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# Quarante ans après : les extrêmes ont-ils changé de visage ?
- URL: https://www.leblogdedibu.fr/quarante-ans-apres-les-extremes-ont-ils-change-de-visage/
- Published: 2026-09-14T19:44:52.000Z
- Updated: 2026-09-14T19:44:52.000Z
- Description: Pendant que le RN s’institutionnalise et que LFI se radicalise, le vieux vocabulaire politique ne décrit plus la réalité. Quarante ans après les années 1980, cet article plaide pour juger les partis sur leurs actes, leurs programmes et leur rapport à la démocratie.
- Author: Didier Buffet
- Tags: Économie, Politique, Sociologie, Philosophie

**Dans les années 1980, les mots « extrême droite » et « extrême gauche » désignaient des familles politiques relativement identifiables, avec leur histoire, leurs références et, pour certaines, une volonté assumée de rupture avec l’ordre établi. Quarante ans plus tard, les mêmes mots continuent d’être employés alors que les partis, les hommes et les stratégies ont profondément changé. Le Rassemblement national n’est plus le Front national de Jean-Marie Le Pen ; La France insoumise n’est pas davantage le Parti socialiste dont Jean-Luc Mélenchon fut longtemps l’un des responsables. Peut-être faudrait-il commencer par regarder cette transformation avant de distribuer les étiquettes.**

Lorsque j’avais vingt ans, au début des années 1980, le paysage politique français ne manquait certes ni de passions ni de violences verbales. Pourtant, les familles politiques me semblaient plus facilement identifiables qu’aujourd’hui. À l’extrême gauche se trouvaient la Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière et plusieurs organisations trotskistes ou révolutionnaires qui ne cachaient nullement leur ambition de rompre avec le capitalisme et, pour certaines, avec l’ordre institutionnel bourgeois. Le Parti communiste français lui-même, malgré son histoire, son marxisme revendiqué et ses liens anciens avec l’Union soviétique, n’était généralement pas placé dans la même catégorie : en 1981, quatre ministres communistes étaient entrés au gouvernement de Pierre Mauroy.

À droite, le partage semblait tout aussi lisible. Le RPR incarnait la grande famille gaulliste, l’UDF réunissait libéraux, centristes et démocrates-chrétiens, tandis que le Front national occupait une position beaucoup plus marginale et sulfureuse. Le qualifier alors d’extrême droite ne résultait pas simplement d’une habitude journalistique. Fondé en 1972, le FN était notamment issu d’une tentative de rassemblement à laquelle participèrent des militants d’Ordre nouveau, organisation dont les textes originels relevaient sans ambiguïté de la droite nationaliste révolutionnaire.¹

Jean-Marie Le Pen lui-même contribuait puissamment à entretenir cette réputation. Le 13 septembre 1987, interrogé sur les chambres à gaz nazies, il prononça cette formule du « point de détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui poursuivrait durablement sa carrière politique. Il la répéta ensuite malgré les condamnations et les scandales. On peut discuter de sa personnalité, considérer qu’il aimait avant tout provoquer et qu’une partie de sa stratégie consistait précisément à transgresser les frontières du dicible ; il reste qu’il rendait régulièrement son propre parti infréquentable aux yeux d’une majorité de Français.

C’est justement ce qui rend la situation actuelle intéressante. Nous continuons volontiers à employer le vocabulaire forgé pour décrire ce Front national-là, alors que l’organisation politique qui lui a succédé, sa direction, son électorat, son implantation parlementaire et sa stratégie de conquête du pouvoir ont profondément évolué. Reconnaître cette transformation ne revient pas à approuver le Rassemblement national. Cela consiste simplement à se demander si un concept politique conserve éternellement le même sens lorsque l’objet qu’il prétend décrire change.

## Mitterrand n’a pas créé Le Pen, mais il avait compris son utilité

Il existe une légende selon laquelle François Mitterrand aurait « créé » le Front national pour affaiblir la droite. Historiquement, l’affirmation est absurde : le FN existait depuis 1972 et avait recueilli près de 11 % des suffrages aux élections européennes de 1984\. Plusieurs millions de Français n’ont évidemment pas commencé à voter Le Pen parce qu’un stratège de l’Élysée l’aurait décidé. En revanche, nier que François Mitterrand et son entourage aient compris l’intérêt tactique de l’existence d’un parti suffisamment puissant pour prendre des voix au RPR et à l’UDF, mais suffisamment infréquentable pour rester isolé, serait tout aussi naïf.

Avant les élections législatives de 1986, la gauche savait sa majorité menacée. François Mitterrand fit adopter la représentation proportionnelle départementale. Celle-ci figurait dans ses engagements anciens, ce qui interdit de présenter la réforme comme une invention destinée exclusivement à favoriser le FN. Mais une promesse politique peut parfaitement rencontrer, quelques années plus tard, un intérêt tactique évident. Avec environ 9,7 % des suffrages, le Front national obtint trente-cinq députés et put constituer un groupe à l’Assemblée nationale.²

La mécanique politique était remarquable. Un Front national puissant électoralement affaiblissait la droite traditionnelle ; un Front national durablement marqué du sceau de l’infréquentabilité empêchait simultanément toute alliance avec lui. Roland Dumas reconnaîtra bien plus tard, avec la liberté de ton qu’on lui connaissait, que la proportionnelle avait aussi permis de diviser la droite.³ Le fameux « front républicain » allait ensuite prolonger cette logique pendant des décennies, jusqu’au spectaculaire second tour de 2002 où Jacques Chirac obtint 82,21 % des suffrages face à Jean-Marie Le Pen.

