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Le jour ou la reunion quitta la France
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Récit prospectif. Tous les personnages sont fictifs ; les chiffres et les mécanismes économiques sont, eux, documentés.
20 décembre 2027 — Le discours du Barachois


Le 20 décembre 2027, jour de la Fèt Kaf — fête de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, date la plus chargée symboliquement du calendrier réunionnais —, Jean-Paul Ratenard prononce sur le front de mer du Barachois le discours qui restera dans l’histoire sous le nom de Diskour la libèrté. Le choix de cette date n’est pas neutre. C’est le jour où chaque famille réunionnaise se souvient, le jour des kabars, du Maloya, des servis kabaré. Ratenard, qui a fait de la mémoire esclavagiste l’épine dorsale de sa rhétorique politique pendant quinze ans, transforme la commémoration en acte de rupture. Devant 80 000 personnes selon les organisateurs, 35 000 selon la préfecture qui rédige son dernier bulletin, il proclame la naissance prochaine du Royaume Marron de La Réunion.


Ratenard n’est pas un inconnu. Élu depuis quinze ans, ancien député apparenté à la gauche radicale, président depuis trois ans du mouvement Pou Nout’ Péi, il a fait campagne aux territoriales de 2026 sur un programme dit de souveraineté pleine et entière. Il a obtenu 38 % des voix au premier tour, puis 53 % au second contre une alliance des partis dits “loyalistes”. Sa victoire, courte mais nette, est devenue politique nationale lorsque le gouvernement français — fragilisé par une crise budgétaire majeure et soucieux de se débarrasser de ce qu’une partie de l’opinion métropolitaine présente à tort comme un « fardeau ultramarin » de plusieurs milliards d’euros annuels — a accepté, contre toute attente, d’ouvrir une négociation de séparation.

Le traité de séparation est signé à Paris début 2028. L’indépendance pleine et entière est proclamée au 1er janvier 2028, dans les jours qui suivent le discours du Barachois.

Janvier 2028 — Les trois mois d’ivresse
Pendant trois mois, l’illusion tient. Les comptes bancaires fonctionnent encore en euros. Les fonctionnaires sont payés normalement par le budget français résiduel jusqu’au 31 décembre 2028. Les retraités continuent de recevoir leurs pensions de la CNAV. Les supermarchés sont approvisionnés par les conteneurs déjà commandés.
Mais l’Insee tient encore, pour quelques mois, une antenne consulaire qui enregistre les départs : trois mille en janvier, cinq mille en février, huit mille en mars. Le CHU Nord perd dix-sept praticiens hospitaliers titulaires en quatre-vingt-dix jours. L’Université de La Réunion voit partir douze maîtres de conférences. Les lycées Leconte-de-Lisle, Bellepierre, Ambroise-Vollard perdent une vingtaine d’agrégés métropolitains.


Avril 2028 — Le mois où les transferts s’arrêtent
Le 1er avril 2028, plusieurs flux financiers en provenance de France cessent simultanément. Les dotations aux collectivités locales s’arrêtent. Les 148 millions d’euros annuels de soutien public à la filière canne-sucre-rhum ne sont plus versés. Le POSEI, ses 50 millions d’euros annuels pour la seule canne, disparaît avec la sortie automatique de La Réunion du statut de région ultrapériphérique. Les crédits du FEDER, du FEADER, du FSE sont interrompus. Les défiscalisations Girardin cessent.
Mais c’est l’octroi de mer, la principale ressource fiscale autonome de l’île, qui produit l’onde de choc communale la plus brutale. Cette taxe, héritée de l’édit de 1670 et maintenue jusqu’alors par dérogation européenne, rapportait à La Réunion environ 1,2 milliard d’euros par an. Reversée majoritairement aux communes, à la Région et aux fonds régionaux pour le développement et l’emploi, elle représentait entre 30 et 50 % des recettes fiscales des municipalités réunionnaises. Avec la sortie automatique de l’Union européenne, son cadre juridique s’évanouit. Le Conseil régional du Royaume tente bien de la maintenir par décret sous l’appellation « Droit de Souveraineté Économique » : la mesure est juridiquement caduque, et de toute façon les importations s’effondrent. La base fiscale fond. Le rendement de l’octroi de mer tombe à 380 millions sur l’exercice 2028, soit une chute de 68 %. Les premières communes à déclarer cessation de paiements sont Saint-Philippe et Sainte-Rose dès la fin avril. Cilaos, Salazie, Trois-Bassins suivent en juin. À Sainte-Suzanne, le maire annonce la fermeture des cantines scolaires, des crèches municipales, de la médiathèque. Les agents non titulaires — 60 % des effectifs communaux — sont licenciés sans indemnités. Le ramassage des ordures passe d’un rythme bi-hebdomadaire à un rythme mensuel. Les rats prolifèrent. La leptospirose réapparaît dès août, faisant six morts avant la fin de l’année.
Vinci Réunion, Bouygues, Colas se retirent. Le port de la Pointe-des-Galets voit le trafic de matériaux de construction chuter de 60 % en deux mois. Tereos annonce, le 17 mai, qu’il quittera l’île à l’issue de la campagne sucrière. Les 10 500 emplois directs et indirects de la filière sont condamnés.


