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# Le Cinquième Régiment
- URL: https://www.leblogdedibu.fr/le-cinquieme-regiment/
- Published: 2026-08-28T22:13:52.000Z
- Updated: 2026-09-01T00:20:12.000Z
- Description: "Six mois d'existence, vingt mille hommes, une armée entière façonnée puis dissoute par choix politique. L'histoire du Quinto Regimiento croise ici celle de mon grand-père : guerre d'Espagne, Retirada, Résistance dans le Cantal, Val d'Aran, six ans de prison franquiste."
- Author: Le Blog de DiBu
- Tags: Histoire, Géopolitique, Ma biographie

# Naissance, gloire et dissolution d'une milice populaire — et ce qu'il advint de ses hommes

*Les notes sont regroupées en fin d'article. Les sources espagnoles sont citées dans leur langue d'origine.*

## Avant-propos

Certaines unités militaires peuvent être résumées par quelques chiffres, une liste de batailles et un journal de marche. Le Cinquième Régiment de Milices Populaires, le fameux *Quinto Regimiento* de la guerre civile espagnole, échappe complètement à cette logique. Son existence fut extraordinairement brève : à peine six mois, de l'été 1936 au mois de janvier 1937\. Pourtant, dans cet intervalle minuscule à l'échelle d'une guerre, une formation née presque improvisée dans un ancien établissement religieux du nord de Madrid passa d'environ six mille à vingt mille hommes en quelques mois¹, forma des dizaines de bataillons, créa ses propres structures d'enseignement, de propagande et de ravitaillement, puis décida volontairement de disparaître.

Cette disparition explique en grande partie la place singulière qu'occupe encore le Quinto dans la mémoire républicaine espagnole. Le régiment ne fut ni détruit ni défait sur un champ de bataille : ses dirigeants considérèrent simplement qu'il avait accompli sa mission. Au moment où la République tentait enfin de transformer les innombrables milices politiques de l'été 1936 en une véritable armée régulière, le Cinquième Régiment accepta de se fondre dans la nouvelle Armée populaire de la République. Ses hommes, ses cadres, sa discipline et son organisation contribuèrent directement à la création des premières brigades mixtes qui allaient poursuivre la guerre jusqu'en 1939.

Mais l'histoire du Cinquième Régiment ne s'arrête pas à Madrid, et c'est probablement là que son destin devient le plus fascinant. Une partie de ses anciens combattants connut ensuite la Retirada, les camps français, les compagnies de travailleurs étrangers, puis la Résistance. Certains combattirent dans les maquis du Massif central ou des Pyrénées avant de tenter, à l'automne 1944, de rentrer en Espagne les armes à la main lors de l'*Operación Reconquista de España*. D'autres furent repris par la répression franquiste et connurent les conseils de guerre, les bataillons disciplinaires ou les prisons du régime. Ainsi, lorsque l'on suit le destin des hommes du Quinto, on traverse presque tout le premier XXe siècle européen : la République espagnole, la guerre civile, l'exil, l'Occupation, la Résistance, puis le long après-guerre franquiste.

C'est ce fil que cet article se propose de suivre, celui de mon grand-père maternel, Pedro Gómez Cantador. Né le 1er janvier 1915 à Villanueva de Córdoba, dans la comarque des Pedroches — un village dont le nom de famille Cantador porte lui-même l'ancienneté, puisqu'il y est attesté dès la seconde moitié du XVIe siècle —, mon grand-père exerçait le métier de maçon lorsque la guerre éclate. Villanueva de Córdoba reste alors en zone républicaine pendant presque tout le conflit ; le village servira même de garnison à la 63ᵉ division de l'Armée populaire. C'est dans ce contexte, et non par un départ volontaire vers un front lointain, que Pedro est mobilisé : en septembre 1936, appartenant à la classe 1936, il est incorporé aux milices sur place, presque naturellement, comme n'importe quel jeune homme de son âge dans un territoire resté fidèle à la République.

Ce départ, qui aurait pu n'être qu'une parenthèse de quelques mois sous les drapeaux, allait finalement durer quinze années. Envoyé au front de Madrid comme milicien, il est incorporé dans un bataillon — le document donne le nom de « Cabada » — qui rejoint, au début de janvier 1937, la 37ᵉ brigade mixte : c'est-à-dire au moment exact où, comme on l'a vu au chapitre VII, le Cinquième Régiment se dissout et déverse ses hommes dans les premières brigades de l'Armée populaire. Il reste sur le front de Madrid jusqu'en 1938, puis passe sur le front de Catalogne. Lorsque celle-ci s'effondre, il franchit la frontière française le 7 février 1939, en pleine Retirada. Il est conduit dans un camp de concentration où il passe dix mois, puis travaille pour une entreprise privée jusqu'en 1941, avant de continuer au même endroit sous le contrôle du gouvernement français — vraisemblablement au sein d'un GTE, sans que sa déclaration n'en précise le numéro ni la localisation exacte.

À la mi-septembre 1944, il rejoint le maquis avec l'intention de passer en Espagne : on lui avait affirmé qu'un nouveau régime allait s'y installer et qu'une armée s'y était soulevée. Il franchit la frontière le 19 octobre 1944 dans la 522ᵉ brigade, au sein du 4ᵉ bataillon, comme simple soldat armé d'un fusil. Cette 522ᵉ brigade est bien identifiée par l'historiographie de l'*Operación Reconquista de España* : forte d'environ deux cents guérilleros, elle passe la frontière par le Roncal ce même 19 octobre, sous le commandement du commandant « Quintín » — de son vrai nom, semble-t-il, Couto Barba —, avec pour objectif final le Maestrazgo, en direction du village de Sádaba. Le récit de Pedro concorde presque au kilomètre près avec les sources locales sur cette offensive : un groupe de guérilleros venu de Sainte-Engrace descend vers Isaba, où il passe la nuit, dans l'intention de rejoindre le hameau de Garde puis de franchir la limite vers la province de Huesca pour y retrouver d'autres unités. Ils n'atteignent jamais cet objectif : traqués par l'armée et la Guardia Civil, ils livrent un corps-à-corps dans une borda de montagne, avant d'être dispersés.

C'est très exactement le sort de Pedro. Après un violent échange de tirs au troisième jour de l'incursion, son groupe se disperse et il se retrouve avec huit autres hommes. Le 27 octobre, réfugiés dans une borda, ils demandent à un berger de passage s'il est possible d'acheter de la nourriture au village voisin. L'homme parti avec le berger est arrêté et révèle leur cachette ; des membres de la Policía Armada montent alors jusqu'à la cabane et arrêtent Pedro avec les sept hommes qui s'y trouvent encore. Un rapport militaire donne une version légèrement différente — capture le 26 octobre dans le secteur de Garde, portant fusil et deux grenades à main — ce qui n'a rien d'incohérent : les combats et les ratissages se sont succédé sur plusieurs jours dans ce même secteur frontalier.

Conduit à la prison de Pampelune, Pedro y est interrogé, décrit — le signalement porte notamment une cicatrice de la lèvre au menton, côté gauche — puis jugé le 15 janvier 1946 par un Conseil de guerre, avec sept autres hommes, pour « rébellion militaire ». Le procureur requiert quinze ans de réclusion ; le tribunal, tout en reconnaissant qu'il n'a aucun antécédent pénal, le condamne à douze ans et un jour de *reclusión menor*, assortis d'une interdiction absolue d'exercer certains droits pendant la durée de la peine. Il purgera six ans et demi derrière les barreaux, notamment à Pampelune, avant de retrouver Villanueva de Córdoba en 1951\. Il avait quitté son village à vingt et un ans ; lorsqu'il y revint, il en avait trente-six. Entre ces deux dates s'étaient écoulés une guerre civile, un exil, une guerre mondiale, la Résistance, une femme, trois filles, une tentative de reconquête de l'Espagne et plus de six années de prison.

Un mot, enfin, sur les sources elles-mêmes. Le dossier de Pampelune — le *sumario* ordinaire n° 629-44, ouvert contre « Pedro Gómez Cantador et autres » — mêle trois types de voix qu'il faut se garder de confondre : la déclaration de Pedro lui-même, faite le 30 octobre 1944, sobre et factuelle ; les rapports de la mairie franquiste, de la Falange et de la Guardia Civil de Villanueva de Córdoba, rédigés après son arrestation, qui lui attribuent l'appartenance aux Juventudes Socialistas Unificadas, la participation à l'attaque de la caserne locale de la Guardia Civil en 1936 et un grade de lieutenant dans la brigade du « Campesino » — sans que Pedro ne reconnaisse lui-même aucun de ces faits, et sans que le rapport de la Guardia Civil, pourtant hostile, n'ose l'accuser d'assassinats ; et enfin le jugement du tribunal militaire, qui retient la seule participation aux combats d'octobre 1944 pour le condamner. Ce sont ces mêmes précautions méthodologiques — distinguer ce que dit l'accusé, ce qu'affirme l'accusateur et ce que retient le juge — qui gouvernent, plus largement, la lecture de toutes les mémoires concurrentes du Quinto Regimiento évoquées plus loin dans cet article.

