J’ai la nostalgie de La Réunion "lontan" alors que je ne l’ai jamais connue. J’aime bien ce créole qui n’a pas honte de parler français. J’aime bien la poésie des bals populaires du temps du séga et du maloya, qui ne cherche pas la bagarre. Cette chanson est une petite merveille. Tout le monde la connaît à La Réunion. Elle est ici telle que Georges Fourcade l’a écrite. C’est une chanson des années 30. Elle date d’avant la départementalisation et d’avant-guerre.
C’était une époque où les Réunionnais idéalisaient la France, pour ceux qui avaient la chance de pouvoir l’idéaliser. Mais une grande partie de la population, qui était peu nombreuse à l’époque — peut-être 250 000 habitants — n’avait pas d’autres loisirs que de gratter la terre et d’essayer de survivre à la famine, pendant que d’autres familles très riches vivaient dans l’opulence. Et malgré tout, il y avait des rencontres entre ces deux mondes, notamment lors des bals du samedi soir, où l’on s’endimanchait pour se préparer, le lendemain matin, à aller à la messe.
Aujourd’hui, La Réunion a subi la même folie que le monde. Sa population a été multipliée presque par quatre. Il y a encore, heureusement, des endroits merveilleux et des gens tout aussi merveilleux pour venir enchanter ce paysage au cœur de l’océan Indien, parfois sous les étoiles et sous la bienveillance de la Croix du Sud. C’est de cette poésie-là dont je suis le plus amoureux à La Réunion.
À chaque fois, je rencontre des gens extraordinaires, de tout âge, de toute classe sociale. En ce moment, je fouille dans les entrailles de cette île pour y ressortir ses boyaux. Ce n’est pas très joli à voir. Ça ne sent pas toujours très bon. C’est l’histoire de l’humanité : une histoire souvent sordide, mais qui nous réserve aussi de petits moments de pure poésie.
Je crois que de la misère, de la petite case en paille dont nous parlait Fred Espel, peut sortir l’amour le plus pur et le plus délicat. Nous n’avons pas besoin de grand-chose pour être heureux. Nous avons besoin d’amour, de vin et de poésie pour nous enivrer, comme disait le grand Charles, qui a tant aimé La Réunion. Parfois, quand je suis sur l’île, j’imagine que je pourrais le croiser du côté du Barachois.
C’est bien que je m’éloigne un peu de toi, ô mon île adoptive, pour que je te retrouve avec encore plus de passion. Il faut manquer pour désirer. C’est exactement ce que veut dire mon prénom, Didier. C’est un prénom qui vient du latin desiderium. De/sidus : l’étoile qui est retirée du ciel. C’est l’origine du mot désir. On ne peut désirer que ceux qui manquent ! Et lorsque l’étoile revient dans le ciel, c’est alors la naissance d’un autre joli mot : le cum/sideratio, c’est-à-dire la considération. Lorsque l’on considère quelque chose ou quelqu’un, c’est lorsqu’on le place dans son ciel.
Bref, je ne sais pas quand je vais revenir, mais je ne peux pas vivre très longtemps sans toi.
Alors, à bientôt.
Member discussion: