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# De l’après-guerre à la fin du baby-boom : fécondité, travail et migrations en France
- URL: https://www.leblogdedibu.fr/de-lapres-guerre-a-la-fin-du-baby-boom-fecondite-travail-et-migrations-en-france/
- Published: 2026-09-24T10:54:13.000Z
- Updated: 2026-09-24T10:54:13.000Z
- Description: De 1945 aux années 1970, la France passe du baby-boom au recul de la fécondité. Le travail des femmes, l’accès aux études et les migrations transforment le pays. La Réunion révèle les contrastes et les limites des politiques démographiques de l’après-guerre.
- Author: Didier Buffet
- Tags: Histoire, Géopolitique, Économie, Politique, Sociologie

*La France des années 1950 et 1960 a besoin de travailleurs tout en élevant des générations nombreuses. Puis la fécondité recule, les femmes gagnent en autonomie et les territoires évoluent à des rythmes différents. La Réunion appartient pleinement à cette histoire, avec une transition démographique et des politiques qui lui sont propres.*

En 1945, la France sort de la guerre avec des villes à reconstruire, des logements à produire et une économie à relancer. Les naissances augmentent fortement. Quelques années plus tard, les entreprises recrutent des travailleurs venus d’autres régions, de l’outre-mer et de l’étranger. Au milieu des années 1960, la fécondité commence pourtant à diminuer. Ce rapprochement a souvent nourri un récit simple : la France aurait manqué d’enfants, puis cherché ailleurs la population qui lui faisait défaut. La chronologie raconte une autre histoire. Les générations nées pendant le baby-boom sont nombreuses ; les besoins de main-d’œuvre immédiats concernent des adultes, des compétences et des lieux de travail précis. L’évolution des naissances se joue, elle, sur plusieurs décennies.

La même période transforme profondément la vie des femmes. Leur présence dans l’emploi salarié augmente, leurs études s’allongent, leur situation juridique change et la contraception devient progressivement accessible. Cette évolution appelle une analyse précise des liens entre émancipation et fécondité. Les dates suggèrent une relation, mais les données imposent d’examiner ce que « baisser » veut dire. Une femme qui a son premier enfant plus tard n’a pas nécessairement moins d’enfants à la fin de sa vie. Une mère qui travaille peut souhaiter limiter les naissances, mais elle peut aussi travailler parce que ses enfants grandissent ou parce que les revenus du ménage l’exigent. La société change sur plusieurs plans à la fois.

La Réunion éclaire ces transformations par contraste. Département français depuis 1946, elle connaît une fécondité bien plus élevée que celle de la métropole et un chômage important. L’État y soutient les migrations et la maîtrise des naissances, tandis qu’il recrute dans l’Hexagone. Cette articulation entre besoins nationaux, ressources territoriales et destins individuels offre un observatoire particulièrement révélateur des choix de l’après-guerre.

## Avant le baby-boom, une vieille inquiétude française

La crainte de la « dénatalité » ne naît pas dans les années 1960\. La France connaît dès le XIXe siècle une baisse précoce de la fécondité par rapport à plusieurs de ses voisins. Les couples limitent leurs naissances bien avant l’invention de la pilule et bien avant l’accès massif des femmes aux professions salariées. Les guerres accentuent les déséquilibres : séparations, décès, mariages empêchés et projets familiaux ajournés modifient à la fois le nombre d’habitants et celui des enfants qui naissent. L’INED rappelle que l’indicateur de fécondité tombe de 2,3 enfants par femme en 1913 à 1,2 en 1916\. Dans l’entre-deux-guerres, les générations féminines présentent une descendance relativement faible¹.

Cette profondeur historique compte pour comprendre la période suivante. Une chute observée en 1965 ne peut représenter le moment où les Françaises auraient, pour la première fois, décidé de limiter leur famille. Des pratiques anciennes changent de contexte et de moyens. La nouveauté des décennies 1960 et 1970 tient à la généralisation de l’école, aux transformations du couple, à l’urbanisation, à la place du salariat féminin et à la possibilité croissante de choisir plus sûrement le moment d’une grossesse. Les familles nombreuses perdent du terrain ; celles de deux enfants deviennent un modèle dominant.

Les pouvoirs publics ont eux aussi une histoire démographique antérieure à la Libération. Les prestations familiales sont mises en place progressivement à partir des années 1930\. La loi de 1932 institue un sursalaire pour certains salariés ayant au moins deux enfants ; les mesures de 1938 et 1939 réorganisent les allocations et les primes. En 1946, la branche famille de la Sécurité sociale regroupe plusieurs prestations, dont les allocations familiales, l’allocation de salaire unique et les allocations prénatales². Il serait excessif de soutenir que ces dispositifs ont « fabriqué » le baby-boom : la reprise a aussi lieu dans d’autres pays. Ils montrent cependant que l’État entend depuis longtemps soutenir les familles et intervenir dans la répartition du coût des enfants.

L’allocation de salaire unique révèle une tension durable. Elle contribue au revenu de ménages avec enfants, mais correspond aussi à un idéal dans lequel le salaire de l’homme entretient le foyer et la femme s’occupe du travail domestique. Dans les fermes, les commerces et les ateliers familiaux, beaucoup de femmes travaillent pourtant déjà, souvent sans salaire personnel ni reconnaissance statistique adéquate. Les catégories de « femme au foyer » et de « femme active » reflètent autant l’organisation sociale du travail que la réalité des tâches accomplies. Ce décalage deviendra essentiel lorsque l’emploi féminin progressera dans les recensements.