Pour comprendre comment une milice communiste put devenir, en quelques semaines, l'un des corps les plus efficaces d'une armée républicaine en pleine désagrégation, il faut d'abord revenir à la République née en 1931, à ses réformes, à ses espoirs et aux fractures qui allaient progressivement conduire l'Espagne à la guerre civile.

## I. La République qui ne devait pas naître (1931-1936)

### Une révolution presque sans coup de feu

Le 12 avril 1931, les Espagnols sont appelés aux urnes pour des élections municipales. Sur le papier, il ne s'agit que de choisir des conseils locaux ; dans les faits, le scrutin devient un référendum implicite sur la monarchie d'Alphonse XIII. Dans la plupart des grandes villes, les listes républicaines obtiennent des résultats spectaculaires et, deux jours plus tard, le 14 avril, le roi quitte le pays sans avoir formellement abdiqué. À Madrid, la République est proclamée dans une atmosphère d'enthousiasme populaire qui contraste avec la violence des événements à venir.

Indalecio Prieto parlera plus tard d'une sorte de « révolution ordonnée »². La formule est particulièrement juste, mais elle contient déjà l'une des contradictions fondamentales du nouveau régime. La République naît presque sans violence et, précisément pour cette raison, elle hérite presque intact de l'appareil institutionnel de la monarchie et de la dictature de Primo de Rivera. L'armée reste en place, tout comme la magistrature, la haute administration et une Église catholique qui conserve une influence immense sur la société espagnole. Le nouveau pouvoir peut changer les lois ; il lui est beaucoup plus difficile de transformer rapidement les institutions chargées de les appliquer.

Les Cortes constituantes élues le 28 juin 1931 adoptent pourtant, le 9 décembre suivant, une Constitution particulièrement ambitieuse pour son époque. Elle reconnaît notamment le suffrage féminin, autorise le divorce, affirme le caractère laïque de l'État et ouvre la voie à des statuts d'autonomie régionale³. Sous l'impulsion de Manuel Azaña, les gouvernements républicains entreprennent simultanément une réforme de l'armée, une politique de développement scolaire et une réforme agraire destinée à répondre à l'extrême concentration de la propriété foncière dans certaines régions du sud.

Ces réformes, au lieu de pacifier la société, vont progressivement cristalliser les oppositions.

### Terre, Église, armée : trois fractures

La première grande question est celle de la terre. Dans l'Andalousie et l'Estrémadure latifundiaires, des centaines de milliers de journaliers agricoles vivent dans une précarité extrême tandis que d'immenses domaines restent parfois sous-exploités. La loi de réforme agraire de 1932 cherche à modifier cette situation, mais sa mise en œuvre est lente, complexe et bureaucratique. Elle inquiète profondément les grands propriétaires sans répondre assez vite aux attentes des paysans sans terre. Le résultat est désastreux politiquement : les conservateurs y voient la menace d'une révolution sociale, tandis qu'une partie de la gauche estime que la République n'a pas le courage de ses ambitions.

La question religieuse est tout aussi explosive. L'article 48 de la Constitution affirme la volonté de développer une école publique et laïque, alors que les congrégations religieuses occupent encore une place essentielle dans l'enseignement privé espagnol⁴. Le conflit dépasse rapidement la simple organisation scolaire. L'expulsion du cardinal Segura, archevêque de Tolède et primat d'Espagne, après des prises de position ouvertement monarchistes, puis les incendies de couvents de mai 1931 à Madrid et dans plusieurs villes du sud, contribuent à transformer le débat politique en affrontement culturel. Aux yeux d'une partie de la droite catholique, la République devient un régime persécuteur ; pour de nombreux militants de gauche, l'Église reste au contraire l'un des piliers historiques de l'ordre social conservateur.

La troisième rupture concerne l'armée. Azaña cherche à réduire un corps d'officiers jugé à la fois pléthorique et politiquement encombrant, mais sa réforme suscite un profond ressentiment dans une partie de l'institution militaire. Dès août 1932, le général José Sanjurjo tente un premier coup d'État, la *Sanjurjada*. L'opération échoue rapidement, presque grotesquement, mais elle révèle que la possibilité d'une intervention militaire contre le régime est désormais entrée dans le jeu politique.

### Octobre 1934 : la répétition générale

Les élections de novembre 1933 amènent au pouvoir une coalition de centre droit soutenue par la CEDA de José María Gil-Robles. Une partie des réformes du premier biennium est alors suspendue ou remise en cause, ce qui nourrit à gauche le sentiment que la République sociale de 1931 est progressivement vidée de son contenu. Cette période reçoit bientôt le surnom de *bienio negro*, les « deux années noires ».

La crise éclate en octobre 1934 lorsque l'entrée de ministres de la CEDA au gouvernement provoque une insurrection dans plusieurs régions. À Barcelone, le soulèvement est rapidement maîtrisé, mais dans les Asturies la situation prend une tout autre ampleur. Les mineurs s'emparent de plusieurs villes, constituent des comités révolutionnaires et tiennent une partie de la région pendant près de deux semaines⁵. Le gouvernement décide alors de faire intervenir les unités les plus aguerries de l'armée espagnole, celles stationnées au Maroc : la Légion et les Regulares. La répression est supervisée par un général encore relativement peu connu de l'opinion publique, Francisco Franco.

Parmi les conséquences de cette insurrection figure l'arrestation de milliers de militants. Plusieurs centaines de prisonniers asturiens, cantabres et basques sont envoyés dans une forteresse inachevée des Pyrénées navarraises : le Fort de San Cristóbal, construit sur le mont Ezkaba au nord de Pampelune⁶. Ce lieu, qui semble alors n'être qu'un épisode secondaire de l'histoire de la République, réapparaîtra plusieurs fois dans la trajectoire des vaincus de la guerre civile.

### Février 1936 : le Front populaire

Les élections du 16 février 1936 donnent la victoire au Front populaire, vaste coalition qui réunit les républicains modérés, les socialistes, les communistes et plusieurs formations de gauche⁷. L'une des premières décisions du nouveau gouvernement consiste à amnistier les prisonniers politiques de 1934\. Environ quatre cents détenus du Fort de San Cristóbal retrouvent ainsi la liberté et dénoncent publiquement les conditions dans lesquelles ils avaient été enfermés⁸.

Mais le climat politique est désormais extrêmement dégradé. Les violences de rue se multiplient, les affrontements entre militants de droite et de gauche deviennent presque quotidiens et, dans certaines casernes, la préparation d'un nouveau coup d'État est à peine dissimulée. Le gouvernement issu des élections de février ne disposera finalement que de cinq mois avant l'insurrection militaire.

C'est précisément pendant ces quelques mois que le Parti communiste espagnol développe une organisation paramilitaire qui jouera un rôle déterminant au moment de l'effondrement de l'ordre républicain : les Milices Antifascistes Ouvrières et Paysannes, les MAOC.

## II. Les MAOC : la matrice du Quinto

Les *Milicias Antifascistas Obreras y Campesinas*, plus connues sous leur sigle MAOC, apparaissent progressivement dans les années qui précèdent la guerre civile. Leur fonction première n'est pas de constituer une armée parallèle, mais d'assurer la protection des organisations ouvrières, des dirigeants politiques et des meetings face aux violences de la droite radicale et des groupes phalangistes⁹. Leur recrutement provient largement des milieux communistes et, à partir du printemps 1936, des Jeunesses socialistes unifiées — les JSU — issues du rapprochement entre les organisations de jeunesse socialistes et communistes.

Le commandement est confié à Juan Guilloto León, qui restera dans l'histoire sous le nom de guerre de Modesto. Ancien ouvrier du bois andalou, militant communiste formé en partie à Moscou avant de revenir en Espagne en 1934, Modesto possède une expérience politique et militaire inhabituelle dans le monde des milices ouvrières espagnoles¹⁰.

Ce détail est essentiel pour comprendre ce qui se produira en juillet 1936\. La plupart des formations armées qui apparaissent après le coup d'État se constituent dans l'urgence, souvent autour d'un syndicat, d'un parti ou d'un quartier. Les MAOC, elles, existent déjà. Elles possèdent une hiérarchie, quelques cadres entraînés, un début de doctrine et, surtout, une conception de la discipline nettement plus structurée que celle de nombreux groupes révolutionnaires. Lorsque l'appareil militaire républicain se disloque à la suite de l'insurrection, cette organisation antérieure permet aux communistes madrilènes de transformer beaucoup plus rapidement leurs militants en unités capables de combattre.

Le Cinquième Régiment naîtra directement de cette matrice.

## III. 17-18 juillet 1936 : le coup d'État qui devient une guerre

Le soulèvement commence le 17 juillet 1936 à Melilla, dans le protectorat espagnol du Maroc. Les unités de l'Armée d'Afrique se rebellent contre le gouvernement, bientôt suivies par Ceuta, Tétouan et les Canaries. Le lendemain, l'insurrection gagne la péninsule¹¹.

Les principaux organisateurs du complot sont le général Emilio Mola, surnommé *el Director*, et José Sanjurjo, tandis que Francisco Franco, affecté aux Canaries par un gouvernement qui se méfie de lui, rejoint progressivement le mouvement. Le destin va rapidement bouleverser cette hiérarchie : Sanjurjo meurt dans un accident d'avion le 20 juillet alors qu'il tente de revenir du Portugal et Mola disparaît à son tour dans un accident aérien en juin 1937\. Franco, initialement l'un des principaux conspirateurs parmi d'autres, devient progressivement le chef incontesté du camp insurgé.

Les conjurés avaient imaginé une opération courte, destinée à renverser rapidement le gouvernement et à installer un pouvoir autoritaire¹². Mais le coup réussit seulement dans une partie du pays. Madrid, Barcelone, Valence et Bilbao restent du côté républicain, tandis que la Navarre, la Vieille-Castille, le Maroc espagnol et plusieurs régions du sud passent aux insurgés. Cet échec partiel transforme le putsch en guerre civile.

À Madrid, l'un des épisodes décisifs des premières journées se joue au *Cuartel de la Montaña*, vaste caserne qui domine le quartier d'Argüelles. Des officiers rebelles s'y retranchent avec plusieurs milliers de fusils. Le 20 juillet, la caserne est prise d'assaut par des gardes d'assaut, des militaires restés fidèles au gouvernement et une foule de militants armés. Parmi eux se trouve un bataillon des MAOC venu du quartier populaire de Cuatro Caminos.

Lorsqu'il regagne le nord de Madrid après la chute de la caserne, ce bataillon va devenir le noyau d'une organisation nouvelle. Elle prendra bientôt un nom appelé à devenir l'un des symboles militaires de la République : le Cinquième Régiment.

## IV. La naissance du Cinquième Régiment

### Le couvent des salésiens

Dans ses mémoires, Santiago Álvarez, qui deviendra commissaire politique d'un bataillon du Quinto avant d'exercer les mêmes fonctions dans la 1ʳᵉ Brigade mixte puis dans la 11ᵉ Division, raconte que les militants communistes de Cuatro Caminos occupent dès les premières heures de l'insurrection le collège des salésiens de la rue Francos Rodríguez, abandonné par ses occupants¹⁴. Après l'assaut du Cuartel de la Montaña, le cinquième bataillon des MAOC revient dans ce bâtiment et décide d'en faire le centre permanent d'une nouvelle formation militaire.

Le nom lui-même est beaucoup moins mystérieux que la légende ne le laissera parfois croire. Au moment du coup d'État, les MAOC madrilènes avaient été réparties en plusieurs bataillons ; celui de Cuatro Caminos portait le numéro cinq. Lorsqu'il s'organise comme corps autonome, il devient donc tout naturellement le 5ᵉ Régiment de Milices Populaires¹⁵.

Très vite, pourtant, ce simple numéro acquiert une dimension symbolique. Il n'existera jamais de premier, de deuxième, de troisième ou de quatrième régiment comparable. Dans les rues de Madrid, sur les affiches, dans les chansons et bientôt sur les fronts, il n'y aura qu'un seul « Régiment » dont le numéro suffise à l'identifier : le Cinquième.

### Une fondation entourée de rivalités

Comme souvent dans les organisations révolutionnaires, les débuts du Quinto furent ensuite reconstruits par les mémoires de ceux qui y avaient participé. Les dates et les responsabilités exactes diffèrent donc selon les témoignages.

La prise du Cuartel de la Montaña est généralement datée du 20 juillet, tandis que certaines traditions communistes font remonter la naissance du régiment au 18 juillet, jour où les militants occupent le bâtiment des salésiens. D'autres sources donnent encore le 23 juillet pour certains épisodes de la mise en place de l'organisation¹⁶. La célèbre chanson *El Quinto Regimiento* évoque elle-même le 18 juillet « dans la cour d'un couvent », fixant davantage une mémoire collective qu'un acte administratif précis.

La question du premier commandement est elle aussi disputée. Enrique Castro Delgado, dans des mémoires publiées après sa rupture avec le communisme, affirme avoir dirigé le régiment dès sa fondation. Modesto soutiendra au contraire qu'aucun chef unique n'avait été désigné au départ et que la direction ne fut véritablement organisée qu'en septembre autour de plusieurs cadres, notamment Carlos Contreras, Enrique Líster et lui-même¹⁷.

Ces contradictions obligent à manier les témoignages avec prudence. Castro Delgado écrira plus tard *Mi fe se perdió en Moscú* — « Ma foi s'est perdue à Moscou » — après avoir rompu avec le Parti communiste¹⁸. Ses souvenirs sont ceux d'un homme qui règle ses comptes avec l'organisation à laquelle il avait consacré sa jeunesse. Ceux de Líster ou de Modesto ont le biais inverse : ils cherchent à défendre le rôle historique du PCE. La vérité se trouve nécessairement entre ces mémoires concurrentes.

### Castro Delgado et Vittorio Vidali

Deux personnages apparaissent néanmoins au premier plan durant les premières semaines. Le premier est Enrique Castro Delgado (1907-1965), communiste madrilène auquel une grande partie de l'historiographie attribue le premier commandement militaire du régiment¹⁹.

Le second est beaucoup plus singulier. Vittorio Vidali, communiste italien né en 1900 et connu en Espagne sous le pseudonyme de Carlos Contreras, devient l'un des principaux responsables politiques du Quinto²⁰. Ancien cadre du Komintern, passé par l'Amérique latine et notamment le Mexique, Vidali est entouré d'une réputation sulfureuse. Des soupçons de participation à plusieurs règlements de comptes au sein du mouvement communiste international l'accompagneront toute sa vie, sans qu'ils aient jamais abouti à une démonstration judiciaire incontestable.

Son talent d'organisateur est, en revanche, beaucoup moins discuté. Avec d'autres cadres communistes, il contribue à introduire dans le Quinto la figure du commissaire politique, directement inspirée de l'expérience soviétique. Le rôle du commissaire n'est pas seulement de surveiller les soldats ; il consiste aussi à expliquer les raisons du combat, à maintenir la cohésion morale de l'unité et à faire le lien entre engagement politique et discipline militaire²¹.

Cette articulation entre instruction politique et organisation militaire constitue l'une des grandes originalités du Cinquième Régiment.

## V. La fabrication d'une armée

### Des volontaires, mais pas une foule improvisée

Le régiment demeure, jusqu'à sa dissolution, étroitement lié au Bureau politique du Parti communiste espagnol et constitue le principal instrument de diffusion de sa conception de la guerre²². Pourtant, son fonctionnement évolue très rapidement au cours de l'été 1936.

Dans les premiers jours, le chaos reste considérable. Des groupes de volontaires partent au front presque spontanément, certains hommes quittent les casernes avant d'avoir reçu une véritable formation et des unités issues d'organisations différentes se rattachent progressivement au Quinto. À partir de la mi-août, cette improvisation laisse néanmoins la place à un système de recrutement beaucoup plus structuré. Les volontaires passent une visite médicale et doivent produire un certificat attestant leur engagement antifasciste²³.

Cette procédure montre bien ce qui distingue le Cinquième Régiment d'une unité de conscription classique. Les hommes ne sont pas simplement mobilisés : ils sont recrutés sur la base d'un engagement politique. Cette sélection contribue naturellement à la cohésion du corps et explique aussi sa capacité à former rapidement des cadres destinés à d'autres unités.

Même s'il reste d'inspiration communiste, le Quinto n'est toutefois pas exclusivement composé de membres du PCE. Il accueille des républicains de différentes sensibilités, ainsi que d'anciens militaires professionnels demeurés fidèles au gouvernement²⁴. Dans le contexte de l'été 1936, la catégorie politique déterminante est moins l'appartenance au communisme que l'engagement antifasciste et la volonté de défendre la République.

### Une discipline inhabituelle

La réputation militaire du Quinto repose beaucoup sur sa conception de la discipline. Le système peut sembler contradictoire : les hommes conservent parfois un rôle dans le choix de certains cadres subalternes, mais une fois la hiérarchie établie et les ordres donnés, ceux-ci doivent être exécutés²⁵.

Cette règle tranche avec le fonctionnement de nombreuses milices ouvrières de l'été 1936\. Dans certaines colonnes anarchistes, l'autorité reste volontairement horizontale et les décisions importantes peuvent faire l'objet de discussions collectives. Les communistes considèrent au contraire qu'une guerre moderne ne peut être conduite de cette manière. Pour eux, la démocratie politique peut exister dans la société, mais une unité engagée au combat doit posséder une chaîne de commandement claire.

C'est en grande partie cette combinaison d'adhésion politique volontaire et d'obéissance militaire qui donnera au Cinquième Régiment sa réputation d'unité d'élite.

### Vingt mille hommes et une véritable logistique

La croissance du régiment est spectaculaire. D'environ six mille miliciens en août 1936, ses effectifs atteindraient près de vingt mille hommes en novembre²⁶. Dès les premières semaines, plusieurs centaines puis plus d'un millier de combattants sont envoyés sur différents fronts tandis que les autres suivent une instruction à Madrid ou remplissent des missions de soutien²⁷.

Le Quinto possède rapidement ses propres réserves, ses moyens de transport, des services d'approvisionnement et même des unités d'artillerie²⁸. Cette autonomie logistique est exceptionnelle pour une formation née quelques semaines auparavant et témoigne des moyens considérables que le Parti communiste choisit de lui consacrer.

Une feuille d'effectifs signée par Enrique Líster en octobre 1936 mentionne environ cinquante bataillons qui auraient été instruits par le Cinquième Régiment ou placés sous son influence²⁹. Le chiffre doit être interprété avec prudence, car le prestige du Quinto est tel que de nombreuses unités communistes dispersées à travers l'Espagne se réclament de lui sans avoir réellement été formées à Francos Rodríguez. Le « Cinquième Régiment » devient ainsi autant une organisation qu'une marque politique et militaire.

### Les premiers fronts

Durant l'été et l'automne 1936, ses unités sont engagées sur plusieurs fronts destinés à empêcher l'encerclement ou la chute de Madrid : Somosierra, Guadarrama, Talavera, Tolède³⁰. Elles participent à la défense de la capitale, dont la résistance en novembre 1936 devient l'un des grands mythes fondateurs du camp républicain.

Le régiment intervient également dans une opération qui n'a rien de militaire au sens traditionnel : l'évacuation vers Valence d'une partie des collections du musée du Prado, menacées par les bombardements. Le fait est révélateur de la conception qu'ont ses dirigeants de leur rôle. Défendre la République, à leurs yeux, ne signifie pas seulement défendre des positions militaires ; cela signifie aussi préserver ce qu'ils considèrent comme le patrimoine culturel d'une Espagne républicaine.

Lorsque le premier assaut franquiste sur Madrid échoue en novembre 1936, la situation change néanmoins de nature. L'urgence n'est plus seulement de lever des milliers de volontaires. Il devient nécessaire de construire une véritable armée capable de mener une guerre longue³¹.

Le Quinto va alors préparer sa propre disparition.

## VI. Un régiment qui imprime des livres

S'il n'avait été qu'une unité efficace, le Cinquième Régiment serait probablement resté un épisode important mais relativement classique de l'histoire militaire de la guerre civile. Ce qui le rend vraiment singulier est l'importance accordée à la culture, à l'éducation et à la propagande.

L'Espagne des années 1930 demeure marquée par des taux d'analphabétisme élevés, particulièrement dans les classes populaires et les régions rurales. Le Quinto organise donc des cours, met en place des bibliothèques circulantes et cherche à apprendre à lire et à écrire à une partie de ses recrues³². Dans l'esprit de ses dirigeants, la formation militaire et la formation politique sont indissociables : un soldat républicain doit savoir manipuler un fusil, mais aussi comprendre pourquoi il combat.

La Commission de travail social du régiment publie ainsi des textes littéraires, des brochures et des recueils de poésie. La collection des *Documentos Históricos* rassemble des auteurs comme Ramón J. Sender, Miguel Hernández, Rafael Alberti ou José Herrera Petere. Des textes de théâtre populaire sont imprimés, tout comme des traductions et des contributions venues de l'étranger, dont un texte du journaliste soviétique Mijaíl Koltsov spécialement destiné aux hommes du régiment³³.

Le Quinto dispose également de sa propre station de radio, inaugurée le 17 septembre 1936 et audible dans plusieurs régions républicaines³⁴, ainsi que d'un quotidien, *Milicia Popular*³⁵. Autour de l'unité gravitent des écrivains, des peintres, des architectes, des universitaires et des médecins. Rafael Alberti, María Teresa León, Miguel Hernández, Josep Renau, Wenceslao Roces ou encore le sculpteur Alberto Sánchez sont, à des degrés divers, associés à cette expérience³⁶.

Les femmes y occupent également une place plus visible que dans la plupart des structures militaires européennes de l'époque. Certaines servent dans les services sanitaires ou administratifs, mais d'autres participent directement aux combats durant les premiers mois³⁷.

Dans cette effervescence, il serait réducteur de ne voir qu'un appareil de propagande communiste, même si celui-ci est évidemment omniprésent. Le Cinquième Régiment constitue aussi une expérience de mobilisation culturelle totale. La guerre n'y est pas pensée comme une activité séparée de la société : elle doit produire un nouveau type de combattant, discipliné mais politiquement conscient, capable de lire, de discuter, de chanter et de comprendre la cause pour laquelle il risque sa vie.

## VII. Janvier 1937 : mourir pour devenir une armée

À la fin de 1936, le gouvernement républicain est arrivé à une conclusion que les communistes défendent depuis plusieurs mois : la guerre ne peut pas être gagnée par une mosaïque de milices partisanes. Il faut reconstituer une armée régulière, centralisée, dotée d'un état-major et capable de conduire des opérations de grande ampleur.

C'est dans ce contexte que naît l'*Ejército Popular de la República*, l'Armée populaire de la République. Son unité tactique principale devient la brigade mixte, formation regroupant plusieurs bataillons d'infanterie avec ses propres moyens d'appui.

Le Cinquième Régiment fournit une part importante des cadres et des hommes des premières brigades mixtes. Les 1ʳᵉ, 10ᵉ, 31ᵉ et 68ᵉ brigades, notamment, se constituent en partie à partir d'unités issues de son organisation³⁸. La 11ᵉ Division, qui sera un temps commandée par Líster, prolonge elle aussi directement cette expérience³⁹.

La dissolution du Quinto devient ainsi presque une cérémonie politique. La date exacte demeure discutée. La tradition la plus répandue retient le 22 janvier 1937, lorsque Vittorio Vidali aurait proclamé devant les hommes : « Le Cinquième Régiment est mort ! Vive l'Armée populaire ! »⁴⁰. Mijaíl Koltsov note cependant dès le 28 décembre 1936 que la décision de dissolution avait été prise⁴¹. Il est probable que les deux sources parlent de moments différents : d'un côté la décision politique, de l'autre sa mise en scène publique.

Quoi qu'il en soit, le geste est remarquable. Le régiment le plus célèbre de la gauche madrilène accepte de disparaître précisément parce que son modèle est en train de devenir celui de l'armée tout entière.

De ses rangs ou de son appareil sortiront plusieurs des principaux commandants communistes de la guerre : Modesto, Enrique Líster, Valentín González « El Campesino » et Etelvino Vega Martínez⁴².

Le Cinquième Régiment cesse donc officiellement d'exister au début de 1937\. L'histoire de ses hommes, elle, ne fait que commencer.

## VIII. Juan Negrín : résister jusqu'au bout

Pour comprendre ce qui arrive ensuite à une partie de ces hommes, il faut s'arrêter sur l'un des personnages les plus controversés de la République : Juan Negrín López.

Né à Las Palmas de Grande Canarie en 1892 dans une famille aisée, conservatrice et catholique, Negrín a un parcours qui semble au premier regard très éloigné de celui d'un futur chef de gouvernement socialiste. Il part très jeune étudier la médecine en Allemagne, notamment à Kiel et Leipzig, obtient son doctorat puis rentre en Espagne. En 1922, il devient professeur de physiologie à l'Université centrale de Madrid et contribue à la création d'une école scientifique de haut niveau. Parmi les jeunes chercheurs qui passent par son laboratoire figure Severo Ochoa, futur prix Nobel⁴³.

Negrín adhère au PSOE en 1929, encore sous la dictature de Primo de Rivera. Député sous la République, il appartient plutôt au courant modéré du socialisme autour d'Indalecio Prieto⁴⁴. La guerre transforme néanmoins complètement sa trajectoire.

En septembre 1936, il devient ministre des Finances du gouvernement Largo Caballero. C'est dans cette fonction qu'il supervise le transfert d'une grande partie des réserves d'or de la Banque d'Espagne vers l'Union soviétique afin de financer l'achat d'armes et de matériel. L'épisode, rapidement désigné par les adversaires de la République sous le nom d'« or de Moscou », restera pendant des décennies l'une des grandes controverses politiques et historiographiques de la guerre civile⁴⁵.

Le 17 mai 1937, après la chute de Largo Caballero, le président Manuel Azaña confie à Negrín la direction du gouvernement⁴⁶. Sa politique se résume alors à une priorité absolue : gagner la guerre avant de faire la révolution. Cette ligne rapproche naturellement son gouvernement du Parti communiste, qui défend depuis le début du conflit la militarisation des milices, le respect de la petite propriété et le report des transformations révolutionnaires les plus radicales⁴⁷ ⁴⁸.

En 1938, alors que la situation militaire de la République devient de plus en plus difficile, Negrín tente d'obtenir une paix négociée avec les Treize Points, programme qui prévoit notamment l'indépendance nationale de l'Espagne, le respect des libertés politiques et l'absence de représailles. Franco refuse et maintient son exigence de capitulation sans conditions⁴⁹.

Negrín choisit alors de poursuivre la résistance. Son calcul consiste à attendre qu'une guerre générale éclate en Europe entre les démocraties occidentales et les puissances fascistes. Dans ce scénario, la République espagnole pourrait devenir automatiquement l'alliée de la France et du Royaume-Uni. L'analyse géopolitique n'était pas absurde : la Seconde Guerre mondiale commence effectivement en septembre 1939\. Mais elle arrive cinq mois trop tard pour l'Espagne républicaine, qui s'est effondrée au printemps précédent⁵⁰.

En mars 1939, le colonel Segismundo Casado renverse finalement le gouvernement républicain en espérant négocier une paix séparée avec Franco. Celui-ci refuse toute concession⁵¹. Negrín quitte l'Espagne le 6 mars avec plusieurs responsables, parmi lesquels Modesto et Líster⁵².

Il continuera à présider le gouvernement républicain en exil jusqu'en 1945 et vivra notamment à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale⁵³. Exclu du PSOE en 1946, accusé d'avoir trop dépendu du PCE et de Moscou⁵⁴, il meurt à Paris en 1956\. Sa tombe au Père-Lachaise porte seulement trois initiales : JNL⁵⁵.

C'est pourtant au nom de cette République de Negrín que plusieurs milliers de guérilleros espagnols rêveront encore, en 1944, de rentrer en Espagne et de renverser Franco.

## IX. Février 1939 : la Retirada

Lorsque la Catalogne s'effondre au début de 1939, la frontière française devient le dernier refuge possible. En quelques semaines, plus de 450 000 personnes traversent les Pyrénées⁵⁶ : civils, soldats, responsables politiques, familles entières, blessés et enfants forment l'un des plus grands exodes de l'histoire contemporaine de l'Europe occidentale.

La France d'Édouard Daladier n'a ni prévu ni réellement souhaité accueillir une telle masse de réfugiés. La frontière est d'abord ouverte aux civils et aux blessés, puis, à partir du 5 février, aux soldats de l'Armée populaire⁵⁷. Ces derniers doivent généralement remettre leurs armes avant d'être dirigés vers des camps improvisés.

Le plus connu est celui d'Argelès-sur-Mer, installé à la hâte sur une vaste plage des Pyrénées-Orientales⁵⁸. Plus de cent mille personnes peuvent y être entassées au printemps 1939 dans des conditions extrêmement précaires, derrière des clôtures de barbelés, avec un accès insuffisant à l'eau, à l'hygiène et aux soins⁵⁹. Au cours des années suivantes, plus de deux cent cinquante mille internés passeront par ce seul camp⁶⁰.

D'autres centres sont ouverts à Saint-Cyprien, au Barcarès, à Arles-sur-Tech, à Prats-de-Mollo, au Boulou, à Mont-Louis ou encore à Bourg-Madame. Au début de mars 1939, près de deux cent soixante mille réfugiés sont ainsi répartis dans une quinzaine de camps des Pyrénées-Orientales⁶¹.

Très vite, la question devient celle de leur utilisation économique et militaire. Les hommes valides peuvent rejoindre les Compagnies de Travailleurs Étrangers, les CTE, qui deviennent sous Vichy les Groupements de Travailleurs Étrangers, ou GTE. Beaucoup sont envoyés sur des chantiers de fortification, dans les mines, les exploitations forestières ou les grands travaux hydroélectriques.

Le département du Cantal accueillera six de ces groupements⁶².

C'est là que l'histoire de la guerre d'Espagne rejoint directement celle de la Résistance française.

## X. Des barrages du Cantal aux maquis

Dans le Massif central, la France lance ou poursuit de grands chantiers hydroélectriques, notamment aux barrages de l'Aigle, de Bort-les-Orgues et de Saint-Étienne-Cantalès. Une partie de la main-d'œuvre est fournie par les réfugiés espagnols regroupés dans les GTE⁶³.

Pour l'administration française, ces hommes constituent avant tout une force de travail étrangère qu'il faut surveiller et encadrer. Mais beaucoup sont d'anciens combattants de l'armée républicaine, parfois vétérans de plusieurs années de guerre. Ils savent manier des armes, organiser des groupes clandestins, construire des réseaux et vivre dans des conditions difficiles. Ils sont en outre profondément politisés et, pour beaucoup, considèrent le fascisme français ou allemand comme la continuation directe de l'ennemi qu'ils ont combattu en Espagne.

Les GTE deviennent donc presque naturellement l'un des terrains de recrutement de la Résistance dans le Massif central⁶⁴.

Autour du barrage de l'Aigle, plusieurs centaines de réfugiés anarchistes reconstituent clandestinement la CNT. Plus de six cents militants issus de ces réseaux participeront à la Résistance et certains formeront des maquis exclusivement libertaires⁶⁵. Dès 1941, le 431ᵉ GTE du Cantal devient même l'un des principaux foyers clandestins de la CNT espagnole en France⁶⁶.

Dans le même temps, un autre foyer de guérilleros se développe au sein du 401ᵉ GTE, autour du chantier de Saint-Étienne-Cantalès⁶⁷. Selon leurs sensibilités et les circonstances locales, les Espagnols rejoignent l'Armée secrète, l'Organisation de résistance de l'armée, les mouvements Combat, Libération et Franc-Tireur, ou encore les FTP-MOI communistes⁶⁸.

Leur niveau d'engagement est remarquable. En Auvergne, certaines études estiment qu'environ 15 % des réfugiés républicains espagnols participèrent directement à la lutte contre l'Occupation, un taux très supérieur à celui observé dans l'ensemble de la population française⁶⁹.

Cette forte présence explique pourquoi les Espagnols deviennent rapidement une composante familière de nombreux maquis du sud de la France. On les retrouve dans le Cantal, la Corrèze, la Dordogne, l'Aveyron, le Lot, l'Isère, la Montagne Noire, le Vercors ou le Mont Mouchet⁷⁰ ⁷¹.

À l'échelle nationale, une partie importante de ces combattants se regroupe dans l'*Agrupación de Guerrilleros Españoles*, l'AGE, branche militaire de l'*Unión Nacional Española*, organisation largement impulsée par le Parti communiste espagnol.

Pour beaucoup de ces hommes, la libération de la France ne représente toutefois pas la fin de la guerre. Elle doit simplement ouvrir le chemin du retour vers l'Espagne.

## XI. Octobre 1944 : le rêve impossible du Val d'Aran

À l'été 1944, l'Europe occidentale change de visage. La Normandie a été libérée, Paris s'est soulevé et, le 24 août, les premiers véhicules de la 2ᵉ division blindée qui entrent dans la capitale appartiennent à *La Nueve*, compagnie composée en grande partie d'anciens républicains espagnols. Plusieurs de ses half-tracks portent les noms de batailles de la guerre civile : Guadalajara, Teruel, Ebro⁷².

Pour les exilés espagnols, le symbole est immense. Après avoir combattu Franco, puis Hitler, beaucoup sont persuadés que les Alliés ne pourront pas laisser durablement au pouvoir le régime franquiste. La conclusion semble presque évidente : après Paris, Madrid.

C'est dans ce climat qu'est préparée l'*Operación Reconquista de España*. L'un de ses principaux promoteurs est Jesús Monzón, responsable du PCE clandestin en France et personnage central de la reconstruction du parti pendant l'Occupation⁷³. En septembre 1944, la direction de l'AGE charge le colonel Vicente López Tovar de préparer l'opération dans les Pyrénées⁷⁴.

L'organisation dispose alors de plusieurs milliers de combattants. Les estimations évoquent environ dix mille hommes répartis sur le territoire français⁷⁵. Dès le début d'octobre, des groupes franchissent la frontière en Navarre, en Aragon et en Catalogne afin de tester les défenses franquistes ou de créer des diversions. Plusieurs milliers de guérilleros participent à ces mouvements secondaires⁷⁶.

L'offensive principale commence dans le Val d'Aran. Environ quatre mille hommes traversent les cols pyrénéens et tentent de prendre le contrôle de la vallée afin de converger vers Vielha, sa capitale⁷⁷. D'autres unités pénètrent simultanément par les vallées aragonaises de Canfranc, Pineta et Benasque⁷⁸.

Le projet est ambitieux jusqu'à l'irréalisme : établir sur un morceau de territoire espagnol un gouvernement républicain provisoire, déclencher un soulèvement intérieur et obtenir ensuite le soutien politique ou militaire des Alliés⁷⁹.

Franco avait cependant anticipé le risque d'une incursion depuis la France. Des dizaines de milliers de soldats sont disponibles dans la région sous l'autorité de généraux expérimentés comme José Moscardó, Juan Yagüe et Rafael García-Valiño⁸⁰. Les guérilleros obtiennent quelques succès locaux mais ne parviennent jamais à prendre Vielha.

Au bout de quelques jours, l'échec devient évident. Le 24 octobre 1944, les principales forces reçoivent l'ordre de se replier vers la France⁸¹. Quelques villages restent temporairement occupés jusqu'à la fin du mois, mais l'armée franquiste reprend rapidement le contrôle de toute la vallée⁸².

La responsabilité de la retraite est généralement attribuée à Santiago Carrillo, tandis que Jesús Monzón sera par la suite marginalisé par la direction du PCE⁸³. L'épisode devient ainsi autant une défaite militaire qu'un moment du règlement de comptes interne au communisme espagnol.

