Cette marche contre le racisme est pour moi une honte absolue, car aujourd'hui on voudrait faire admettre — et vous avez même des gens ayant fait des études supérieures qui continuent à le penser — que ce qu'a dit le psychologue Jean Doridot sur l'origine de l'homme, c'est-à-dire son origine d'Homo sapiens et de primate, ne serait vrai finalement que pour l'homme blanc. Dès lors que vous désignez un homme noir et que vous lui dites qu'il descendrait du singe, cela deviendrait du racisme.

Alors je me demande si, en sciences, on doit faire la même chose. Est-ce qu'on doit traiter une leucémie chez l'homme blanc de la même façon que chez l'homme noir ? Est-ce qu'on doit raconter l'histoire d'une façon différente parce que, par exemple, il s'agit d'esclavage ? Faut-il raconter une histoire particulière à l'homme blanc ou à l'homme noir ? Finalement, quand on parle de globules blancs dans la leucémie, ne serait-ce pas du racisme ? Pourquoi avoir appelé cela « globule blanc » et pas « globule noir » ? Pourquoi appeler les globules rouges ainsi ? Tout simplement parce qu'ils sont rouges, mais est-ce que, finalement, on ne pourrait pas se passer de couleur ? Peut-être que les globules ne seraient pas genrés et n'auraient pas de couleur.

Vous voyez que nous sommes dans un délire « woke » qui fait que « un » n'est plus égal à « un » dès lors que quelqu'un dirait que cela heurte la morale. C'est terriblement inégalitaire, parce que cela va à l'encontre de la lutte contre le racisme. Le racisme, c'est précisément de dire qu'il faut gommer les différences essentielles et ne pas essentialiser l'homme en fonction de sa couleur de peau ou de son origine. Il a fallu des années, pour ne pas dire des décennies et des siècles, pour essayer de faire comprendre que l'homme ne peut être réduit ni à son origine, ni à sa couleur de peau, ni à son sexe. Bien évidemment qu'il y a des déterminismes en fonction du sexe, de la couleur de peau, de la taille, du poids, du handicap ou non, mais si l'on va dans ce sens-là, on crée des propos extrêmement inégalitaires, alors que le but de l'humanisme avec un grand H, c'est de gommer les différences entre les hommes.

Quand on voit que c'est la gauche qui, aujourd'hui, porte ce discours inégalitaire, c'est extrêmement inquiétant, car pendant très longtemps on a considéré que la gauche était humaniste. C'est comme cela que je l'envisageais quand j'étais plus jeune : la droite aurait été plus inégalitaire, moins humaniste, plus déterministe, et la notion du libre arbitre et de la liberté était une valeur de gauche. Aujourd'hui, on est sur une inversion des normes. On a quelqu'un comme Jean-Luc Mélenchon qui peut se permettre de dire que l'homme blanc serait « tout moche », « tout pas beau », « tout fatigué ». Ce n'est pas parce que vous dites que l'homme noir serait supérieur à l'homme blanc que vous changez fondamentalement la question du racisme. Le racisme, c'est de dire que, justement, le blanc ou le noir sont totalement équivalents.

Après, bien évidemment qu'il faut lutter contre les injustices sociales et qu'il y a peut-être plus de pauvres dans une certaine catégorie de la population, parce que c'est lié à l'histoire de l'humanité, à l'histoire de la colonisation, à l'histoire de plein de choses. Il ne faut pas nier qu'il y a eu une suprématie de l'homme blanc pendant toute la période des Lumières, et aujourd'hui la gauche se revendiquerait assez facilement des Lumières, alors que c'est bien de là que vient toute la problématique du racisme. Ce sont les Lumières qui ont considéré que les gens n'appartenant pas à notre civilisation européenne, occidentale et chrétienne, seraient des barbares ou des sauvages. Le mot « barbare », que vous retrouvez dans le mot « berbère », c'est tout simplement une onomatopée qui vient de « bla-bla » et qui dit que, finalement, les gens ne sauraient pas parler la langue de la civilisation. Toute autre langue que la langue dominante serait la langue des barbares.

Il a fallu énormément de progrès pour arriver à gommer tout cela, et l'on voit qu'aujourd'hui ce n'est pas complètement terminé. Quand on voit la suprématie et l'impérialisme de l'Amérique qui pense devoir imposer un modèle à certains pays en se disant garante de la démocratie et de la justice, alors qu'il n'y a pas pire endroit que les États-Unis concernant l'absence de démocratie... Il suffit de voir l'élection de Donald Trump au nom de la démocratie, dans un pays où il y a énormément d'injustices sociales et où, malgré la richesse, il n'y a ni école ni soins gratuits. C'est extrêmement effrayant.

Aujourd'hui, vous avez une marche dans Paris organisée par une certaine gauche qui a décidé que ce qu'a dit Jean Doridot, le psychologue — à savoir que tous les hommes descendraient de Sapiens et que nous sommes tous porteurs d'un comportement grégaire lié à la théorie de l'évolution — serait une forme universelle qui ne correspondrait pas à l'homme noir. C'est comme si aujourd'hui tout le monde manifestait pour dire que Rima Hassan, députée européenne, se trimbalerait avec de la drogue dans son sac. C'est une supercherie. On sait aujourd'hui que Rima Hassan ne portait pas de drogue et que le procès qu'on lui a fait est un procès d'idéologues. Par contre, on peut lui reprocher de faire l'apologie du terrorisme, ce qui est beaucoup plus grave. L'accuser d'avoir porté de la drogue n'a pas de fondement puisque, véritablement, cela n'a pas été prouvé.

Le malentendu a été levé par rapport au psychologue Jean Doridot, qui a été victime d'une certaine façon de CNews. C'est sûr que quand vous parlez de Darwin, de tribus et de grands singes, et qu'en même temps vous mettez l'image du maire de Saint-Denis à la télévision, une association va se faire dans les esprits les plus simples entre le mot et l'image, et les gens vont se dire : « c'est du racisme ». Il s'est passé la même chose avec le maire de Saint-Denis quand il a dit que sa commune était la « ville des rois ». Certains ont voulu entendre « la ville des noirs » parce que cela paraissait plausible dans l'imaginaire un peu malade des gens. De la même façon aujourd'hui, il paraissait plausible qu'un psychologue comme Jean Doridot soit raciste en disant que nous descendons tous d'Homo sapiens et que nous avons un comportement tribal et grégaire hérité des grands singes, dès lors que vous mettez à l'image un homme noir.

Pourtant, tout le travail de l'esprit, de la science et de la logique dit qu'avant de mettre un signe « égal » entre deux choses, il faut réfléchir. S'il y a un coupable, c'est celui qui a mis l'image du maire sur le mot « tribu » ou « singe », car c'était indélicat, même s'il n'est pas certain que ce soit fait exprès. On doit pouvoir parler de la suprématie de certains hommes politiques et dire qu'ils ont le « syndrome du mâle alpha », et parler également des noirs en disant qu'ils sont équivalents aux blancs dès lors qu'on leur donne du pouvoir. C'est vrai pour les femmes aussi. Si les mâles sont plus forts physiquement dans les tribus de singes, je suis convaincu qu'il existe des espèces animales où il y a des femelles alphas ; ce n'est pas une vérité gravée dans le marbre.

Je trouve que c'est une honte absolue pour l'intelligence d'accepter cette marche contre le racisme. Je suis profondément blessé, en tant que Français, qu'on puisse penser qu'en France nous soyons racistes. Je viens de perdre un peu de ma « gauchitude » et je me rapproche de la droite, car je commence à avoir honte d'être de gauche. Pour moi, être de gauche ne signifie pas renier les vérités scientifiques. J'ai peur que demain la gauche me dise que la Terre est plate parce qu'une majorité de Français le penserait. Je serais triste de penser que l'histoire ne serait plus celle qui s'est passée, mais celle qu'on fantasme sous prétexte qu'une majorité le déciderait.

Tout le travail de l'enseignement est d'arriver au discernement, c'est-à-dire au fait de penser des choses complexes. Si un bâton dans l'eau paraît tordu alors qu'il est droit, c'est à cause de la diffraction de la lumière et non de la magie. Si l'on n'explique pas cela, on ne peut pas comprendre. Il y a des choses contre-intuitives : si deux objets de même poids tombent et que l'un arrive avant, ce n'est pas parce qu'il va plus vite, mais parce qu'il y a une résistance à l'air. Dans le vide, une grue de plusieurs tonnes et une orange tomberaient exactement à la même vitesse. C'est la science. Si on fait abstraction de cette vérité, on retombe vers la barbarie, vers la loi du plus fort contre le plus faible. Il n'y aura plus de justice, car ce qui a permis de passer de la vengeance à la justice, ce sont des juges indépendants garantissant que le fort ne l'emporte pas sur le faible par la simple pression.

La France a fait un travail extraordinaire d'intégration qui a coûté très cher. Nous devons en être fiers, à condition que ces étrangers se considèrent redevables envers ceux qui les ont accueillis. Mes grands-parents espagnols ont été accueillis par la France, ce qui leur a permis de s'intégrer. Leurs enfants et petits-enfants sont devenus officiers de marine (comme moi), médecins (comme mon fils), docteurs en psychologie (comme mon frère Michel qui travaille aux États-Unis) ou normaliens (comme ma sœur qui forme des centaines d'étudiants en Guyane pour leur permettre de sortir de leur condition sociale en leur permettant de concourir dans les plus grandes écoles de la Republique dans un département français de l'outre-mer, afin qu'ils s'émancipent sans renier leur culture créole). C'est très triste de voir qu'aujourd'hui nous sommes considérés comme des racistes.

Cela va provoquer chez beaucoup d'hommes de gauche ou modérés une colère qui les poussera à voter pour le Rassemblement National. C'est un très mauvais calcul de la part de la gauche, et ce n'est pas ce qui lui permettra de gagner la présidentielle.