Par Didier Buffet

Carl Sagan en Californie, le disait avec une simplicité désarmante : “Quand je suis née, on était qu’un milliard. Aujourd’hui on est huit.”

Un siècle. C’est le temps qu’il nous a fallu pour multiplier notre présence sur Terre par huit. Les dinosaures, eux, ont régné 200 millions d’années. Nous ? À peine 10 millions en tant qu’espèce, et déjà nous courons vers notre propre épuisement — plus vite que n’importe quelle extinction naturelle ne l’aurait fait.

Le paradoxe est vertigineux. Jamais l’humanité n’a été aussi nombreuse, aussi connectée, aussi technologiquement puissante. Nous tenons dans notre poche un appareil fruit de décennies de recherche spatiale. Nous dormons sur des mousses à mémoire de forme nées des programmes Apollo. Nous voyons mieux grâce à des chirurgies laser issues de l’amarrage de vaisseaux spatiaux. La science spatiale irrigue notre quotidien de mille façons invisibles.

Et pourtant. Cette puissance collective s’accompagne d’inégalités abyssales, de guerres qui n’en finissent pas, d’une planète qui chauffe pendant que certains débattent encore de savoir si c’est vrai. Nous sommes huit milliards avec la même quête de progrès, le même désir légitime de confort et de dignité — mais dans un système qui n’a été conçu ni pour ce nombre, ni pour cette équité. Le résultat ? Une hyperbole incontrôlée. Une courbe exponentielle que personne ne maîtrise vraiment.

Alors on parle de partir. Mars. Les étoiles. Elon Musk et ses fusées rutilantes. Comme si la solution était ailleurs, dans un ailleurs que nous n’avons pas encore eu le temps d’abîmer. Mais exporter notre modèle dans l’espace sans le repenser ici, c’est simplement exporter le problème avec nos bagages. Mars ne sauvera pas une humanité qui n’a pas encore appris à vivre ensemble sur Terre. Et les fusées, aussi impressionnantes soient-elles, polluent massivement une atmosphère que nous n’avons pas fini d’épuiser.

Notre technologie nous montre qu’on est en train de passer à un âge différent. On a grandi en tant qu’humanité et c’est en train de craquer à toutes les coutures.

La seule vraie révolution n’est pas technologique. Elle est intérieure et collective. Ce que les scientifiques voient depuis l’espace — cette petite bille bleue sans frontières, sans murs, sans drapeaux visibles — nous le savons depuis toujours sans vouloir l’entendre : nous sommes une seule espèce, sur un seul vaisseau. Nous partageons tous le même ancêtre commun, le même bagage génétique, les mêmes atomes forgés dans les étoiles mortes.

Revenir à l’essentiel. Accepter que la fraternité ne soit pas une utopie romantique mais une nécessité de survie. Ce n’est pas un rêve naïf — c’est peut-être la seule équation qui tienne encore debout face à l’abîme que nous creusons.
Les dinosaures n’avaient pas le choix. Nous, si.

La mission Artémis c'est bien! C'est beau! Mais c'est désespérant! Ça nous montre notre impuissance à changer le destin de l'humanité. Nous savons très bien ça ne sert à rien de viser la Lune ou Mars. Pourtant nous le faisons quand même. Trump félicite les astronautes mais bombarde l'Iran. Le Monde, pardon! Les hommes sont fous.