### La désillusion alliée

Pour les guérilleros, la véritable défaite n'est pourtant pas seulement militaire. Elle est diplomatique.

Durant la Résistance, les combattants espagnols avaient été célébrés pour leur participation à la lutte contre l'Occupation. Mais une fois la France libérée, le gouvernement provisoire français n'a aucune intention d'ouvrir un nouveau front contre Franco. Des mesures sont prises pour désarmer ou contrôler certains groupes espagnols dès septembre 1944⁸⁴ et Paris maintient des relations de fait avec Madrid⁸⁵.

Le 27 octobre, de Gaulle résume la position française : l'Espagne n'ayant pas participé à l'agression de la France en 1940, la France n'entend pas à son tour attaquer l'Espagne⁸⁶. D'un point de vue stratégique français, le raisonnement est compréhensible. La guerre contre l'Allemagne continue et personne ne souhaite ouvrir un nouveau conflit dans les Pyrénées⁸⁷.

Pour les anciens républicains, l'expérience est beaucoup plus amère. Après huit années de combats presque ininterrompus, ils découvrent que leur guerre contre Franco n'est pas celle des Alliés.

La guérilla antifranquiste continuera pourtant encore plusieurs années sur le territoire espagnol, avant de s'éteindre progressivement au début des années 1950⁸⁸.

## XII. Le Fort de San Cristóbal : la montagne-prison

Parmi les lieux où peuvent aboutir les trajectoires de ceux que la répression franquiste rattrape figure une forteresse déjà rencontrée au moment de la révolution asturienne de 1934 : le Fort de San Cristóbal, également appelé fort d'Alphonse XII.

Construit entre 1878 et 1919 au sommet du mont Ezkaba, à une dizaine de kilomètres de Pampelune, l'ouvrage devait à l'origine participer à la défense des Pyrénées après les guerres carlistes. Son architecture devient toutefois militairement obsolète avant même son achèvement, notamment en raison des progrès de l'artillerie et de l'aviation⁸⁹.

Le fort ne connaîtra donc jamais la grande bataille pour laquelle il avait été conçu. Son véritable rôle historique sera carcéral : il sert de prison entre 1934 et 1945⁹⁰.

Après l'insurrection des Asturies de 1934, plusieurs centaines de prisonniers politiques y sont transférés alors que le bâtiment n'a jamais été aménagé pour accueillir une telle population⁹¹. Un responsable conservateur lui-même, Rodríguez de Viguri, estime que l'ouvrage ne devrait pas abriter plus de quelques dizaines de personnes⁹².

Après le début de la guerre civile, les effectifs explosent. Entre 1938 et 1942, plus de deux mille détenus y sont enfermés en moyenne⁹³. En 1938, ils sont près de 2 500, principalement des militants politiques, des syndicalistes ou d'anciens responsables républicains. Les témoignages évoquent la faim, le froid, les parasites, la promiscuité et les mauvais traitements⁹⁴. À partir de 1940, le fort devient officiellement un sanatorium pénitentiaire accueillant notamment des détenus tuberculeux transférés depuis d'autres prisons⁹⁵.

L'association mémorielle Txinparta estime que plus de sept mille personnes sont passées par Ezkaba entre la guerre civile et la fermeture du pénitencier et avance un bilan de mortalité supérieur à celui des seuls registres officiels⁹⁶. Ceux-ci attestent néanmoins plus de trois cents morts entre 1937 et juillet 1945, souvent attribuées administrativement à la dénutrition ou à des arrêts cardiaques⁹⁷. Les années 1941 et 1942 sont particulièrement meurtrières⁹⁸.

### Le cimetière des bouteilles

L'un des aspects les plus bouleversants de l'histoire d'Ezkaba concerne l'inhumation des prisonniers morts en détention. Certains furent enterrés sur les flancs de la montagne avec, à proximité du corps, une bouteille contenant un papier indiquant leur identité.

Des décennies plus tard, ces bouteilles ont permis d'identifier plusieurs dépouilles et de les restituer aux familles. Le lieu est aujourd'hui connu sous le nom de *Cementerio de las Botellas*, le « cimetière des bouteilles »¹⁰¹.

Le fort, classé Bien d'intérêt culturel dès 2001, a finalement été reconnu comme Lieu de Mémoire démocratique le 21 avril 2026¹⁰².

## XIII. Que sont devenus les hommes du Cinquième Régiment ?

Il est relativement facile de suivre les grands responsables du Quinto. Leurs noms figurent dans les mémoires, les archives politiques, les récits de la guerre civile et les histoires du communisme européen. Le destin des milliers de miliciens ordinaires est autrement plus difficile à reconstituer.

### Les chefs : du communisme à la rupture

Juan Guilloto León, dit Modesto, quitte l'Espagne avec Negrín et Líster le 6 mars 1939\. Il gagne ensuite l'Union soviétique, où ses grades de l'armée républicaine sont reconnus et où il poursuit une formation militaire. Lorsque l'Allemagne nazie attaque l'URSS en juin 1941, il souhaite participer directement aux combats, mais les autorités soviétiques ne lui confient pas de commandement opérationnel¹⁰³. Il termine sa vie en exil et meurt à Prague en 1969.

Enrique Líster, ancien ouvrier galicien passé par Cuba puis par une formation soviétique, devient l'un des chefs militaires les plus célèbres de l'armée républicaine¹⁰⁵. Après la guerre, il connaît un long exil et plusieurs ruptures politiques. Il faudra attendre la transition démocratique pour qu'il puisse revenir définitivement en Espagne ; encore en 1976, les autorités franquistes lui refusent l'entrée sur le territoire¹⁰⁶.

Le parcours de Valentín González, « El Campesino », est beaucoup plus chaotique. Après avoir rejoint l'URSS, il rompt avec le communisme soviétique et accuse notamment Modesto et Líster de l'avoir abandonné lors de la bataille de Teruel¹⁰⁷. Son témoignage deviendra ensuite l'un des récits anticommunistes les plus célèbres issus des anciens cadres militaires républicains.

Enrique Castro Delgado suit une trajectoire similaire. Après avoir exercé d'importantes responsabilités communistes, son séjour en Union soviétique détruit progressivement ses convictions. Exilé au Mexique, il publie *Mi fe se perdió en Moscú*, description féroce d'un système soviétique très éloigné du paradis révolutionnaire qu'il avait imaginé¹⁰⁸.

Quant à Vittorio Vidali, il reste communiste, retourne notamment à Trieste et termine sa carrière comme parlementaire italien.

Le contraste est saisissant : les hommes qui contribuèrent à construire le Cinquième Régiment, unis en 1936 par une même discipline politique, finirent par suivre des chemins radicalement divergents. Certains restèrent fidèles au communisme jusqu'à leur mort ; d'autres devinrent ses adversaires les plus virulents.

### Les anonymes

Pour les combattants ordinaires, il n'existe évidemment pas de trajectoire unique. Beaucoup meurent pendant la guerre civile, dans les brigades mixtes qui ont absorbé les anciennes unités du Quinto, à Brunete, Teruel, sur l'Èbre ou lors de la retraite de Catalogne.

D'autres sont faits prisonniers. Ils passent alors par les conseils de guerre franquistes, les camps, les bataillons de travailleurs ou les prisons centrales. Les condamnations à mort peuvent être commuées en trente ou vingt années de détention, et les transferts entre établissements sont fréquents.

Ceux qui franchissent les Pyrénées en 1939 connaissent d'abord les camps de la Retirada. Une partie rejoint ensuite les CTE ou les GTE et, parmi ces hommes, des milliers s'engagent dans la Résistance française. Certains poursuivent encore la lutte après 1944 en participant à l'invasion du Val d'Aran ou à la guérilla intérieure espagnole.

Mais la trajectoire probablement la plus fréquente est moins spectaculaire. Beaucoup finissent par reconstruire leur vie en France. Ils deviennent maçons, ouvriers d'usine, agriculteurs, mineurs ou artisans. Ils s'établissent dans le Sud-Ouest, le Massif central, la région parisienne ou les grandes villes industrielles. Certains prennent la nationalité française ; d'autres conservent toute leur vie un statut d'exilé.

Chez eux, la guerre survit souvent sous forme de souvenirs fragmentaires : un nom de bataille, une photographie, un morceau de papier, un carnet de réfugié, une médaille de Résistance, parfois seulement une histoire racontée aux enfants.

C'est dans cet univers de traces minuscules que se situe l'histoire de mon grand-père Pedro Gómez Cantador.

## Conclusion

Le Cinquième Régiment n'a existé que quelques mois. Il n'a remporté aucune victoire décisive à lui seul et l'armée qu'il contribua à construire finit par perdre la guerre. Sur le papier, son histoire pourrait donc sembler secondaire.

Elle ne l'est pas.

Le Quinto fut l'un des laboratoires les plus étonnants de la guerre civile espagnole. Ses dirigeants cherchèrent à transformer une mobilisation populaire spontanée en une force capable de tenir tête à une armée professionnelle. Ils mirent en place une discipline, une instruction, une logistique, mais aussi des bibliothèques, des journaux, une radio et des activités culturelles. Cette combinaison explique l'influence considérable qu'exerça le régiment sur la future Armée populaire.

