audio-thumbnail
Portrait de DiBu par Sully Fontaine
0:00
/359.6277551020408

Portrait de moi écrit par M. Sully Fontaine, responsable du service patrimoine de Saint Louis (La Réunion) Poète, musicien, chasseur d'étoiles, psychanalyste du Volcan, grand spécialiste de la culture créole et plus particulièrement du Séga Maloya.

Qui est DiBu ?

Si vous atterrissez ici pour la première fois, vous allez vite le remarquer : ce blog ne se laisse pas ranger dans une case. Un jour c'est l'histoire de l'esclavage à Bourbon, le lendemain la pharmacologie du myélome multiple, puis Nietzsche, puis un hommage à un grand-père, puis une tribune sur le prix des médicaments en outre-mer. On pourrait croire à de la dispersion. C'est en réalité une méthode — et un homme.

Didier Buffet — pour les intimes et pour la signature du blog, DiBu — est délégué médical, ancien officier de réserve dans la Marine, franc-maçon, et penseur qui n'a jamais accepté de choisir entre l'action et la réflexion. Il vit à Dijon, en Bourgogne, mais une partie de son cœur et de son attention est ailleurs, à des milliers de kilomètres : à La Réunion, île qu'il a découverte tard, passé la cinquantaine, et qui est devenue depuis un objet d'étude presque obsessionnel — son histoire, son peuplement, son marronnage, ses figures politiques, sa langue, sa musique.

Son parcours professionnel n'est pas un détail biographique qu'on mentionne pour la forme : il infuse tout. Avant de porter la parole du Gliadel® auprès des neurochirurgiens, il a représenté la thalidomide et l'azacitidine dans l'univers de l'hématologie — deux molécules chargées d'histoire, l'une maudite puis rachetée, l'autre porteuse d'espoir. On retrouve cette expérience clinique dans chacun de ses textes sur la médecine, le prix du médicament, l'accès aux soins en outre-mer ou la fin de vie : jamais une posture de spectateur, toujours celle de quelqu'un qui a vu le système de l'intérieur.

Il y a aussi, en amont de tout cela, la gérontologie — un Diplôme Interdisciplinaire de Gérontologie obtenu à l'Université de Bourgogne sous la direction du Pr Pierre Pfitzenmeyer, et une conviction ancienne, née dès la fin des années 1990, que la dénutrition des personnes âgées était un scandale silencieux. C'est de là qu'est né Nutrisenior, l'association qu'il a fondée et présidée, ainsi que Gérontocalc, un outil qu'il a conçu pour accompagner cliniciens et aidants. Il a même forgé un mot pour désigner ce qu'il appelait de ses vœux : le "fragilologue", spécialiste et chef d'orchestre de l'accompagnement des personnes fragiles. Ce n'est pas un savoir seulement livresque : il en a connu la version la plus concrète en devenant lui-même aidant naturel. C'est tout cet héritage — la fragilité comme objet de pensée autant que comme réalité vécue — qu'on retrouve derrière ses textes sur l'humanitude, la maltraitance en Ehpad, ou le refus d'une "France maltraitante" envers ses aînés.

Mais l'homme qui écrit ici est aussi, et peut-être surtout, un philosophe autodidacte formé sous l'aile de Cornelius Castoriadis à Nanterre — une empreinte qu'on sent dans le refus systématique des explications simples, qu'il s'agisse de la Révolution française, du racisme, de la mort ou de l'intelligence artificielle. C'est de cette formation qu'est né son concept le plus personnel : la confluence. L'image est fluviale — des ruisseaux qui se rejoignent en rivières, les rivières en fleuve, le fleuve en océan de savoir commun. Ni synthèse molle, ni éclectisme de façade : une façon d'unir sans uniformiser, de faire coexister des pensées, des disciplines, des gens que tout sépare, sans jamais gommer leurs aspérités. C'est la clé pour comprendre pourquoi un article sur Zorro finit par parler d'impérialisme américain, ou pourquoi le Cid de Burgos ramène à une histoire de famille.

Car la mémoire familiale est l'autre grand fil de ce blog. Un grand-père pour qui la République tenait lieu de religion. Un aïeul maçon-tailleur de pierre de Samoëns, dépositaire d'une langue de métier presque disparue. Une mère devenue française "par accident de l'Histoire". Didier se définit lui-même comme un transfuge de classe atypique — et c'est sans doute cette position, entre deux mondes, qui explique sa méfiance instinctive envers les récits trop propres, qu'ils viennent de la gauche, de la droite, des mémoires coloniales ou des mythologies républicaines.

Vous croiserez ici de la géopolitique, de la sociologie, de la théologie et de la Kabbale, des portraits d'artistes et d'historiens, des tribunes politiques sans complaisance pour aucun camp, des dialogues, des hommages, et des textes plus intimes qui s'aventurent jusqu'à sa propre généalogie. Le point commun n'est jamais le sujet — c'est le regard : engagé sans être sectaire, savant sans être hermétique, et animé par une conviction simple : rien n'est jamais un sujet isolé, tout finit par confluer.

Bonne lecture.