Cette stratégie avait toutefois une condition : le FN devait rester un épouvantail. Or Marine Le Pen comprendra progressivement que ce qui faisait la fortune tactique de ses adversaires constituait précisément l’obstacle majeur à son ambition présidentielle. Pour conquérir le pouvoir, il lui fallait donc entreprendre une opération beaucoup plus difficile qu’un simple changement de programme : modifier l’identité symbolique du parti lui-même.

## Marine Le Pen et le long meurtre politique du père

On ne comprend pas complètement la rupture de Marine Le Pen avec Jean-Marie Le Pen sans rappeler qu’elle fut aussi une rupture familiale. Il ne s’agit évidemment pas de pratiquer une psychanalyse de comptoir et d’expliquer une trajectoire politique de plusieurs décennies par une blessure d’adolescence. Mais les responsables politiques ont une histoire personnelle, et celle de la famille Le Pen fut d’une violence exceptionnelle.

En 1987, au moment de son divorce avec Pierrette Le Pen, Jean-Marie Le Pen répondit publiquement aux difficultés financières supposées de son ancienne épouse en déclarant en substance qu’elle pouvait travailler, y compris « faire des ménages ». Pierrette Le Pen accepta alors la proposition de *Playboy* de poser nue avec un tablier de soubrette. L’affaire devint un immense scandale médiatique. Pour les trois filles du couple, ce qui pouvait apparaître de l’extérieur comme une farce cruelle de la France médiatique des années 1980 fut vécu comme une humiliation familiale profonde. Marine Le Pen dira encore des années plus tard avoir gardé cet épisode « en travers de la gorge ».⁴

Lorsque Marine Le Pen succède à son père à la tête du Front national en 2011, elle hérite donc simultanément d’un nom, d’un électorat, d’une organisation et d’un fardeau. Chaque nouvelle provocation de Jean-Marie Le Pen réactive le vieux Front national au moment même où sa fille tente de construire un parti susceptible d’être considéré comme gouvernable. La rupture devient inévitable en 2015 lorsque le fondateur du FN réitère ses propos sur les chambres à gaz. Marine Le Pen marque publiquement son désaccord puis, le 20 août 2015, Jean-Marie Le Pen est exclu du parti qu’il avait contribué à fonder.⁵

Trois ans plus tard, le Front national devient le Rassemblement national. Le changement de nom est adopté par 80,81 % des adhérents ayant participé à la consultation.⁶ Il serait naïf d’imaginer qu’un changement d’enseigne efface quarante-six années d’histoire ; des spécialistes du parti soulignèrent d’ailleurs à l’époque la permanence d’une grande partie de sa ligne idéologique. Mais politiquement, le message était limpide : Marine Le Pen voulait passer d’un parti protestataire à un parti de gouvernement capable de conclure des alliances et de gagner.

La progression électorale qui suit est considérable. Jean-Marie Le Pen avait obtenu 17,79 % des voix au second tour de l’élection présidentielle de 2002 ; Marine Le Pen en recueille 33,90 % en 2017 puis 41,45 % en 2022\. En septembre 2026, le groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale compte 119 membres et trois apparentés, soit 122 députés au total. C’est aujourd’hui le groupe parlementaire comptant le plus de membres.⁷

Voilà pourquoi l’emploi automatique du mot « extrême droite » mérite, à mes yeux, au minimum une discussion. Le RN contemporain n’est plus un groupuscule rêvant de renverser les institutions depuis leur périphérie : il est installé au cœur de ces institutions et cherche explicitement à conquérir l’Élysée par les élections. Cette constatation n’absout aucune de ses propositions et ne signifie nullement qu’il serait devenu centriste. Elle oblige simplement à préciser ce que l’on entend lorsque l’on parle d’« extrême droite ».

## Être à la droite de la droite suffit-il à définir une extrême droite ?

Si l’expression « extrême droite » signifie simplement « la formation située le plus à droite du spectre parlementaire », le débat est vite réglé. Dans tout système politique organisé selon un axe gauche-droite, il existe nécessairement quelqu’un à l’extrémité droite. Mais historiquement, l’expression possédait un sens plus fort : elle évoquait des courants contestant non seulement les politiques conduites par la démocratie libérale, mais parfois la démocratie parlementaire elle-même.

