fractures qui nous menacent. Mais construire cette cohésion durable n'est pas une simple intention ; elle repose sur une méthode rigoureuse : le dialogue constructif.

3. L'antidote à la toxicité en ligne : Le dialogue constructif

Les débats en ligne se transforment trop souvent en arènes de confrontation où le but n'est plus de comprendre, mais de "gagner". Chacun cherche à imposer son point de vue, transformant l'échange en une joute stérile qui ne fait qu'accentuer les divisions.

Face à ce problème, l'outil principal du confluenceur est le "dialogue constructif". Cette approche repose sur des piliers solides qui permettent de transformer un affrontement en une opportunité de co-création.

  • L'écoute active : Il ne s'agit pas seulement d'entendre les mots, mais de chercher à comprendre sincèrement les arguments, les émotions et les motivations de l'autre. C'est un engagement à saisir la profondeur d'un point de vue, au-delà de sa formulation.
  • La recherche de compréhension mutuelle : Contrairement à un débat compétitif, l'objectif n'est pas de prouver que l'autre a tort, mais de comprendre pourquoi il pense ce qu'il pense. Cette démarche exige une ouverture d'esprit et une remise en question de ses propres certitudes.
  • L'orientation vers des solutions : Le dialogue constructif est pragmatique. Il ne se contente pas d'échanger des idées, il vise activement à trouver des terrains d'entente et à co-créer des solutions concrètes qui intègrent les besoins de toutes les parties.

Cette approche peut sembler contre-intuitive dans un environnement numérique qui valorise la répartie et la confrontation. Pourtant, sa force réside dans sa capacité à ne pas effacer les différences, mais à les transformer en une ressource pour innover et construire un consensus solide.

4. Une réponse philosophique à un problème technologique

À première vue, la polarisation, les bulles de filtres et la désinformation semblent être des problèmes purement technologiques, directement liés aux algorithmes qui régissent nos plateformes sociales. On pourrait donc croire que la solution doit être, elle aussi, technologique.

Pourtant, la solution proposée par le confluenceur est surprenante car elle est profondément ancrée dans la philosophie. Sa démarche s'inspire de la recherche d'un "bien commun", un concept cher à des penseurs comme Jean-Jacques Rousseauet sa "volonté générale". Elle s'appuie sur la vision de Hannah Arendt de l'espace public comme lieu de co-création du réel, sur la théorie de l'agir communicationnel de Jürgen Habermas qui valorise le dialogue rationnel, ou encore sur la figure du "truchement" de Michel Serres, ce médiateur qui relie des univers différents.

Cette profondeur philosophique est précisément ce qui donne sa force au rôle de confluenceur. Les problèmes algorithmiques, qui optimisent l'engagement sans se soucier de la vérité ou de la cohésion, sont en réalité des problèmes de valeurs humaines. Face à cela, un cadre humaniste et philosophique n'est pas une simple alternative, mais l'antidote nécessaire. Il ne s'agit pas d'une nouvelle stratégie de communication, mais d'une réponse éthique à un défi technologique qui menace notre lien social.

Conclusion

Le "confluenceur" n'est donc pas un simple "anti-influenceur". Il incarne un nouveau modèle d'acteur social, absolument nécessaire pour naviguer dans la complexité de notre monde numérique. En privilégiant l'écoute, la nuance et la recherche de cohésion, il œuvre à la construction d'un espace public plus sain et d'une société plus apaisée. Plus qu'un modèle, le rôle de confluenceur s'impose comme une compétence citoyenne essentielle pour le XXIe siècle, vitale pour la santé de notre espace public numérique et, en fin de compte, de notre démocratie.

Comme le suggère l'auteur du concept, Didier Buffet, peut-être que "les épaisseurs qui nous séparent seraient moins solides que les subtilités qui nous rassemblent". Cette pensée inspirante nous invite à une réflexion finale.

Et si, à notre échelle, nous devenions tous un peu des confluenceurs dans nos interactions quotidiennes ?

Explication audio :

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Le Confluenceur face a l ere de l influence
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