Le Quinto Regimiento fut aussi l'une des manifestations les plus visibles de l'influence croissante du communisme international, et bientôt de l'Union soviétique, dans le camp républicain. Né à Madrid d'une initiative espagnole liée au Parti communiste, il compta parmi ses organisateurs et ses chefs des hommes profondément liés au mouvement communiste international. Le destin de ceux que célèbre la chanson est à cet égard révélateur : Líster, Modesto, José María Galán et même El Campesino connurent après la défaite l'exil en Union soviétique, tandis que Vittorio Vidali, le « comandante Carlos », demeura longtemps l'un des représentants les plus fidèles de la mouvance stalinienne internationale. Le cas de Vidali reste le plus spectaculaire : cadre international du Komintern, citoyen soviétique et collaborateur des structures de renseignement soviétiques, il avait été envoyé en Espagne avant la guerre et participa à la fondation du régiment. Enrique Líster avait lui aussi reçu plusieurs années de formation militaire et politique en URSS. On peut donc parler d'une influence soviétique particulièrement forte autour du Cinquième Régiment — mais qualifier indistinctement tous ses chefs d'« agents russes » irait au-delà de ce que permettent d'établir les sources. Réduire le Cinquième Régiment à une création de Moscou serait toutefois injuste : ses combattants étaient avant tout des Espagnols engagés dans la défense de la République, et leur rôle fut important dans la défense de Madrid comme dans la constitution de l'Armée populaire.

Mais l'héritage le plus durable du Quinto se trouve peut-être ailleurs, dans la trajectoire de ses hommes. Ceux qui survécurent à Madrid continuèrent souvent à se battre après la disparition du régiment. Ils combattirent dans les brigades mixtes, connurent la défaite de 1939, traversèrent les Pyrénées, furent enfermés sur les plages du Roussillon, travaillèrent sur les barrages du Massif central, prirent les armes contre l'Occupation allemande et, pour certains, franchirent une nouvelle fois la frontière espagnole en octobre 1944 dans l'espoir de chasser Franco.

La guerre fut finalement perdue, au prix de dizaines de milliers de morts et d'un immense exil. Pourtant, pour beaucoup de ces hommes, le combat ne s'arrêta pas en 1939\. Réfugiés en France, nombre de républicains espagnols reprirent les armes contre le nazisme au sein de la France libre, de l'Armée secrète, des maquis ou des FFI. Ce fut notamment le cas de mon grand-père qui, après avoir combattu en Espagne, rejoignit l'Armée secrète dans le Cantal et poursuivit ainsi en France un combat antifasciste commencé quelques années plus tôt.

Ils avaient commencé leur guerre en Espagne. Beaucoup la poursuivirent en France. Certains la terminèrent dans les prisons franquistes. D'autres finirent simplement leur existence dans une petite ville française, dans un atelier, sur un chantier ou derrière le comptoir d'un café, avec pour seuls témoins quelques papiers conservés au fond d'un tiroir.

Le Cinquième Régiment a disparu en janvier 1937\. Le destin de ses hommes, lui, a continué de s'écrire pendant des décennies.

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## Notes et sources

1. *Historia Ilustrada de la Guerra Civil Española*, Editorial LIBSA, 2006, p. 197, cité par la Wikipédia espagnole, entrée « Quinto Regimiento ».
2. Formule d'Indalecio Prieto rapportée par Pilar Mera Costas, *18 de julio. El día que comenzó la Guerra Civil*, reprise dans *Nuevatribuna*, 15 juillet 2022.
3. Constitution de la République espagnole adoptée le 9 décembre 1931 par les Cortes issues des élections constituantes du 28 juin.
4. Sur l'article 48 et le conflit scolaire, voir notamment Wiki Historia, « Historia de la Segunda República Española (1931-1936) ».
5. *Revolución de 1934* : insurrection socialiste et anarchiste qui prend dans les Asturies la dimension d'une véritable révolution sociale.
6. Fort de San Cristóbal, ou Fort d'Alphonse XII, mont Ezkaba, Navarre.
7. *Frente Popular* : coalition électorale victorieuse en février 1936 regroupant les partis républicains de gauche, le PSOE et le PCE.
8. Espacios de Memoria, notice « Fuerte de San Cristóbal ».
9. MAOC, *Milicias Antifascistas Obreras y Campesinas*.
10. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto, la brillantez de un general republicano y comunista », 22 avril 2021.
11. Wikipédia espagnole, « Golpe de Estado en España de julio de 1936 ».
12. Ibid.
13. Pilar Mera Costas, *op. cit.*
14. Santiago Álvarez, *Memorias*, cité notamment par *La H/historia en la memoria*.
15. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
16. *El Gran Capitán*, « El 5º Regimiento ».
17. *La H/historia en la memoria*, « El Quinto Regimiento ».
18. Rafael Núñez Florencio, à propos d'Enrique Castro Delgado, *Mi fe se perdió en Moscú*, *Revista de Libros*.
19. Enrique Castro Delgado, *Hombres « made in Moscú »*, Barcelone, 1965.
20. Vittorio Vidali, communiste italien, actif en Espagne sous le pseudonyme Carlos Contreras.
21. Hugh Thomas, *Historia de la Guerra Civil Española*, Círculo de Lectores, Barcelone, 1976, p. 351.
22. Carlos A. Pérez, « El Quinto Regimiento de Milicias Populares », *El Miliciano*, nº 6, 1996.
23. Ibid.
24. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento » ; *Cosas de Historia y Arte*.
25. Ibid.
26. *Historia Ilustrada de la Guerra Civil Española*, LIBSA, 2006, p. 197.
27. Hugh Thomas, *op. cit.*, p. 351.
28. Ibid.
29. Feuille d'effectifs signée par Líster en octobre 1936, citée par *Los cordeles de la dehesa*.
30. Somosierra, Guadarrama, Talavera et siège de l'Alcázar de Tolède.
31. *Cosas de Historia y Arte*, « Quinto Regimiento de Milicias ».
32. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
33. *La H/historia en la memoria*, « El Quinto Regimiento ».
34. Ibid.
35. *Milicia Popular*, organe quotidien du Cinquième Régiment.
36. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
37. *Mundo Obrero*, « 89 aniversario de la creación del Quinto Regimiento de Milicias Populares », 17 juillet 2025.
38. Sur les brigades issues du Quinto : 1ʳᵉ, 10ᵉ, 31ᵉ et 68ᵉ brigades mixtes.
39. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
40. Ibid.
41. Mijaíl Koltsov, *Diario de la guerra de España*, Planeta, 2009, p. 363.
42. Hugh Thomas, *op. cit.*, p. 353.
43. Fundación Juan Negrín, « Biografía ».
44. *Biografías y Vidas*, « Juan Negrín López ».
45. Fundación Juan Negrín ; CIDA, Ministère de la Culture espagnol.
46. *Zenda*, « Juan Negrín, nuevo jefe de gobierno de la República de España », 17 mai 1937.
47. *Biografías y Vidas*, *op. cit.*
48. *Isidora Revista de Estudios Galdosianos*, « Juan Negrín en 1937 ».
49. *Los Trece Puntos*, mai 1938.
50. *Biografías y Vidas*, *op. cit.*
51. Coup d'État de Segismundo Casado, mars 1939.
52. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto… ».
53. Fundación Juan Negrín.
54. *Buscabiografías*, « Juan Negrín ».
55. *Revista Binter*, « Juan Negrín: biografía y legado », février 2024.
56. Hauts Lieux de Mémoire du Gers, « Guérilleros espagnols ».
57. Mémorial d'Argelès-sur-Mer, « Un exode massif depuis l'Espagne ».
58. Wikipédia française, « Camp de concentration d'Argelès-sur-Mer ».
59. Mémorial d'Argelès-sur-Mer.
60. Wikipédia française, *op. cit.*
61. Mémorial d'Argelès-sur-Mer.
62. *Xaintrie Passions*, « Les Républicains Espagnols du barrage de l'Aigle ».
63. Ibid.
64. Ibid.
65. *Xaintrie Passions*, page 3.
66. *Exils et migrations ibériques*, 2022/1.
67. Ibid.
68. *Xaintrie Passions*.
69. *Exils et migrations ibériques*, *op. cit.*
70. Association 24 Août 1944 – La Nueve, « Les combattants espagnols dans la Résistance ».
71. Ibid.
72. *Vozpópuli*, « La invasión comunista del Valle de Arán para "reconquistar" la España de Franco ».
73. *Nuevo Rumbo*, « Operación Reconquista de España ».
74. *Mundo Historia*, « La fallida Operación Reconquista de España ».
75. *Nuevo Rumbo*, *op. cit.*
76. *El Diario*, « Operación "Reconquista de España": la invasión del Valle de Arán », 28 septembre 2024.
77. Ibid.
78. *Historias del Bajo Aragón*.
79. *Wanderer*, « Operación Reconquista ».
80. Wikipédia espagnole, « Invasión del Valle de Arán ».
81. Ibid.
82. *Mundo Historia*.
83. *Nuevo Rumbo*.
84. *El Diario*, *op. cit.*
85. Wikipédia espagnole, « Invasión del Valle de Arán ».
86. *El Diario*, paraphrase d'une déclaration du 27 octobre 1944.
87. Ibid.
88. *Nuevo Rumbo*, *op. cit.*
89. *Noticias de Navarra*, « Ezkaba - San Cristóbal: el Fuerte olvidado », 10 mars 2025.
90. Ibid.
91. *Noticias de Navarra*, *op. cit.*
92. Ibid.
93. Ibid.
94. Wikipédia espagnole, « Fuga del Fuerte de San Cristóbal ».
95. Espacios de Memoria, « Fuerte de San Cristóbal ».
96. *Noticias de Navarra* ; association Txinparta.
97. Wikipédia espagnole, « Fuga del Fuerte de San Cristóbal ».
98. *Urbipedia*, « Fuerte San Cristóbal (Navarra) ».
99. Fermeture du pénitencier d'Ezkaba le 6 juillet 1945.
100. Centro Documental de la Memoria Histórica, Salamanque.
101. *Noticias de Navarra*, 24 mai 2026.
102. *Noticias de Navarra* ; Espacios de Memoria.
103. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto… ».
104. Hugh Thomas, cité par *Guerra Civil Española día a día*.
105. Ibid.
106. « Enrique Líster: el antimilitarista que llegó a general », *Dialnet*.
107. *Guerra Civil Española día a día*.
108. *Revista de Libros*.