La science politique permet ici une distinction intéressante. Le politologue Cas Mudde regroupe sous l'expression générale de *far right* deux familles différentes. L’« extreme right » est antidémocratique au sens strict : elle rejette la souveraineté populaire ou la règle majoritaire. La « radical right », en revanche, accepte les élections et le principe démocratique mais conteste certains éléments de la démocratie libérale, notamment le pluralisme, certains droits des minorités ou les limites imposées à la souveraineté majoritaire.⁸

Le politologue français Gilles Ivaldi emploie ainsi volontiers l’expression « droite radicale populiste ». Il souligne que cette famille recouvre notamment le RN, tout en précisant que toutes les formations entrant dans cette catégorie ne relèvent pas nécessairement de l’extrême droite *stricto sensu*. Il ne s’agit donc nullement de prétendre que les chercheurs auraient soudain classé le RN parmi les formations modérées ; ils continuent au contraire à relever dans cette famille politique le nationalisme, le nativisme, l’autoritarisme et une conception souvent illibérale du pouvoir. Mais leur vocabulaire est plus précis que notre échange politique quotidien.⁹

C’est cette distinction que je trouve pertinente. Le RN actuel n’a pas de branche armée, ne possède pas de milice, ne propose pas de supprimer les élections, ne réclame pas l’instauration d’un parti unique et ne présente pas la violence révolutionnaire comme un moyen légitime de conquérir l’État. Il présente des candidats, participe aux commissions parlementaires, dépose des amendements, vote les lois, dirige des municipalités et cherche à obtenir une majorité par les urnes.

Cela ne rend pas son programme anodin. La priorité nationale, les propositions sur l’immigration, le droit du sol, les étrangers ou le port du voile soulèvent des controverses politiques et juridiques majeures. Certaines mesures supposeraient d’importantes modifications du droit existant et pourraient se heurter à des principes constitutionnels ou européens. On peut parfaitement juger ces propositions mauvaises, injustes ou dangereuses sans avoir besoin, pour les combattre, de prétendre que le RN préparerait l’abolition des élections.

Le 13 septembre 2026 encore, lors de sa rentrée politique à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a replacé la « priorité nationale » au centre de propositions concernant notamment le logement social. Ce choix a immédiatement suscité de très fortes critiques, notamment de la part des représentants du monde HLM.¹⁰ Le débat démocratique consiste précisément à discuter cette proposition, sa légalité, ses conséquences et la conception de la citoyenneté qu’elle implique. Répondre seulement « fascisme » dispense de cette discussion au lieu de la mener.

## Le Conseil d’État continue pourtant de classer le RN à l’extrême droite

Il faut alors affronter l’objection la plus évidente. Le 11 mars 2024, le Conseil d’État a rejeté le recours du Rassemblement national contre une circulaire du ministère de l’Intérieur classant ses candidats dans le bloc de clivage « extrême droite ». La juridiction a expressément considéré que ce classement n’était entaché d’aucune « erreur manifeste d’appréciation ».¹¹

Je ne prétends donc pas que le RN aurait officiellement cessé d’être classé à l’extrême droite. Ce serait faux. La presse française continue très majoritairement d’utiliser cette qualification et l’administration électorale la retient également. En revanche, la portée exacte de la décision du Conseil d’État mérite d’être comprise : le juge ne rédigeait pas un traité de philosophie politique définissant pour l’éternité l’essence du Rassemblement national. Il contrôlait la légalité d’une grille administrative destinée à agréger et présenter les résultats électoraux, avec un contrôle limité à l’erreur manifeste d’appréciation.

Autrement dit, constater que le classement administratif est légal et discuter la pertinence conceptuelle du terme ne sont pas deux propositions contradictoires. Je reconnais parfaitement la première. Ma thèse porte sur la seconde : lorsqu’un terme renvoie simultanément à Ordre nouveau, au fascisme historique, au FN de Jean-Marie Le Pen et au RN parlementaire de 2026, il finit peut-être par recouvrir des réalités suffisamment différentes pour que nous ayons besoin d’un vocabulaire plus précis.

C’est pour cette raison que les expressions « droite nationale », « droite souverainiste », « droite populiste » ou surtout « droite radicale populiste » me paraissent aujourd’hui intellectuellement plus utiles. Elles permettent de qualifier fortement une orientation politique sans suggérer automatiquement une continuité totale avec les mouvements antidémocratiques de l’entre-deux-guerres.

## Pendant ce temps, Mélenchon a parcouru une partie du chemin inverse

Le paradoxe devient d’autant plus frappant que Jean-Luc Mélenchon a suivi, sur certains plans, une trajectoire presque symétrique. Il vient évidemment d’une histoire politique radicalement différente. Longtemps membre du Parti socialiste, sénateur puis ministre du gouvernement de Lionel Jospin, il avait cependant milité dans sa jeunesse à l’Organisation communiste internationaliste, l’OCI, courant trotskiste lambertiste auquel il reconnaît lui-même avoir appartenu plusieurs années.¹²

Ce passé ne suffit absolument pas à définir l’homme politique qu’il est devenu. On pourrait appliquer à Mélenchon exactement l’erreur que je reproche à ceux qui réduisent Marine Le Pen à son père : décider qu’un engagement de jeunesse déterminerait définitivement la nature d’une personne cinquante ans plus tard. Ce serait absurde. Il n’en demeure pas moins que le vocabulaire de la rupture, du peuple opposé à l’oligarchie, de la « révolution citoyenne » et de la refondation institutionnelle occupe une place croissante dans le mélenchonisme contemporain.

Il serait également caricatural de réduire La France insoumise à cette rhétorique. Son programme économique et social est particulièrement détaillé : retraite à 60 ans, augmentation du salaire minimum, planification écologique, développement des services publics, modification de la fiscalité du patrimoine. Plusieurs de ces propositions méritent parfaitement d’être discutées et certaines me paraissent même souhaitables. Je suis par exemple favorable à ce que les patrimoines gigantesques contribuent davantage à l’effort collectif et je considère que les travaux de Gabriel Zucman sur l’imposition minimale des ultra-riches posent une véritable question de justice fiscale.

C’est précisément pourquoi je refuse la politique conçue comme l’achat d’un paquet idéologique complet. Je peux juger légitime une forme de priorité accordée aux citoyens dans certaines politiques publiques et considérer simultanément que les milliardaires doivent participer davantage au financement de la collectivité. Je peux souhaiter une politique migratoire beaucoup plus maîtrisée et considérer la lutte contre le changement climatique comme une urgence. La démocratie commence peut-être par refuser de déléguer à un parti le soin de penser à notre place.

Mon inquiétude à l’égard de LFI ne réside donc pas principalement dans son programme social. Elle tient davantage à une représentation de plus en plus conflictuelle de la société, où les individus risquent d’être perçus à travers leurs appartenances supposées — origine, religion, identité — et où l’affrontement entre « le peuple » et des adversaires réputés illégitimes tend parfois à remplacer le désaccord classique entre citoyens.

## Le vote musulman et le danger de la politique communautaire

L’élection présidentielle de 2022 a fourni un chiffre spectaculaire : selon une enquête de l’Ifop réalisée pour *La Croix*, 69 % des électeurs interrogés se déclarant musulmans et ayant voté au premier tour avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.¹³ Ce chiffre mérite d’être cité mais aussi correctement interprété. Il ne signifie évidemment pas que « les musulmans » formeraient un corps politique uniforme, encore moins que Jean-Luc Mélenchon disposerait mécaniquement de plusieurs millions de voix déterminées par la religion.

Une partie des personnes musulmanes vivant en France ne possède pas la nationalité française ; une autre ne vote pas ; celles qui votent n’ont évidemment pas toutes le même comportement électoral. Les déterminants sociaux, l’âge, le niveau de diplôme, le lieu de résidence, les revenus et la perception des discriminations jouent également un rôle. Transformer un résultat de sondage en preuve d’un bloc communautaire organisé serait précisément tomber dans l’essentialisation que l’on prétend dénoncer.

La question politique demeure néanmoins légitime : un parti républicain doit-il chercher à parler différemment à des citoyens en fonction de leur religion supposée, ou doit-il d’abord s’adresser à eux comme citoyens ? Je poserais exactement la même question à un mouvement cherchant à constituer un « vote catholique », un « vote juif », un « vote blanc » ou n’importe quel autre électorat défini d’abord par l’identité. Une République finit par se fragiliser lorsque chacun commence à entrer dans l’isoloir comme représentant d’une communauté avant d’y entrer comme citoyen.

Depuis les massacres du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi à Gaza, cette question s’est encore chargée d’une puissance émotionnelle considérable. Les actes antisémites ont connu en France une explosion spectaculaire en 2023 et sont restés à un niveau extrêmement élevé en 2024, comme le documente la Commission nationale consultative des droits de l’homme.¹⁴ Dans un tel contexte, chaque mot prononcé par un responsable politique possède un poids particulier.

Je n’écrirai pourtant pas que La France insoumise est un parti antisémite. Ce serait une généralisation injuste à l’égard de ses militants et de ses électeurs et, intellectuellement, cela reproduirait exactement le mécanisme que je dénonce lorsque le mot « fasciste » est utilisé contre tout électeur du RN. En revanche, aucune formation ne doit bénéficier d’une immunité morale. Lorsqu’un candidat du RN tient des propos racistes ou antisémites, ils doivent être condamnés ; lorsqu’un responsable de gauche entretient une ambiguïté ou banalise un préjugé, il faut appliquer la même exigence. La morale républicaine ne peut pas changer en fonction du bulletin de vote.

## En 2026, le Conseil d’État classe LFI dans le bloc « extrême gauche »

L’ironie historique devient particulièrement saisissante avec les élections municipales de 2026\. La France insoumise a contesté la circulaire du ministère de l’Intérieur qui rattachait ses candidats au bloc de clivage « extrême gauche ». Elle demandait à être replacée dans le bloc « gauche ». Le 27 février 2026, le Conseil d’État a rejeté son recours et considéré que, compte tenu du positionnement de LFI par rapport aux autres formations de gauche et des alliances observées pour ce scrutin, le classement retenu par le ministre n’était pas entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.¹⁵

Il faut ici être aussi rigoureux que pour le RN. Cette décision ne signifie pas que les magistrats du Palais-Royal aient déclaré Jean-Luc Mélenchon révolutionnaire, violent ou antidémocratique. Le Conseil d’État rappelle même explicitement qu’il s’agit d’une nomenclature destinée à présenter les résultats et qu’il ne se substitue pas au débat politique. Le contrôle juridique est le même : rechercher une éventuelle erreur manifeste dans le découpage administratif du champ politique.

