En écoutant le dernier discours de François Bayrou, je n’ai pas entendu la voix d’un sage, mais celle d’un homme résigné. Pour moi, ce fut un discours de défaite, traversé d’approximations, de contradictions, et marqué d’un ton que je ne peux qualifier autrement que de creux.
Ce qui m’a frappé dès les premières minutes, c’est ce soutien affiché à l’Ukraine et à Israël, ce rappel du pogrom du 7 octobre — mais sans un mot sur la tragédie humanitaire vécue à Gaza depuis bientôt un an. Ce silence m’a paru assourdissant. Comment prétendre incarner une vision équilibrée du monde en occultant la souffrance d’un peuple ?
Lorsque Bayrou évoque la domination des grandes puissances et le recul du droit international, j’ai eu le sentiment d’entendre une évidence redécouverte tardivement. Depuis Thucydide et son « dialogue des Méliens », nous savons que « les forts font ce qu’ils peuvent, les faibles subissent ce qu’ils doivent ».
Mais le vrai problème est ailleurs : la France a-t-elle encore une place dans ce jeu, ou bien sommes-nous devenus une puissance de second ordre, presque reléguée au rang de pays du tiers-monde ?
Je ne peux m’empêcher de relier cette marginalisation diplomatique à notre dépossession économique. Qui a vendu nos fleurons industriels — Alstom à General Electric, Atos fragilisé, Technip exilé ? Qui a laissé filer une dette publique qui atteint aujourd’hui 3 100 milliards d’euros, soit 110 % du PIB (Cour des comptes) ?
Qui a multiplié les cadeaux fiscaux aux milliardaires, alors même que les classes populaires et moyennes voient leur pouvoir d’achat s’effriter ?
« Ce n’est pas à nous de payer », me répété-je en voyant l’absurdité du système. Sous Emmanuel Macron, la fortune de Bernard Arnault a plus que doublé pour atteindre 210 milliards de dollars (Forbes), tandis que l’État impose l’austérité aux hôpitaux et aux écoles. Dans le même temps, l’Union européenne exige quatre milliards pour l’Ukraine, dont 800 millions pour la France, alors que l’INSEE chiffre à 1,5 milliard d’euros le déficit annuel de nos hôpitaux publics. Comment ne pas voir le paradoxe ? On tend la sébile aux plus pauvres pour financer la politique extérieure, pendant que les plus riches prospèrent en toute tranquillité.
À cette injustice économique s’ajoute une contradiction sociale insupportable : les entreprises écartent leurs salariés dès 55 ans — seuls 56 % des 55-64 ans travaillent encore en France (DARES), bien en deçà de la moyenne européenne — tout en parlant d’un allongement de l’âge de départ à 70 ans. Oui, « tous ces gens-là ont perdu la tête ».
Et je n’oublie pas l’Europe, où le mal est plus profond encore. Ursula von der Leyen m’apparaît comme le symbole d’une Commission inféodée à Washington. Le constat est implacable : nous restons le premier marché mondial, mais politiquement, nous demeurons dépendants des États-Unis. L’illusion d’un « Occident uni » se fissure : Trump détricote ce que Biden et Obama avaient bâti, et Bruxelles erre sans cap.
Alors, je pose la question : l’alliance transatlantique a-t-elle encore un sens ? Ma conviction est qu’il nous faut repenser notre ancrage. De Gaulle, dès 1963, appelait de ses vœux une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Aujourd’hui, la Russie, malgré les sanctions, affiche 3,6 % de croissance en 2023 (FMI), grâce à son énergie et à son rapprochement avec Pékin. Le nouvel axe Moscou-Pékin-Sud global se renforce. Rester à l’écart de ce mouvement serait suicidaire pour l’avenir de la France et de l’Europe.
Je me souviens ici de l’histoire : 28 millions de morts soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale, soit une famille sur six touchée. Comment oublier ce sacrifice ? Les États-Unis, eux, n’ont vu dans l’Europe qu’un marché hier comme aujourd’hui avec l’Ukraine. Leur objectif n’a pas changé : transformer le continent en terrain d’expansion économique et stratégique. Je refuse cette dépendance. Je crois qu’il est urgent d’« empêcher la guerre que Washington appelle de ses vœux » et de rebâtir une politique étrangère indépendante, digne de notre histoire et de nos intérêts.
Et que dire de l’écologie ? J’observe, médusé, la fermeture de centrales nucléaires, les coupes budgétaires dans les dépenses vertes, y compris dans le projet présenté par Bayrou. Le ministère de la Transition énergétique l’admet : la fermeture de réacteurs a entraîné une hausse de 10 % des importations d’électricité en 2022, fragilisant notre sécurité énergétique. Voilà une politique incohérente, grotesque même : on se drape de vert tout en sabordant l’avenir énergétique du pays.
Alors oui, je le dis avec force : il faut virer cette clique d’incompétents. Le 8 septembre doit être le moment où la colère se transforme en mobilisation. Derrière ce cri, il n’y a pas que l’indignation : il y a la conviction profonde que la France mérite mieux, qu’elle doit retrouver sa voix, sa souveraineté et son avenir.
J’assume cette colère, car elle est le reflet d’un malaise collectif. À travers le discours de Bayrou, ce n’est pas seulement un homme que je critique : c’est tout un système que je mets en accusation, avec ses contradictions, ses renoncements et ses trahisons. La France a besoin d’un débat politique renouvelé, courageux, souverain. Sans cela, nous resterons prisonniers d’une logique qui conduit droit au naufrage.
#Politique #Économie #France #Bayrou #Macron #Ukraine #Europe #Russie #Géopolitique #Écologie #Tribune
Didier Buffet