El Quinto Regimiento

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## Notes et sources

1. *Historia Ilustrada de la Guerra Civil Española*, Editorial LIBSA, 2006, p. 197, cité par la Wikipédia espagnole, entrée « Quinto Regimiento ».
2. Formule d'Indalecio Prieto rapportée par Pilar Mera Costas, *18 de julio. El día que comenzó la Guerra Civil*, reprise dans *Nuevatribuna*, 15 juillet 2022.
3. Constitution de la République espagnole adoptée le 9 décembre 1931 par les Cortes issues des élections constituantes du 28 juin.
4. Sur l'article 48 et le conflit scolaire, voir notamment Wiki Historia, « Historia de la Segunda República Española (1931-1936) ».
5. *Revolución de 1934* : insurrection socialiste et anarchiste qui prend dans les Asturies la dimension d'une véritable révolution sociale.
6. Fort de San Cristóbal, ou Fort d'Alphonse XII, mont Ezkaba, Navarre.
7. *Frente Popular* : coalition électorale victorieuse en février 1936 regroupant les partis républicains de gauche, le PSOE et le PCE.
8. Espacios de Memoria, notice « Fuerte de San Cristóbal ».
9. MAOC, *Milicias Antifascistas Obreras y Campesinas*.
10. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto, la brillantez de un general republicano y comunista », 22 avril 2021.
11. Wikipédia espagnole, « Golpe de Estado en España de julio de 1936 ».
12. Ibid.
13. Pilar Mera Costas, *op. cit.*
14. Santiago Álvarez, *Memorias*, cité notamment par *La H/historia en la memoria*.
15. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
16. *El Gran Capitán*, « El 5º Regimiento ».
17. *La H/historia en la memoria*, « El Quinto Regimiento ».
18. Rafael Núñez Florencio, à propos d'Enrique Castro Delgado, *Mi fe se perdió en Moscú*, *Revista de Libros*.
19. Enrique Castro Delgado, *Hombres « made in Moscú »*, Barcelone, 1965.
20. Vittorio Vidali, communiste italien, actif en Espagne sous le pseudonyme Carlos Contreras.
21. Hugh Thomas, *Historia de la Guerra Civil Española*, Círculo de Lectores, Barcelone, 1976, p. 351.
22. Carlos A. Pérez, « El Quinto Regimiento de Milicias Populares », *El Miliciano*, nº 6, 1996.
23. Ibid.
24. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento » ; *Cosas de Historia y Arte*.
25. Ibid.
26. *Historia Ilustrada de la Guerra Civil Española*, LIBSA, 2006, p. 197.
27. Hugh Thomas, *op. cit.*, p. 351.
28. Ibid.
29. Feuille d'effectifs signée par Líster en octobre 1936, citée par *Los cordeles de la dehesa*.
30. Somosierra, Guadarrama, Talavera et siège de l'Alcázar de Tolède.
31. *Cosas de Historia y Arte*, « Quinto Regimiento de Milicias ».
32. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
33. *La H/historia en la memoria*, « El Quinto Regimiento ».
34. Ibid.
35. *Milicia Popular*, organe quotidien du Cinquième Régiment.
36. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
37. *Mundo Obrero*, « 89 aniversario de la creación del Quinto Regimiento de Milicias Populares », 17 juillet 2025.
38. Sur les brigades issues du Quinto : 1ʳᵉ, 10ᵉ, 31ᵉ et 68ᵉ brigades mixtes.
39. Wikipédia espagnole, « Quinto Regimiento ».
40. Ibid.
41. Mijaíl Koltsov, *Diario de la guerra de España*, Planeta, 2009, p. 363.
42. Hugh Thomas, *op. cit.*, p. 353.
43. Fundación Juan Negrín, « Biografía ».
44. *Biografías y Vidas*, « Juan Negrín López ».
45. Fundación Juan Negrín ; CIDA, Ministère de la Culture espagnol.
46. *Zenda*, « Juan Negrín, nuevo jefe de gobierno de la República de España », 17 mai 1937.
47. *Biografías y Vidas*, *op. cit.*
48. *Isidora Revista de Estudios Galdosianos*, « Juan Negrín en 1937 ».
49. *Los Trece Puntos*, mai 1938.
50. *Biografías y Vidas*, *op. cit.*
51. Coup d'État de Segismundo Casado, mars 1939.
52. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto… ».
53. Fundación Juan Negrín.
54. *Buscabiografías*, « Juan Negrín ».
55. *Revista Binter*, « Juan Negrín: biografía y legado », février 2024.
56. Hauts Lieux de Mémoire du Gers, « Guérilleros espagnols ».
57. Mémorial d'Argelès-sur-Mer, « Un exode massif depuis l'Espagne ».
58. Wikipédia française, « Camp de concentration d'Argelès-sur-Mer ».
59. Mémorial d'Argelès-sur-Mer.
60. Wikipédia française, *op. cit.*
61. Mémorial d'Argelès-sur-Mer.
62. *Xaintrie Passions*, « Les Républicains Espagnols du barrage de l'Aigle ».
63. Ibid.
64. Ibid.
65. *Xaintrie Passions*, page 3.
66. *Exils et migrations ibériques*, 2022/1.
67. Ibid.
68. *Xaintrie Passions*.
69. *Exils et migrations ibériques*, *op. cit.*
70. Association 24 Août 1944 – La Nueve, « Les combattants espagnols dans la Résistance ».
71. Ibid.
72. *Vozpópuli*, « La invasión comunista del Valle de Arán para "reconquistar" la España de Franco ».
73. *Nuevo Rumbo*, « Operación Reconquista de España ».
74. *Mundo Historia*, « La fallida Operación Reconquista de España ».
75. *Nuevo Rumbo*, *op. cit.*
76. *El Diario*, « Operación "Reconquista de España": la invasión del Valle de Arán », 28 septembre 2024.
77. Ibid.
78. *Historias del Bajo Aragón*.
79. *Wanderer*, « Operación Reconquista ».
80. Wikipédia espagnole, « Invasión del Valle de Arán ».
81. Ibid.
82. *Mundo Historia*.
83. *Nuevo Rumbo*.
84. *El Diario*, *op. cit.*
85. Wikipédia espagnole, « Invasión del Valle de Arán ».
86. *El Diario*, paraphrase d'une déclaration du 27 octobre 1944.
87. Ibid.
88. *Nuevo Rumbo*, *op. cit.*
89. *Noticias de Navarra*, « Ezkaba - San Cristóbal: el Fuerte olvidado », 10 mars 2025.
90. Ibid.
91. *Noticias de Navarra*, *op. cit.*
92. Ibid.
93. Ibid.
94. Wikipédia espagnole, « Fuga del Fuerte de San Cristóbal ».
95. Espacios de Memoria, « Fuerte de San Cristóbal ».
96. *Noticias de Navarra* ; association Txinparta.
97. Wikipédia espagnole, « Fuga del Fuerte de San Cristóbal ».
98. *Urbipedia*, « Fuerte San Cristóbal (Navarra) ».
99. Fermeture du pénitencier d'Ezkaba le 6 juillet 1945.
100. Centro Documental de la Memoria Histórica, Salamanque.
101. *Noticias de Navarra*, 24 mai 2026.
102. *Noticias de Navarra* ; Espacios de Memoria.
103. *Nuevatribuna*, « Juan Modesto… ».
104. Hugh Thomas, cité par *Guerra Civil Española día a día*.
105. Ibid.
106. « Enrique Líster: el antimilitarista que llegó a general », *Dialnet*.
107. *Guerra Civil Española día a día*.
108. *Revista de Libros*.