Le symbole n’en demeure pas moins remarquable. Dans les années 1980, l’expression « extrême gauche » évoquait spontanément la LCR ou Lutte ouvrière, tandis que Jean-Luc Mélenchon appartenait au Parti socialiste. En 2026, le mouvement qu’il a fondé échoue devant le Conseil d’État à contester son rattachement administratif au bloc « extrême gauche », tandis que le parti héritier du Front national constitue un groupe de 122 députés et prépare ouvertement la conquête du pouvoir en 2027.

On peut considérer que les deux classements administratifs sont parfaitement justifiés. On peut au contraire estimer qu’ils simplifient abusivement des familles politiques complexes. Mais on ne peut guère prétendre que le paysage politique n’a pas profondément bougé. C’est précisément ce déplacement que notre vocabulaire peine, selon moi, à accompagner.

## Les outre-mer révèlent une autre contradiction

La question de la Nouvelle-Calédonie illustre bien certaines tensions entre universalisme républicain et logique décoloniale. Trois consultations d’autodétermination ont été organisées dans le cadre de l’accord de Nouméa. Le « non » à l’indépendance obtient 56,67 % en 2018 puis 53,26 % en 2020\. En décembre 2021, alors que les formations indépendantistes appellent au boycott, le « non » atteint 96,49 %, avec seulement 43,9 % de participation.¹⁶

La légitimité politique de cette dernière consultation demeure évidemment contestée par les indépendantistes, et le contexte sanitaire ainsi que le deuil coutumier kanak ne peuvent être balayés d’un revers de main. Juridiquement, toutefois, le Conseil d’État a jugé en juin 2022 que le niveau d’abstention n’avait pas, dans les circonstances de l’espèce, altéré la sincérité du scrutin, aucune règle ne conditionnant sa validité à un taux minimal de participation.¹⁷

Or Jean-Luc Mélenchon déclarait à Saint-Denis, le 7 juin 2026, que « la Nouvelle-Calédonie-Kanaky ira vers l’indépendance ». Dans le même discours, il expliquait qu’il ne devait exister « aucun tabou au sujet de l’autonomie » concernant notamment La Réunion et les Antilles, tout en précisant — nuance essentielle — que cette évolution ne pourrait intervenir que si les populations concernées la souhaitaient et selon le rythme qu’elles auraient choisi.¹⁸

Je respecte profondément l’histoire du peuple kanak et je ne nie ni la colonisation ni ses violences. Mais la Nouvelle-Calédonie contemporaine ne se compose pas uniquement de Kanaks. Des familles européennes y sont installées depuis plusieurs générations, parfois descendantes de bagnards ou de communards qui ne choisirent même pas d’y venir ; des populations wallisiennes, futuniennes, tahitiennes, asiatiques et de multiples familles métissées y vivent également. Leur « chez eux » est aussi la Nouvelle-Calédonie.

Il faut simultanément rappeler que le corps électoral calédonien restreint ne repose pas juridiquement sur une quelconque définition raciale. Il est issu des accords de Matignon et de Nouméa et de critères historiques de résidence. Mais une interrogation philosophique subsiste : comment articuler la reconnaissance d’un peuple autochtone, l’histoire de la colonisation et l’égalité politique entre des citoyens dont les familles vivent parfois depuis plus d’un siècle sur le même territoire ? Voilà une vraie question politique, qui mérite mieux que des slogans.

## La Réunion et le fantôme du vieux débat sur l’autonomie

La même prudence s’impose lorsque l’on parle de La Réunion. Jean-Luc Mélenchon n’a pas proposé son indépendance le 7 juin 2026\. Il a parlé d’une possibilité d’autonomie à condition qu’elle soit voulue par la population. Il serait donc malhonnête de lui faire dire davantage. Mais pour qui connaît l’histoire politique réunionnaise, le mot « autonomie » ne peut être considéré comme neutre.

Pendant près d’un quart de siècle, la vie politique de l’île s’est largement organisée autour de l’affrontement entre Michel Debré, défenseur de la départementalisation, et Paul Vergès, dont le Parti communiste réunionnais défendait l’autonomie. Après l’élection de François Mitterrand, le PCR abandonne officiellement ce mot d’ordre le 12 mai 1981 au profit de la décentralisation et de l’égalité sociale avec la métropole.¹⁹

Cette histoire mérite d’autant plus d’être abordée sans procès héréditaire que les généalogies réunionnaises racontent elles-mêmes la complexité de la colonisation. Une branche des ascendants réunionnais de Paul et Françoise Vergès passe par la famille Million des Marquets, famille de planteurs propriétaires d’esclaves avant l’abolition. Des sources généalogiques font notamment état d’un recensement de 1848 mentionnant 121 personnes réduites en esclavage sur une plantation familiale.²⁰

Je ne cite pas ce fait pour retourner contre Françoise Vergès le mécanisme de culpabilité qu’elle peut parfois dénoncer dans l’histoire coloniale. Je veux précisément démontrer l’inverse. Paul Vergès n’était en rien responsable de ce qu’avaient fait certains de ses ascendants ; Françoise Vergès ne l’est évidemment pas davantage. Nous ne choisissons pas nos arrière-arrière-grands-parents et l’histoire ne doit pas devenir un tribunal génétique.