Après la guerre, la remontée est spectaculaire. L’INED situe la fécondité autour de trois enfants par femme à la fin des années 1940, contre environ 1,8 en 1941\. Le retour des prisonniers, les unions différées et les naissances ajournées jouent un rôle dans les premières années. La reprise se prolonge cependant trop longtemps pour être réduite à un simple rattrapage : elle devient un phénomène d’une génération, porté par la croissance économique et une transformation des calendriers familiaux¹,³.

En 1946, on enregistre environ 840 000 naissances en métropole ; les trois années suivantes en comptent davantage, autour de 867 000 par an selon la synthèse historique de l’INED. Après un léger repli au milieu des années 1950, les naissances repartent à la hausse. La fécondité atteint de nouveau environ 2,9 enfants par femme en 1964\. En 1971, le nombre des naissances approche 879 000³. Il y a là une première leçon démographique : ni la modernisation économique ni le travail des femmes ne déclenchent immédiatement une diminution mécanique des naissances. L’activité féminine commence à évoluer dans une France où l’on met encore au monde beaucoup d’enfants.

Le baby-boom ne signifie pas que toutes les femmes avaient quatre ou cinq enfants. La descendance finale mesure le nombre effectivement eu par des femmes nées la même année et suivies jusqu’à la fin de leur vie féconde. L’INED évalue à environ 2,6 enfants celle des générations nées à la fin des années 1920, particulièrement engagées dans le baby-boom. Il relève aussi la progression des familles de trois enfants ou plus parmi certaines de ces générations. La moyenne de 2,6 n’efface ni les familles sans enfants ni les grandes fratries¹,⁴.

## Le tournant de 1964 : ce que mesurent les chiffres

À partir de 1964, l’indicateur conjoncturel de fécondité commence à baisser en France métropolitaine. Ce mouvement se retrouve dans plusieurs pays européens. L’Insee observe qu’il se poursuit jusqu’au milieu des années 1970, même si son intensité varie selon les régions⁵. Il faut donc situer le début du recul *avant* la loi Neuwirth de 1967, *avant* la loi Veil de 1975 et *avant* la crise économique déclenchée en 1973\. Ces événements ont pu influer sur la poursuite ou les modalités de l’évolution ; ils ne peuvent en expliquer seuls le point de départ.

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*Indicateur conjoncturel de fécondité, arrondi au centième. Sources : Insee pour 1960–1976 ; INED pour 1946–1949³,⁶.*

L’indicateur conjoncturel rassemble les taux observés la même année chez les femmes de tous les âges. Il décrit ce qui arriverait à une femme fictive si, tout au long de sa vie, elle rencontrait les taux de cette année. Il ne dit pas combien d’enfants les femmes nées en 1950, par exemple, auront réellement. Si les jeunes femmes diffèrent une naissance de quelques années, l’indicateur baisse immédiatement. Quand elles ont plus tard les enfants différés, leur descendance finale peut être moins affectée. Un retournement de l’indicateur mérite donc d’être interprété à la lumière des générations réelles¹,⁵.

La baisse des naissances annuelles survient plus tard que celle de la fécondité. Les très nombreuses filles nées pendant le baby-boom arrivent à leur tour à l’âge d’avoir des enfants. Leur effectif peut maintenir un grand nombre de naissances même lorsque chacune, en moyenne, en a moins. L’Insee rappelle que la France compte plus de 800 000 naissances par an de 1946 à 1974\. Entre 1972 et 1976, la fécondité passe d’environ 2,42 à 1,83 enfant par femme, et les naissances d’environ 878 000 à 720 000⁷. La fin du baby-boom se voit alors clairement dans les deux séries, à des dates légèrement différentes.

Le nombre d’enfants réellement eus par les générations raconte une évolution moins brutale. L’INED indique que les femmes nées au cours des années 1950 ont eu un peu plus de deux enfants en moyenne, contre environ 2,6 pour celles nées en 1930\. Des séries plus récentes situent la descendance finale des générations nées de 1960 à 1987 autour de 2 à 2,1 enfants¹,⁸. La famille s’est réduite, mais l’image d’une génération ayant brusquement renoncé à la maternité projette sur toutes les femmes une lecture excessive d’un indice annuel.

Cette distinction conduit à manier avec soin le mot « dénatalité ». Dans le langage ordinaire, il désigne une baisse des naissances ou la peur d’un renouvellement insuffisant. En démographie, le nombre de naissances, le taux de natalité rapporté à l’ensemble des habitants, la fécondité rapportée aux femmes en âge d’avoir des enfants et la descendance finale mesurent des réalités différentes. En 1964, la fécondité métropolitaine commence à refluer ; en 1971, les naissances restent près d’un sommet. Le même pays peut donc être engagé dans un changement de comportement reproductif sans manquer immédiatement de nourrissons.

Les territoires se transforment à leur tour de façon inégale. En 1962, l’indicateur de fécondité s’étage selon les régions de 2,38 à 3,37 enfants par femme ; en 1975, de 1,66 à 2,3 selon les calculs de l’Insee. Les écarts se resserrent, mais ils ne disparaissent pas. Dans certaines campagnes, les jeunes adultes partent ; la population vieillit et les naissances locales diminuent, même lorsque les couples qui restent ne modifient pas profondément la taille de leur famille⁵. Une carte des naissances ne peut donc être lue comme une carte des seules préférences parentales.

