Par Didier Buffet
Témoignage de Mme Laure Adler dans "C SOIR" sur la Mort de Quentin.
Je suis tellement content d’entendre les paroles de Laure Adler. C’est exactement l’analyse que je fais depuis des mois sur la situation politique.
Déjà en 2003, lorsqu’il y a eu la canicule avec 15 000 morts, pour beaucoup des personnes âgées, j’étais allé chez Jean-Pierre Coffe pour expliquer que ces morts étaient tout simplement celles de l’indifférence. Nous vivons une disparition du lien social. La plupart des morts en 2003 étaient des voisins. Personne n’avait eu l’idée d’aller sonner à la porte pour demander : « Comment ça va ? »
Je fais souvent la comparaison avec le cancer, où chaque cellule est différenciée. C’est exactement le discours que j’ai tenu hier lorsque j’ai voyagé avec l’évêque de Belfort, Denis Jachiet. Je lui disais que de l’indifférence naissait l’indifférenciation. Quand une cellule est indifférenciée, elle n’est plus repérée par le système immunitaire, qui est le service d’ordre de notre organisme. Et c’est là que commence le désordre cellulaire, qui conduit au cancer et à la mort de l’ensemble du système.
Ce que je reproche à l’extrême gauche, c’est son aversion pour l’ordre et son goût particulier pour le désordre : diviser pour mieux régner. Je rappelle l’étymologie du mot diable, qui vient du grec diabalein : dia = qui sépare, balein =unité. D’ailleurs, son contraire en français est le mot symbole (syn = cum = con), qui signifie accoler, rassembler vers l’unité.
C’est pourquoi j’ai lancé l’idée de mon Club République Citoyens, qui permet justement de recréer du lien social (www.clubrepubliquecitoyens.fr) et surtout de sortir les gens de derrière leurs écrans, où ils sont hypnotisés par des forces occultes qui poussent à exacerber l’individualisme et à confondre tout ce qui fait consensus autour d’une certaine vérité et autour des faits scientifiques.
Quand je vois aujourd’hui l’indigence du discours politique, je ne suis pas du tout rassuré. Je suis un certain nombre de candidats aux municipales et je m’aperçois qu’ils ne connaissent même pas les règles de base de la communication. Ils n’ont parfois aucune culture historique et politique. Ils représentent des corpuscules insignifiants. Ils n’ont aucun projet véritablement innovant pour améliorer le fonctionnement de la société. Tout fonctionne sur des slogans et sur l’exacerbation des passions.
Je suis particulièrement la campagne des municipales sur l’île de La Réunion et je suis effaré du niveau des candidats. Soit nous avons toujours la même petite oligarchie que nous connaissons bien sur l’île, soit nous avons des caricatures de femmes et d’hommes politiques qui ne respectent même pas la décence des règles du débat. Les gens s’insultent. C’est tout juste s’ils n’en viennent pas aux mains.
Oui, nous devons reconstruire du lien social. C’est la seule façon de lutter contre les extrêmes. Nous devons nous occuper des gens qui ont le plus de difficultés. Je parle des personnes fragiles, je parle de la pauvreté, je parle de la santé et de l’éducation. Tout cela est en crise.
Quand j’entends le débat sur l’euthanasie, quand je vois que le Grand Maître du Grand Orient de France intervient dans des groupuscules éthiques pour défendre l’accès à l’euthanasie pour les mineurs, je me dis que le monde va très mal.
Nous vivons surtout un désagrégement de l’amour. Il n’y a plus d’empathie, il n’y a plus de sympathie, il n’y a plus d’altruisme. Tout cela devient marginal. Où pensez-vous que l’on puisse aller sans amour, sinon vers la guerre ? Une guerre aujourd’hui cyniquement envisagée par les ultra-riches afin de se débarrasser de toute cette engeance de pauvres dont ils ne savent pas quoi faire et qu’ils ont engendrée en laissant se creuser les inégalités sociales.
Quand je vois le débat sur la taxe Zucman et l’impossibilité que nous avons de faire accepter que des gens qui gagnent plus de 100 millions d’euros paient 2 % de taxe, je me dis que l’on marche sur la tête. Il ne faut pas s’étonner que les gens deviennent fous. Il ne faut pas s’étonner s’il y a des violences. C’est exactement le même mécanisme que celui qui a conduit à la Révolution française.
S’il n’y a plus de régulation des inégalités, alors il y a un danger. Les pauvres sont beaucoup plus nombreux que les riches, et s’ils se mettent vraiment en colère, cela peut devenir extrêmement dangereux pour cette petite oligarchie d’égoïstes qui exploite la misère pour accumuler des richesses qu’ils ne pourront jamais dépenser.

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