J’applique exactement la même règle à Jean-Luc Mélenchon. On lit parfois qu’il serait issu d’une famille de grands propriétaires coloniaux d’Afrique du Nord. Les biographies sérieuses disponibles ne corroborent pas cette affirmation : né à Tanger en 1951, il est présenté comme fils d’un employé des PTT — télégraphiste ou receveur selon les portraits — et d’une institutrice.²¹ Même si son ascendance avait été différente, elle ne constituerait de toute façon aucun argument sérieux contre ses idées de 2026.

C’est exactement la cohérence intellectuelle que je revendique. Je ne veux pas juger Marine Le Pen sur les provocations de son père, Jean-Luc Mélenchon sur le métier de ses parents, Paul Vergès sur les propriétaires d’esclaves présents dans son arbre généalogique ou un Français contemporain sur ce qu’aurait fait son aïeul en 1848\. L’histoire doit être connue avec précision ; elle ne doit pas être transformée en culpabilité transmissible par le sang.

## La Réunion rappelle aussi ce qu’est concrètement la solidarité nationale

Le débat sur l’autonomie réunionnaise doit également regarder la réalité économique contemporaine sans romantisme. La colonisation a existé, l’État a commis des fautes et certaines politiques conduites depuis la départementalisation peuvent légitimement être critiquées. Mais décrire la relation actuelle entre La Réunion et la métropole comme un simple système de « pillage » relève d’une vision beaucoup trop sommaire.

Les chiffres de l’Insee sont éclairants. En 2023, les prestations sociales hors retraites représentaient 14,7 % du revenu disponible des ménages réunionnais, contre 4,9 % en France métropolitaine.²² En 2024, l’augmentation du revenu disponible des ménages réunionnais a de nouveau été principalement portée par la progression des prestations sociales, qui ont augmenté de 6,3 %.²³

Cela ne signifie nullement que La Réunion devrait se satisfaire d’une économie dépendante des transferts publics. Bien au contraire. L’île a besoin de produire davantage, de développer son économie privée, d’augmenter sa souveraineté alimentaire, d’améliorer son autonomie énergétique et de créer des emplois suffisamment productifs pour réduire durablement la dépendance à la redistribution. Mais il est difficile de soutenir simultanément que la France métropolitaine serait uniquement une puissance extérieure prédatrice et que la solidarité nationale qui finance une part importante du modèle social réunionnais irait de soi.

L’autonomie est un concept politique respectable. L’indépendance l’est également lorsqu’un peuple la souhaite démocratiquement. Mais ces mots doivent être accompagnés d’un bilan précis de leurs conséquences. Qui finance quoi ? Quel système social veut-on maintenir ? Quelle fiscalité le permettrait ? Quel niveau de prestations serait garanti ? Quel serait le statut de la monnaie, de la dette, de la fonction publique, de la sécurité sociale ou de la défense ? Une démocratie adulte doit pouvoir poser ces questions sans que leur simple formulation soit assimilée à du colonialisme.

## La priorité nationale doit elle aussi redevenir un débat politique

J’en arrive au même raisonnement concernant la priorité nationale. Le terme choque certains Français et rassure d’autres. Il pose de vrais problèmes juridiques et moraux selon les domaines auxquels on souhaite l’appliquer, et toutes les mesures regroupées sous cette expression ne peuvent évidemment pas être mises sur le même plan.

Mais une question demeure légitime : l’appartenance à une communauté politique crée-t-elle des obligations particulières entre ses membres ? À mes yeux, oui. La citoyenneté ne peut pas être une simple mention administrative sans conséquence, faute de quoi on peine à comprendre pourquoi tant de personnes accomplissent précisément les démarches parfois longues et difficiles permettant de devenir françaises.

Cela ne signifie pas qu’un étranger vivant légalement en France, travaillant, cotisant, payant ses impôts et participant à la vie du pays devrait être traité comme un ennemi. Il existe une infinité de situations intermédiaires et c’est justement la fonction de la loi de les distinguer. Certains droits sont déjà attachés à la citoyenneté, d’autres à la résidence, d’autres encore au travail ou à la cotisation. La question démocratique consiste à décider où placer ces frontières.

Je suis donc favorable à l’idée qu’une nation puisse reconnaître certaines obligations prioritaires envers ses citoyens, tout en affirmant des devoirs d’humanité envers ceux qui ne le sont pas. On peut considérer cette position juridiquement impraticable dans certains domaines ou moralement contestable. On peut la combattre avec vigueur et voter contre les responsables politiques qui la défendent. Mais c’est précisément cela, la politique : argumenter sur le contenu d’une proposition plutôt que transformer son adversaire en monstre avant même d’avoir commencé la discussion.

## Le véritable bouleversement est peut-être celui de notre vocabulaire

Quarante ans ont passé. Dans ma jeunesse, Jean-Marie Le Pen représentait un Front national dont une partie des origines plongeait directement dans les milieux nationalistes les plus radicaux de l’après-guerre et dont le dirigeant cultivait des provocations parfois insupportables. La LCR revendiquait la révolution. Le Parti communiste français participait au gouvernement. Le Parti socialiste était le grand parti réformiste de la gauche de gouvernement. Le RPR et l’UDF occupaient l’essentiel de la droite parlementaire.