## Travail, études et pouvoir de choisir

La progression de l’emploi féminin est incontestable. L’INED dénombre 7,126 millions de femmes déclarées actives au recensement de 1968 et 8,132 millions en 1975 : environ un million de plus en sept ans⁹. L’Insee estime que, chez les femmes de 30 à 50 ans, seules 40 à 45 % étaient déclarées actives en 1962\. Ces chiffres incluent néanmoins un effet de meilleure reconnaissance d’activités autrefois mal comptées, en particulier dans les exploitations agricoles. Ils traduisent aussi une augmentation réelle de l’emploi salarié¹⁰.

Dire que les femmes « ont commencé à travailler » dans les années 1960 effacerait celles qui cultivaient, vendaient, soignaient, fabriquaient ou tenaient la comptabilité d’un commerce bien avant cette période. Le changement porte sur la nature et la visibilité de leur activité. Le salariat donne plus souvent un revenu identifiable, un lieu de travail distinct du foyer et des droits propres. Cette évolution peut renforcer l’autonomie, tout en ajoutant aux heures rémunérées les tâches domestiques que les hommes ne prennent pas nécessairement en charge dans la même proportion. La question des naissances s’inscrit dans cette organisation très concrète des journées.

La réforme des régimes matrimoniaux du 13 juillet 1965, entrée en vigueur en février 1966, reconnaît expressément à la femme mariée le droit d’exercer une profession sans le consentement de son mari. Elle consacre aussi la possibilité pour chaque époux d’ouvrir un compte en son nom¹¹. Une loi n’efface pas immédiatement les rapports de pouvoir privés. Elle marque cependant un déplacement de principe : la capacité professionnelle et l’administration de ressources cessent d’être définies comme une permission accordée par l’époux.

L’école participe à cette transformation. Selon les séries du ministère de l’Éducation nationale, 5,1 % d’une génération obtient le baccalauréat en 1950 ; la proportion atteint 20,1 % en 1970¹². Ces chiffres concernent filles et garçons ensemble. Leur progression ne suffit pas à quantifier la part précise des femmes poursuivant des études supérieures, mais elle situe l’ampleur de la massification scolaire. De nouvelles possibilités s’ouvrent aux jeunes filles ; les études peuvent retarder l’entrée dans l’emploi, la mise en couple ou une première maternité, puis permettre de choisir plus librement le moment de fonder une famille.

Cette relation varie selon les décennies. L’Insee situe l’âge moyen à la première naissance autour de 24,2 ans en 1967 et précise qu’il diminue légèrement jusqu’au milieu des années 1970\. Sa remontée intervient ensuite, pour atteindre 28,1 ans en 2010¹³. Il serait donc incorrect de faire du report massif de la première maternité la cause immédiate du recul engagé dès 1964\. La réduction des familles nombreuses intervient d’abord ; le retard de la première naissance prend une place croissante plus tard. L’INED constate également un lien étroit, à partir de la fin des années 1970, entre allongement des études et maternité plus tardive¹⁴.

Un autre changement concerne les enfants de rang élevé. Les travaux de l’Insee indiquent que les familles de quatre enfants ou plus deviennent moins fréquentes lors de la fin du baby-boom. Parmi les femmes nées entre 1932 et 1946, la famille de deux enfants occupe une place croissante⁴,⁵. Autrement dit, une partie du changement ne vient pas de l’abandon du projet d’être mère, mais de la décision d’arrêter les naissances après un ou deux enfants, ou d’espacer davantage celles qui suivront. Les contraintes matérielles peuvent intervenir ; le souhait de mieux élever chaque enfant aussi.

La contraception offre des moyens plus fiables à des intentions qui existaient auparavant. La loi Neuwirth de décembre 1967 ouvre l’accès légal à la contraception, avec une mise en œuvre progressive. La loi Veil de janvier 1975 modifie ensuite le régime de l’interruption volontaire de grossesse¹⁵. Il serait erroné de dire que les Françaises étaient dépourvues de toute méthode de limitation avant ces lois, comme il serait erroné d’imaginer que ces lois ont instantanément rendu le choix également accessible à toutes. Leurs effets se déploient à travers les informations, les pratiques médicales, les ressources disponibles et les relations au sein des couples.

La chronologie interdit une causalité unique : la baisse commence avant la légalisation de la contraception ; celle-ci transforme ensuite la capacité de maîtriser les grossesses. L’enquête de l’INED réalisée en 1968 auprès de femmes mariées s’intéresse déjà aux motifs de la limitation des naissances dans les ménages d’un ou deux enfants¹⁶. Elle rappelle que le débat existe au cœur même de la décennie, parmi des personnes qui fondent une famille. L’émancipation ne consiste pas seulement à avoir moins d’enfants. Elle consiste à pouvoir vouloir un enfant, en refuser un autre, négocier le calendrier et disposer des moyens de faire respecter cette décision.

Le travail féminin joue ici un rôle plausible, mais sa relation avec la fécondité va dans plusieurs sens. La possibilité d’un salaire peut rendre les femmes moins dépendantes d’un mariage et soutenir un projet personnel au-delà de la maternité. L’arrivée d’un troisième enfant peut, inversement, réduire leurs possibilités de garder un emploi. Une analyse statistique de l’Insee consacrée à l’effet du passage de deux à trois enfants sur l’activité des mères illustre ce second mécanisme¹⁷. Observer simultanément plus d’emplois féminins et moins de naissances ne permet pas de décider, à lui seul, dans quel sens fonctionne la causalité.

L’organisation de la garde, les horaires, les revenus et l’attitude des employeurs comptent aussi. Deux femmes également diplômées et également désireuses d’avoir des enfants ne font pas face aux mêmes choix si l’une peut conserver son poste et obtenir une place d’accueil tandis que l’autre risque de perdre son revenu. Les comparaisons étudiées par l’INED montrent que certains pays combinent un emploi féminin et une fécondité relativement élevés¹⁸. Le conflit apparent entre travailler et devenir mère n’est donc pas une loi biologique ou sociologique. Son intensité dépend des institutions et du partage du travail familial.

La thèse la plus solide est, dès lors, celle d’une transformation des possibilités de choisir. Les femmes ne deviennent pas soudain étrangères à la maternité. Elles disposent progressivement de davantage de raisons, de droits et de moyens pour lui donner une place compatible avec leurs études, leur profession et la vie qu’elles souhaitent mener. Ce changement accompagne la diminution du nombre d’enfants par femme ; il n’autorise pas à faire de « la femme qui travaille » une cause isolée, encore moins la responsable d’une crise nationale. Un regard de sociologue doit aussi constater que l’autonomie reste inégale selon la classe sociale, la région et l’accès aux soins.

## Une France de travailleurs, mais des besoins très localisés

La croissance de l’après-guerre exige immédiatement des bras : dans l’industrie, le bâtiment, les transports, les services et encore dans une partie de l’agriculture. La reconstruction et l’équipement du pays mobilisent des adultes déjà formés ou susceptibles de l’être rapidement. Les nouveau-nés du baby-boom ne répondent pas à cette demande avant quinze ou vingt ans. Ils créent d’abord des besoins en logement, en école, en santé et, plus tard, en emplois. Le besoin de travailleurs et l’abondance des naissances peuvent ainsi exister simultanément, sans contradiction.

L’Insee évalue à environ 19 millions le nombre de personnes occupant un emploi en métropole en 1962, dont les deux tiers sont des hommes. Il recense 7,4 millions d’ouvriers, soit près de 39 % des personnes en emploi¹⁹. L’économie cherche à produire davantage ; les entreprises recrutent. Les besoins ne sont pourtant pas identiques d’une profession à l’autre ni d’un département à l’autre. Une personne disponible dans un territoire éloigné n’est pas immédiatement un travailleur qualifié pour un chantier particulier. La migration constitue l’une des réponses à cette distance géographique et professionnelle.

La campagne française se transforme en parallèle. L’Insee dénombre en 1955 quelque 2,3 millions d’exploitations agricoles et 6,2 millions de personnes dans la population active agricole, familiale ou salariée : environ 31 % de l’emploi total²⁰. La mécanisation, l’agrandissement et la réorganisation des exploitations réduisent progressivement ces effectifs. Les lois d’orientation de 1960 et de 1962 accompagnent cette évolution. Les jeunes qui quittent les fermes ne quittent pas nécessairement un secteur en manque permanent de main-d’œuvre : ils peuvent partir parce que l’agriculture modernisée offre moins de places et que les villes offrent d’autres perspectives.

Cela n’empêche pas une famille agricole particulière de chercher un aide, un apprenti ou un successeur. La pénurie ressentie localement et la contraction nationale de l’emploi agricole décrivent des réalités différentes. De même, un village peut perdre ses jeunes adultes au moment où une grande ville recherche des ouvriers. Pour comprendre l’exode rural, il faut suivre les flux de travail, le logement et l’accès aux services plutôt que déduire un manque général de population d’une campagne qui se vide.

L’État organise aussi le recrutement de travailleurs étrangers. Créé en 1945, l’Office national d’immigration intervient dans ce domaine. La population immigrée passe, selon les recensements repris par l’Insee, d’environ 2,86 millions de personnes en 1962 à 3,24 millions en 1968 puis 3,89 millions en 1975\. En 1968, elle représente 6,5 % de la population métropolitaine²¹. Les arrivées répondent notamment aux demandes de l’industrie et de la construction, avec des parcours issus d’Espagne, d’Italie, du Portugal, du Maghreb et d’autres pays. La diversité des provenances est réelle ; les emplois et les conditions d’accueil le sont aussi.

Le cas algérien demande une précision historique. Jusqu’à l’indépendance de 1962, l’Algérie appartient juridiquement à l’ensemble français ; les personnes qui en viennent n’ont pas toutes le statut d’étrangers que cette appellation suggère rétrospectivement. Leurs droits effectifs et les catégories administratives sont toutefois profondément inégaux. Après l’indépendance, leur situation juridique change. L’Insee rappelle que les mouvements de travailleurs depuis l’Algérie, notamment depuis la Kabylie, avaient déjà une longue histoire et répondent après 1945 aux besoins de main-d’œuvre hexagonaux²².

Le recrutement international comporte une rationalité économique évidente pour les entreprises qui ont besoin de personnel. Il implique également des choix sociaux sur les métiers proposés, les salaires, les logements et les possibilités de faire venir sa famille. L’intérêt de l’économie nationale ne se confond pas toujours avec celui des personnes recrutées. L’histoire des Trente Glorieuses mêle une contribution fondamentale des travailleurs venus d’ailleurs et des conditions d’intégration très inégales. Une analyse historique ne peut réduire ces migrations à un simple échange de « bras » entre régions du monde.

