Lettre ouverte à Mme la Ministre des Outre-mer
Didier Buffet
Citoyen républicain pour une société apaisée
À l'attention de Madame Naïma MOUTCHOU
Ministre des Outre-mer
Objet : Appel à la vigilance face à l’instrumentalisation de la mémoire des « Enfants de la Creuse » et aux dérives identitaires
Dijon, le 18 juin 2026
Madame la Ministre,
En tant que citoyen attaché aux valeurs de la gauche républicaine, universaliste et laïque, je me permets de vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur les débats mémoriels actuels entourant la question des « Enfants de la Creuse ».
Si le sort de certains de ces enfants déplacés est incontestablement touchant et douloureux sur le plan individuel, l'analyse de cette page d'histoire souffre aujourd'hui d'un manichéisme agressif. Ce discours, loin de servir la vérité historique, nourrit un communautarisme délétère activement développé par des mouvements comme La France Insoumise, des figures comme Bally Bagayoko ou les indépendantistes du FLNKS.
La République française est une et indivisible. Elle ne reconnaît aucune communauté en son sein, si ce n’est la communauté nationale, soudée par la laïcité. Or, les Français de base expriment un agacement légitime et croissant à l’idée d’être perpétuellement renvoyés à une image de « racistes » ou de « colonialistes » systémiques, sommés de culpabiliser pour des politiques publiques du passé. Cela nourrit le vote Rassemblement National.
Pour éviter d'être manipulée par des grilles de lecture idéologiques, il est essentiel de s’en remettre aux faits et aux travaux des historiens rigoureux qui ont analysé ce dossier, à l'instar de Wilfried Bertille, Prosper Ève, Philippe Vitale et Gilles Gauvin. Leurs recherches, ainsi que le récent ouvrage collectif sur les idées reçues autour des enfants de la Creuse, restituent une réalité bien plus complexe que le narratif victimaire ambiant.
Il faut d'abord rappeler que La Réunion des années 1960 faisait face à une crise sanitaire et sociale catastrophique, où la dénutrition et la saturation des structures d'accueil locales compromettaient la survie même de ces enfants. De plus, si l'État français a pu commettre des erreurs d'évaluation et de suivi, ces déplacements ont été décidés sans la moindre intention de nuire. Pour un grand nombre de ces deux mille quinze enfants, ce transfert en métropole a représenté une chance d'échapper à une misère terrible et de se construire un avenir, une réalité positive dont on ne parle jamais. Enfin, si une enquête approfondie sur la situation de chacun est nécessaire, promettre des compensations financières en amont risque de biaiser massivement les témoignages, en effaçant le souvenir de l'état de détresse initial dans lequel se trouvaient ces mineurs avant leur prise en charge.
Il convient également d'interroger la neutralité des acteurs associatifs locaux.
La présidente de l'association des enfants de la Creuse afficherait une proximité évidente avec le pouvoir régional actuel, ce qui teinte alors son action d'une dimension politique indéniable. De même, les mouvements importés autour du prétendu « privilège zorey », portés notamment par Françoise Vergès, constituent une insulte et une falsification de l'histoire de notre île.
Je tiens à vous rappeler que notre chère île a été baptisée « île de la Réunion » le 19 mars 1793 par la Convention et ratifiée par Gaspard Monge, alors ministre de la Marine. Elle a même failli s'appeler « Concorde », un choix hautement symbolique qui affirmait à tous les Réunionnais leur intégration pleine et entière à la communauté française.
Ce sont d'ailleurs les planteurs et les « Gros Blancs » créoles qui ont refusé la première abolition de l'esclavage en 1794, en désobéissant ouvertement aux ordres de Paris. Plus tard, l'abolition définitive du 20 décembre 1848 n'a été possible qu'au prix d'un véritable chantage financier imposé à Sarda Garriga, exigeant d'indemniser les propriétaires d’esclaves créoles à hauteur de milliards d'euros actuels payés par les contribuables français, tandis que les affranchis n’ont rien reçu.
S'en est suivi un siècle d'immense pauvreté qui n'a commencé à se résoudre qu'avec la départementalisation de 1946, voulue par six députés des Outre-mer dont les communistes républicains Raymond Vergès et Léon de Lépervenche.
Par la suite, Michel Debré a mené une action considérable en faveur de la santé publique, de l'éducation des plus pauvres et des aides sociales. Ces chantiers indispensables, l'oligarchie locale ne les avait jamais entrepris malgré les fortunes honteusement acquises lors des indemnisations.
Au regard de cette histoire, les contribuables français actuels n'ont pas à payer pour les traumatismes collatéraux de l'affaire des enfants de la Creuse, car la responsabilité historique est partagée.
C'est aux collectivites territoriales de la Réunion, en concertation avec les familles locales les plus fortunées héritières de ce système économique, de trouver des solutions d'accompagnement.
Madame la Ministre, la mémoire de notre pays mérite mieux que les tribunaux de la bien-pensance et les simplifications abusives, et je vous invite instamment à la plus grande prudence face à ces tentatives de fracturation de notre modèle républicain.
Encore un fois jamais je ne minimiserai la souffrance d'un enfant et je suis tout a fait solidaire avec celles et ceux qui ont été traumatisés par ce déplacement mais croyez-moi, des enfants traumatisés il y en a partout en France aujourd'hui. Et ça c'est urgent car c'est ici et maintenant.
Je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de ma haute considération.
Didier Buffet
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