Ce monde a disparu. Le parti issu du Front national compte aujourd’hui 122 députés membres ou apparentés à son groupe, participe quotidiennement au fonctionnement de l’Assemblée, travaille à un programme gouvernemental et veut gagner l’élection présidentielle par le suffrage universel. Cela ne prouve pas qu’il serait devenu modéré, encore moins que tous les dangers signalés par ses adversaires seraient imaginaires. Cela signifie simplement qu’il est devenu un acteur central de la démocratie parlementaire française.

À l’inverse, La France insoumise, dirigée intellectuellement par un ancien sénateur et ancien ministre socialiste, est désormais administrativement classée dans le bloc « extrême gauche » pour les municipales de 2026\. Elle mobilise volontiers le vocabulaire de la rupture, de l’oligarchie, de la révolution citoyenne et d’un peuple qu’il faudrait reconstruire contre des structures existantes. Là encore, cela ne suffit pas à en faire un mouvement antidémocratique ou violent.

C’est pourquoi je refuse le raccourci consistant à annoncer que « le fascisme aurait changé de camp ». Si je considère le mot « fasciste » comme abusif lorsqu’il sert à éviter toute discussion avec un électeur du RN, je ne vais pas retourner cette paresse intellectuelle contre les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. LFI n’est pas un parti fasciste. Le RN de 2026 n’est pas non plus, selon moi, assimilable au fascisme historique.

Le problème est ailleurs. Notre débat public fonctionne de plus en plus avec des mots conçus comme des armes identitaires. « Fasciste », « islamo-gauchiste », « raciste », « traître », « vendu », « colonialiste » ou « extrémiste » ne servent parfois plus à décrire mais à exclure celui auquel on les applique du champ de la discussion légitime. Une démocratie ne peut pourtant fonctionner durablement si chacun considère que son adversaire n’est pas seulement dans l’erreur mais qu’il est moralement indigne de participer au débat.

Je préfère juger Marine Le Pen sur les propositions de Marine Le Pen en 2026 plutôt que sur une phrase de Jean-Marie Le Pen prononcée en 1987\. Je préfère juger Jean-Luc Mélenchon sur ce qu’il dit en 2026 plutôt que sur les réunions trotskistes auxquelles il assistait à vingt ans. Je préfère juger Paul et Françoise Vergès sur leurs propres actes plutôt que sur les esclaves que possédaient certains de leurs ancêtres. La responsabilité politique est personnelle ; elle ne se transmet ni par le sang ni par le patronyme.

C’est pourquoi je ne considère plus personnellement le Rassemblement national comme une « extrême droite » au sens que je donnais à ce terme lorsque j’avais vingt ans. Je le considère comme une droite nationale, souverainiste, populiste et radicale sur plusieurs sujets, inscrite néanmoins dans la compétition électorale et les institutions républicaines. Le Conseil d’État et une large partie de la presse continuent légitimement, selon leurs propres nomenclatures, à employer l’expression « extrême droite ». Mon désaccord porte sur la pertinence politique contemporaine de cette catégorie, non sur l’existence de ce classement.

De la même façon, le fait qu’un mouvement se réclame de l’antiracisme, de l’écologie, de l’égalité ou de la solidarité ne lui confère aucun brevet moral permanent. La gauche doit être examinée avec la même exigence que la droite : son rapport au pluralisme, sa manière de parler de ses adversaires, ses alliances, ses ambiguïtés, sa conception de la République et sa capacité à reconnaître la légitimité de ceux qui ne pensent pas comme elle.

C’est peut-être cela qui a réellement changé depuis les années 1980\. Les partis se sont transformés beaucoup plus vite que les mots utilisés pour les décrire. Nous continuons à regarder un paysage politique nouveau avec une vieille carte, puis nous nous étonnons de ne plus comprendre où nous sommes.

Il faudrait peut-être procéder autrement : regarder d’abord les programmes, les votes, les alliances, les comportements, le rapport aux institutions, à l’État de droit et à l’alternance démocratique ; étudier ensuite l’histoire et les continuités idéologiques ; choisir enfin les mots qui décrivent le mieux ce que nous avons réellement devant les yeux. Un concept politique n’a d’intérêt que s’il permet de comprendre le réel.

Lorsque les mots cessent de décrire et commencent seulement à condamner, ils ne sont plus des instruments de pensée mais des armes. Et lorsque « fasciste » ne désigne plus le fascisme mais simplement celui avec lequel on refuse de discuter, nous ne dégradons pas seulement notre vocabulaire. Nous dégradons la démocratie elle-même.

## Notes et sources

¹ Sur la fondation du Front national en 1972 et le rôle d’Ordre nouveau, voir notamment les travaux de Nicolas Lebourg et l’historique publié par *Le Monde* à l’occasion du cinquantenaire du FN. Les textes d’Ordre nouveau précédant la création du parti revendiquaient une conception explicitement antidémocratique.