La dynamique change dans les années 1970\. Les enfants du baby-boom arrivent nombreux sur le marché du travail. Les femmes y participent davantage. Au même moment, la croissance ralentit fortement après le choc de 1973 ; l’Insee situe en 1974 une rupture suivie d’une hausse du chômage²³. Le besoin de main-d’œuvre de 1955 ne peut ainsi servir de justification intemporelle à toutes les décisions prises jusque dans les années 1980\. La cohérence d’une politique doit être réévaluée à mesure que ses conditions économiques changent.

## La Réunion dans la même République, à un autre moment démographique

La Réunion ne peut être laissée hors de cette histoire nationale. Département depuis 1946, elle connaît au cours des années 1950 et 1960 une situation différente de la métropole. La mortalité diminue grâce aux progrès sanitaires, tandis que la fécondité demeure très élevée. La population passe d’environ 349 300 habitants en 1961 à 416 500 en 1967\. Frédéric Sandron évalue la croissance annuelle moyenne à 3 % entre ces deux dates²⁴. Ce rythme crée de lourds besoins de logements, d’écoles, de soins et d’emplois, dans un territoire dont le rattrapage économique reste inachevé.

Les séries de l’Insee rendent l’écart visible :

**Deux territoires, deux rythmes de baisse**

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*Indicateur conjoncturel de fécondité, en enfants par femme. Entre ces deux dates, il recule d’environ 34 % en métropole et 45 % à La Réunion. Source : Insee⁶.*

Les deux territoires connaissent donc une baisse, avec des points de départ très différents. La transition réunionnaise est rapide ; elle ne signifie pas que toutes les familles étaient également nombreuses ni que toutes les grossesses avaient le même sens pour les femmes concernées. Les moyennes renseignent sur un territoire, jamais à elles seules sur le désir d’une personne.

Dans une économie où les emplois manquent, la migration de travail peut devenir une possibilité véritable. L’Insee estime le chômage réunionnais à 23 % en 1967, première année de mesure selon la définition qu’il retient²⁵. Le BUMIDOM, créé en 1963, organise des déplacements vers l’Hexagone. Un rapport parlementaire évalue à 70 615 les migrations qu’il a organisées entre 1963 et 1981 pour l’ensemble des départements d’outre-mer, dont 37 473 personnes originaires de La Réunion²⁴. Il faut distinguer ces départs organisés des autres migrations ultramarines, ainsi que les migrations d’adultes de celles des mineurs.

La logique de la rencontre entre chômage dans un département et postes vacants dans un autre était compréhensible. Elle a pu permettre à des personnes d’apprendre un métier, de percevoir un salaire et de construire une vie ailleurs. La qualification reçue, la liberté de rester ou de revenir, les informations données avant le départ et la qualité du logement restent les critères nécessaires pour évaluer cette promesse. Un placement professionnel obtenu après un déplacement n’efface ni le mal du pays ni, à l’inverse, l’autonomie conquise. Les parcours ne se déduisent pas d’un programme administratif.

Les mêmes contraintes démographiques ont nourri la politique réunionnaise de limitation des naissances. Sandron étudie l’Association réunionnaise d’éducation populaire, puis l’Association réunionnaise d’orientation familiale, dans cette action²⁴. La chute de l’indicateur de fécondité témoigne d’un changement majeur ; elle ne mesure pas l’effet isolé de ces organisations. Le développement de la scolarisation, les nouveaux projets des familles, les transformations sociales et les possibilités contraceptives interagissent. Il serait aussi hâtif d’attribuer toute la diminution à des décisions imposées que de supposer toutes les pratiques librement consenties.

Les politiques familiales appliquées outre-mer n’ont pas toujours suivi les mêmes règles que celles de l’Hexagone. Une chronologie institutionnelle des prestations montre des rythmes et des conditions distincts². Cette différence compte dans un département où les familles pauvres ont précisément besoin de soutien. La démographie devient parfois le langage dans lequel on exprime un problème dont une partie relève aussi de l’inégalité des revenus, de l’accès à la terre et du développement économique. L’existence de familles nombreuses n’interdit pas de demander si les choix de redistribution auraient pu réduire certaines difficultés autrement.

La liberté des femmes est ici un critère aussi important qu’en métropole. Offrir une information fiable et une contraception volontaire élargit leur capacité de décider. La recherche de Myriam Paris, fondée sur les archives des associations engagées dans le contrôle des naissances, documente aussi des pratiques coercitives et analyse leur ciblage social et racial²⁶. Des poursuites judiciaires ont par ailleurs suivi l’affaire des avortements pratiqués à la clinique de Saint-Benoît au début des années 1970²⁷. Les éléments réunis ne démontrent pas un ordre personnel de de Gaulle ou de Debré prescrivant des stérilisations raciales ; ils interdisent de ramener toute cette histoire à une opération sanitaire sans abus ni rapports de domination.

Les déplacements de mineurs assistés appartiennent au même contexte de migration organisée, mais obéissent à d’autres obligations. Une commission historique recense 2 015 enfants envoyés vers 83 départements entre le début des années 1960 et le début des années 1980 ; 215 furent accueillis dans la Creuse²⁸. Tous n’étaient pas orphelins. Ces quelques milliers de placements étalés sur vingt ans ne pouvaient ni inverser la croissance de La Réunion ni repeupler les campagnes françaises. Les enfants constituaient des personnes à protéger, pas une variable d’ajustement démographique comparable à un flux de travailleurs adultes.

Certains accueils ont donné une famille, une instruction ou une profession ; d’autres ont provoqué des ruptures et des violences. Le rapport de l’IGAS de 2002, fondé notamment sur 145 dossiers, se refuse à un bilan global négatif, mais signale l’absence d’étude exhaustive et rigoureuse des parcours²⁹. La commission de 2018 documente également des situations diverses et les limites de son questionnaire rétrospectif²⁸. Les données ne permettent pas d’affirmer que la majorité des enfants aurait été « sauvée » par ces transferts, ni que tous les placements furent des échecs. Elles permettent d’examiner les manquements de protection sans assimiler le déplacement d’un enfant à la mobilité libre d’un salarié.

Le contraste entre les échelles est frappant. La Creuse passe de 156 876 habitants en 1968 à 139 968 en 1982, malgré les accueils de la période. La Réunion passe de 416 525 habitants en 1967 à 515 814 en 1982 malgré la baisse de sa fécondité et les migrations³⁰. Ces séries ne mesurent pas à elles seules l’effet causal des politiques. Elles mettent fin à l’idée que les départs de quelque deux mille mineurs auraient constitué une solution démographique majeure pour l’un ou l’autre territoire.

## Quel bilan pour la politique de l’après-guerre ?

Le premier jugement est démographique. La France des années 1950 et du début des années 1960 ne connaît pas une pénurie nationale de naissances. La baisse de la fécondité commence vers 1964 ; la diminution marquée du nombre annuel des naissances apparaît une décennie plus tard. La politique familiale d’après-guerre accompagne une société qui fait beaucoup d’enfants, puis une société où les femmes et les couples tendent à organiser autrement leur calendrier et la taille de leur famille. Lire tous ces moments sous une seule étiquette de « dénatalité » fait perdre le sens de leur succession.

Le deuxième jugement concerne le travail des femmes. Leur accès croissant au salariat, aux études et aux moyens de maîtriser les grossesses participe certainement à la transformation des comportements. La diminution des familles très nombreuses, les changements du couple et les possibilités de garde comptent également. Il n’existe pas dans les séries examinées un coefficient qui permettrait de dire : chaque femme entrée dans l’emploi a causé telle fraction de la baisse nationale de fécondité. Le travail peut précéder, suivre ou accompagner une décision reproductive. La position la mieux fondée consiste à considérer l’autonomie féminine comme une transformation décisive du contexte, sans en faire un mécanisme automatique.

Le troisième jugement porte sur la mobilité. Recruter des travailleurs en période de forte croissance, en France ou à l’étranger, répondait à des besoins économiques réels. Proposer à des habitants des départements ultramarins frappés par le chômage une formation et un emploi dans l’Hexagone pouvait être une politique utile. Sa réussite dépendait de conditions précises, qui n’étaient pas assurées par le seul fait de déplacer les personnes. La crise de l’emploi après 1974 rendait d’ailleurs nécessaire de réexaminer régulièrement les promesses faites aux migrants.

Enfin, les mineurs déplacés posent une question propre. Les traiter comme un petit volet de la gestion nationale de la main-d’œuvre conduit à manquer leur statut d’enfants et les liens familiaux qui leur donnent une histoire. Une famille accueillante ou un apprentissage réussi ne peuvent servir de preuve statistique du succès général ; les violences documentées ne permettent pas davantage de résumer deux mille vies en une seule. Le choix de l’État se juge aussi à la qualité du contrôle et à sa capacité de reconnaître les préjudices. En 2014, l’Assemblée nationale a constaté un manquement à sa responsabilité morale envers ces pupilles et demandé qu’ils puissent reconstituer leur histoire personnelle³¹.

L’histoire des Trente Glorieuses est ainsi celle d’une population qui grandit, travaille, se déplace et redéfinit sa manière d’avoir des enfants. Elle associe la montée des libertés personnelles à des politiques publiques parfois conçues selon les besoins d’un territoire ou d’un marché du travail avant ceux des personnes. La leçon du dossier réunionnais ne se sépare pas de la grande transformation française : une nation peut vouloir développer son économie et élargir l’accès à l’emploi ; elle doit mesurer ce qu’elle promet à ceux qu’elle fait partir, et regarder leur vie autrement qu’à travers ses statistiques.

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## Notes et références

*Les valeurs du tableau sont des indicateurs annuels, distincts du nombre d’enfants effectivement eus par une génération. Les interprétations sont distinguées des résultats statistiques. Recherche documentaire arrêtée au 24 septembre 2026.*

¹ INED, [« La fécondité en France en chiffres : indice conjoncturel, descendance finale et âge à la maternité »](https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/fecondite-en-france-en-chiffres-indice?ref=leblogdedibu.fr), données historiques et distinction entre fécondité du moment et des générations. Les comportements antérieurs aux années 1960 et les écarts entre les deux indicateurs y sont décrits.

² Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, [*Annexe 1\. Chronologie des prestations familiales de 1932 à 2021 dans l’Hexagone et en Outre-mer*](https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/284494%5F0.pdf?ref=leblogdedibu.fr), p. 26-27 du document (p. 25-26 du fichier PDF). Les différences entre territoires sont explicitées dans les colonnes de cette chronologie.