² Aux élections législatives de mars 1986, organisées à la proportionnelle départementale, le Front national recueille environ 9,7 % des voix et obtient trente-cinq élus, permettant la constitution d’un groupe parlementaire.

³ Roland Dumas, interrogé en 2011 sur la stratégie mitterrandienne, expliqua que la proportionnelle avait notamment permis de donner du poids au FN et de diviser la droite.

⁴ L’épisode du divorce de Jean-Marie et Pierrette Le Pen, l’interview de 1987 et les photographies publiées dans *Playboy*ont été longuement relatés par la presse. Marine Le Pen dira plus tard avoir gardé l’épisode « en travers de la gorge ».

⁵ Jean-Marie Le Pen est exclu du Front national par le bureau exécutif le 20 août 2015, après plusieurs mois de conflit avec la direction du parti.

⁶ Le 1er juin 2018, Marine Le Pen annonce officiellement que le Front national devient le Rassemblement national. Le nouveau nom est approuvé par 80,81 % des adhérents ayant participé à la consultation.

⁷ Assemblée nationale, effectifs des groupes politiques de la XVIIe législature : 119 membres et trois apparentés au groupe Rassemblement national, soit 122 députés au total au moment de la consultation en septembre 2026.

⁸ Cas Mudde distingue au sein de la *far right* l’extrême droite, opposée au principe démocratique lui-même, de la droite radicale, qui accepte la démocratie électorale mais conteste certaines dimensions de la démocratie libérale.

⁹ Gilles Ivaldi emploie l’expression « droite radicale populiste » pour désigner une famille de mouvements articulant notamment populisme, nationalisme et autoritarisme, catégorie dans laquelle il situe le RN.

¹⁰ Marine Le Pen a remis la « priorité nationale » au cœur de ses propositions sur le logement lors de sa rentrée politique à Hénin-Beaumont le 13 septembre 2026\. Ces propositions ont provoqué dès le lendemain de nombreuses réactions politiques et associatives.

¹¹ Conseil d’État, décision n° 488378 du 11 mars 2024 : le classement de la nuance RN dans le bloc de clivage « extrême droite » n’a pas été considéré comme entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.

¹² Jean-Luc Mélenchon a milité dans sa jeunesse à l’Organisation communiste internationaliste, courant trotskiste lambertiste. Plusieurs portraits biographiques ainsi que ses propres déclarations situent cet engagement au début des années 1970.

¹³ Ifop pour *La Croix*, présidentielle 2022 : 69 % des électeurs interrogés se déclarant musulmans et ayant voté au premier tour indiquaient avoir choisi Jean-Luc Mélenchon.

¹⁴ CNCDH, *Rapport 2024 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie*. La Commission constate que les actes racistes enregistrés demeurent en 2024 à un niveau historiquement élevé après l’explosion observée en 2023, notamment concernant les actes antisémites.

¹⁵ Conseil d’État, décision n° 512694 du 27 février 2026\. Pour les élections municipales de mars 2026, le rattachement de LFI au bloc « extrême gauche » n’a pas été jugé manifestement erroné compte tenu notamment de son positionnement relatif et des alliances électorales de ce scrutin.

¹⁶ Consultations sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie : 56,67 % de « non » en 2018, 53,26 % en 2020 et 96,49 % en 2021 ; la troisième consultation, boycottée par les indépendantistes, connaît une participation d’environ 43,9 %.

¹⁷ Conseil d’État, décision n° 459711 du 3 juin 2022 : l’absence de seuil minimal de participation et le boycott du scrutin ne permettaient pas, en eux-mêmes, de considérer que sa sincérité avait été altérée.

¹⁸ Jean-Luc Mélenchon, discours de Saint-Denis du 7 juin 2026 : « la Nouvelle-Calédonie-Kanaky ira vers l’indépendance » ; concernant notamment La Réunion et les Antilles, il affirme qu’il ne doit exister « aucun tabou au sujet de l’autonomie », tout en la conditionnant expressément à la volonté des populations concernées.

¹⁹ Notice biographique de Paul Vergès, Sénat : le PCR abandonne le 12 mai 1981 le mot d’ordre d’autonomie qu’il défendait depuis deux décennies pour celui de décentralisation et d’égalité sociale avec la métropole.

²⁰ Sur la branche Million des Marquets de la famille Vergès, plusieurs travaux généalogiques s’appuient sur des documents d’archives réunionnais de 1848 faisant état d’une famille de planteurs et de 121 personnes réduites en esclavage. Cette ascendance historique ne saurait évidemment créer une responsabilité personnelle chez leurs descendants.

²¹ Plusieurs portraits biographiques de Jean-Luc Mélenchon le présentent comme le fils d’un employé des PTT, télégraphiste ou receveur, et d’une institutrice. Né à Tanger en 1951, il quitte le Maroc avec sa famille en 1962.

²² Insee, Filosofi 2023 : les prestations sociales représentent 14,7 % du revenu disponible des ménages à La Réunion contre 4,9 % en France métropolitaine.

²³ Insee, *Bilan économique 2024 – La Réunion* : le revenu disponible des ménages augmente de 4,6 % en valeur en 2024, hausse principalement portée par les prestations sociales, qui progressent de 6,3 %.