³ INED, [« Les cinquante ans du baby-boom »](https://www.ined.fr/sites/default/files/imported%5Fimages/pop%5Fet%5Fsoc%5Ffrancais%5F311.fr.pdf?ref=leblogdedibu.fr), *Population & Sociétés*, n° 311, mars 1996, p. 1 : naissances de 1946-1949, niveau de fécondité de 1964 et naissances de 1971.

⁴ INED, [« La fécondité en France en chiffres : rangs des naissances »](https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/fecondite-en-france-en-chiffres-rangs?ref=leblogdedibu.fr), données par génération et diffusion de la famille de deux enfants.

⁵ Insee, [« La fécondité dans les régions depuis les années 1960 »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280932?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Première*, n° 1430, janvier 2013, évolutions régionales de 1962 à 1975 et distinction entre niveau et calendrier de la fécondité.

⁶ Insee, [« Une population vieillissante »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/3047952?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Analyses Réunion*, n° 25, août 2017, figure 3 : séries comparables d’indicateur conjoncturel de fécondité pour La Réunion et la France métropolitaine, 1955-2015\. Les valeurs du tableau sont arrondies au centième ; la valeur 1946-1949 repose sur la source INED de la note 3.

⁷ Insee, [« La fécondité en France a résisté à la crise économique de 2008, contrairement à la plupart de ses voisins »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/5392468?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Focus*, n° 240, juillet 2021, encadré « La natalité française à travers les dernières crises » : séries historiques sur les naissances et la fécondité de 1946 à 1976.

⁸ Insee, [« 2,1 enfants par femme pour les générations nées entre 1947 et 1963 »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379743?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Focus*, n° 25, mai 2015, figure 1 : descendance finale des générations féminines. À rapprocher de la note 1 sur l’écart entre fécondité annuelle et descendance finale.

⁹ INED, [« Métiers de femmes »](https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/metiers-de-femmes?ref=leblogdedibu.fr), *Population & Sociétés*, n° 111, mars 1978, comparaison des recensements de 1968 et 1975.

¹⁰ Insee, [« Forte hausse du taux d’activité des femmes en 50 ans »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1559961?ref=leblogdedibu.fr), *Brèves d’Aval*, 2013\. L’étude souligne les changements de déclaration de l’activité agricole et le développement de l’emploi salarié.

¹¹ Légifrance, [Code civil, articles 221 à 224 dans leur rédaction entrée en vigueur le 1er février 1966](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000006422776/1966-02-01?ref=leblogdedibu.fr), loi n° 65-570 du 13 juillet 1965 : profession et comptes bancaires des époux.

¹² Ministère de l’Éducation nationale, DEPP, [*L’Éducation nationale en chiffres*](https://www.education.gouv.fr/depp/l-education-nationale-en-chiffres-edition-2026-505326?ref=leblogdedibu.fr)[, édition 2026](https://www.education.gouv.fr/depp/l-education-nationale-en-chiffres-edition-2026-505326?ref=leblogdedibu.fr), série « proportion de bacheliers dans une génération » : 5,1 % en 1950, 20,1 % en 1970\. Série tous sexes confondus.

¹³ Insee, [« Un premier enfant à 28 ans »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281068?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Première*, n° 1419, octobre 2012, âge au premier enfant en 1967 et en 2010, et chronologie du report des premières maternités.

¹⁴ INED, [« En France comme en Grande-Bretagne, l’allongement des études retarde les maternités »](https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/france-grande-bretagne-etudes-maternites?ref=leblogdedibu.fr), *Population & Sociétés*, n° 495, décembre 2012, analyse des calendriers de fin d’études et de naissance.

¹⁵ Assemblée nationale, [rapport n° 488, XVIe législature](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RAPPANR5L16B0488.html?ref=leblogdedibu.fr), rappels historiques sur la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 et la loi Veil du 17 janvier 1975 et sur la mise en application progressive de la première.

¹⁶ INED, [fiche de l’enquête « Les mobiles de la limitation des naissances dans les ménages de un ou deux enfants »](https://data.ined.fr/index.php/catalog/156?ref=leblogdedibu.fr), Louis Roussel et Françoise Vallot, collecte en 1968 auprès de femmes mariées de moins de 45 ans ; 2 299 questionnaires. Ce document atteste l’objet et le périmètre de l’enquête ; aucun résultat chiffré sur les motifs n’en est déduit ici.

¹⁷ Insee, [« Offre de travail des mères en France : l’effet causal du passage de deux à trois enfants »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1376786?sommaire=1376788&ref=leblogdedibu.fr), *Économie et Statistique*, n° 422, 2009\. L’analyse rappelle que choix d’activité et choix de fécondité ont des déterminants communs et peuvent s’influencer mutuellement.

¹⁸ Olivier Thévenon, INED, [*Politiques familiales, fécondité et emploi des femmes : apports et limites des comparaisons au niveau national*](https://www.ined.fr/fr/publications/editions/document-travail/politiques-familiales-fecondite-emploi-femmes?ref=leblogdedibu.fr), document de travail n° 200, 2014\. Les comparaisons ne permettent pas, seules, d’attribuer un effet causal à une politique ou à l’emploi.

¹⁹ Insee, [« 50 ans de mutations de l’emploi »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1283207?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Première*, n° 1312, septembre 2010, effectifs en emploi et nombre d’ouvriers en 1962.

²⁰ Maurice Desriers, [« L’agriculture française depuis cinquante ans : des petites exploitations familiales aux droits à paiement unique »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1372289/agrifra07c.pdf?ref=leblogdedibu.fr), dans *L’agriculture, nouveaux défis*, Insee Références, 2007, p. 17 et suivantes : 2,3 millions d’exploitations, 6,2 millions d’actifs agricoles, lois d’orientation.

²¹ Insee, [« Histoire des migrations et diversité des origines géographiques des immigrés »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793226?sommaire=6793391&ref=leblogdedibu.fr), *Immigrés et descendants d’immigrés en France*, édition 2023, tableau des recensements, chronologie des arrivées et création de l’Office national d’immigration.

²² Insee, [« En 2023, 3,5 millions d’immigrés nés en Afrique vivent en France »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8237722?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Première*, n° 2010, 2024, historique des migrations de travailleurs algériens ; voir également [« Les personnes nées françaises à l’étranger ont un profil plus proche des natifs que des immigrés »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/4991700?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Première*, n° 1829, 2020, sur les changements de statut liés à l’indépendance.

²³ Olivier Marchand et Claude Minni, Insee, [« Les grandes transformations du marché du travail en France depuis le début des années 1960 »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/4253035?ref=leblogdedibu.fr), *Économie et Statistique*, n° 510-511-512, décembre 2019, notamment la rupture de 1974 et la croissance de la population active.

²⁴ Frédéric Sandron, [« Une politique de population à contre-courant ? La Réunion des années 1950 à nos jours »](https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins%5Ftextes/divers17-02/010051178.pdf?ref=leblogdedibu.fr), communication scientifique, 2009, p. 3-4 et 9-10 : croissance réunionnaise et contexte migratoire. Assemblée nationale, [rapport d’information n° 1949](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RINFANR5L15B1949.html?ref=leblogdedibu.fr), 16 mai 2019, partie I-A : estimation de 70 615 migrants accompagnés par le BUMIDOM de 1963 à 1981, *tous DOM confondus*, dont 37 473 originaires de La Réunion. Les autres migrants ultramarins ne sont pas inclus dans ce chiffre.

²⁵ Yohan Coder, Bérangère Duplouy et Édouard Fabre, [« La départementalisation de La Réunion : 1946-2016, 70 ans de mutations économiques »](https://www.insee.fr/fr/statistiques/2128996?ref=leblogdedibu.fr), *Insee Analyses Réunion*, n° 18, octobre 2016, section « 70 ans de chômage » : estimation pour 1967.

²⁶ Myriam Paris, [« La racialisation d’une politique publique : le contrôle de la natalité à La Réunion (années 1960-1970) »](https://politix.cairn.info/article/?article=POX%5F131%5F0029&ref=leblogdedibu.fr), *Politix*, n° 131, 2020/3, p. 29-52\. Interprétation argumentée fondée sur les archives des organisations locales ; elle ne démontre pas en elle-même l’existence d’un ordre racial personnel émanant du chef de l’État.

²⁷ Assemblée nationale, [proposition de résolution n° 1517](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/docs/PNREANR5L15B1517.raw?ref=leblogdedibu.fr), 19 décembre 2018, demandant une commission d’enquête ; *Le Monde*, [« Peines de prison et d’amende pour les cinq inculpés »](https://www.lemonde.fr/archives/article/1971/02/06/peines-de-prison-et-d-amende-pour-les-cinq-inculpes%5F2445489%5F1819218.html?ref=leblogdedibu.fr), 6 février 1971, compte rendu contemporain de condamnations en première instance. L’étendue totale des pratiques coercitives ne peut être déduite de ces deux documents.

²⁸ Philippe Vitale, Wilfrid Bertile, Prosper Ève et Gilles Gauvin, [*Étude de la transplantation de mineurs de La Réunion en France hexagonale (1962-1984)*](https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/184000184.pdf?ref=leblogdedibu.fr), commission historique, avril 2018, introduction, conclusion et partie consacrée au devenir des mineurs. Sénat, [rapport n° 722](https://www.senat.fr/rap/l25-722/l25-722%5Fmono.html?ref=leblogdedibu.fr), 10 juin 2026, rappels des effectifs et destinations. Les réponses recueillies en 2018 ne forment pas un échantillon représentatif des 2 015 mineurs recensés.

²⁹ Christian Gal et Pierre Naves, [*Rapport sur la situation d’enfants réunionnais placés en métropole dans les années 1960 et 1970*](https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/024000602.pdf?ref=leblogdedibu.fr), IGAS, n° 2002-117, octobre 2002, résumé p. 2-5, étude des dossiers et chapitre 3.5\. Les 145 dossiers étudiés ne suffisent pas à produire un résultat statistique représentatif.

³⁰ Insee, [*Évolution et structure de la population : Creuse*](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8581709?geo=DEP-23&sommaire=8581745&ref=leblogdedibu.fr) et [*La Réunion*](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8581709?geo=DEP-974&sommaire=8581745&ref=leblogdedibu.fr), recensements historiques, tableaux POP T1\. Pour La Réunion, la première colonne marquée « 1968 » correspond au recensement de 1967 ; celui de 1982 donne 515 814 habitants. Les dates des deux territoires ne sont pas identiques.

³¹ Assemblée nationale, [résolution n° 300 relative aux enfants réunionnais placés en métropole dans les années 1960 et 1970](https://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0300.asp?ref=leblogdedibu.fr), 18 février 2014, article unique. Ce texte reconnaît une responsabilité morale de l’État ; il ne représente ni une condamnation pénale ni un bilan statistique des placements.