Mai-juin 2028 — La monnaie qui ne convainc personne
Le marron, monnaie nouvelle, est introduit le 1er mai 2028. Le marché parallèle de Maurice lui attribue une décote de 35 % face à l’euro en une semaine, 47 % à la mi-juin.
Les 7,1 milliards d’euros de biens importés annuellement par La Réunion sont désormais payés en marrons dévalués. Le riz importé passe de 1,20 à 2,40 euros le kilo en équivalent. Le carburant gagne 80 % en deux mois, le SP95 atteint 3,20 euros le litre — une catastrophe dans une île où la voiture est la norme. Les pièces détachées automobiles triplent. L’inflation, qui était de 2,8 % en 2024, atteint 26 % en glissement annuel.

Juillet 2028 — La fin de l’État providence
Le 1er juillet 2028, la CAF cesse les versements. Le Revenu de Solidarité Outre-mer à 1 002,40 euros mensuels, le RSA à 635 euros, l’AAH, les allocations familiales, les APL, la prime d’activité — tout cesse simultanément.
Pour les 319 300 Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté en 2021, soit 36 % de la population, c’est l’effondrement immédiat. Une mère célibataire qui touchait 880 euros entre RSA et allocations passe à zéro. Une famille de quatre enfants qui cumulait allocations familiales, complément familial et APL voit son budget mensuel chuter de 1 600 euros à rien. Les 43,2 % de la population qui bénéficiaient de la Complémentaire santé solidaire perdent leur couverture. Plus de tiers payant, plus de remboursements à 100 %, plus rien.
France Travail ne verse plus l’ARE depuis janvier. Les 62 100 chômeurs au sens du BIT sont privés de revenu de remplacement. Les retraites tiennent encore par accord transitoire jusqu’au 31 décembre 2028 — mais sur des comptes basculés en marrons. Une retraite de 1 400 euros vaut, à la conversion réelle, 800 euros d’achat.

Août 2028 — La crise sanitaire
C’est en août que la crise sanitaire bascule. Les médicaments ne sont plus remboursés. L’insuline Lantus passe de quelques euros mensuels remboursés à 78 euros payés comptant. Les antirétroviraux : 1 200 euros mensuels. Une chimiothérapie : plusieurs milliers. Une dialyse hebdomadaire, pour les 1 200 dialysés de l’île, n’est plus à 0 euro mais à plusieurs centaines par séance.
Au 31 août, le CHU recense officieusement 340 décès évitables sur le seul mois. La mortalité infantile, qui était à 7 pour mille — niveau européen —, double en six mois. Les prématurés meurent faute de couveuses fonctionnelles à Saint-Pierre. Les vaccinations infantiles, gratuites sous l’ancien régime, deviennent payantes.
La mortalité des plus de 75 ans suit la même courbe. Les EHPAD, dont le financement reposait sur l’APA, n’ont plus de ressources. Les soignants démissionnent. À Saint-Joseph, Sainte-Suzanne, La Possession, des résidents âgés sont rapatriés dans leurs familles. Beaucoup meurent dans les semaines qui suivent.

Septembre 2028 — Le port se ferme
Le 8 septembre, le port de la Pointe-des-Galets connaît son premier blocage majeur. Mi-septembre, Maersk suspend ses escales. CMA-CGM réduit ses rotations de moitié. Les rayons frais se vident. Puis les conserves. Puis les produits de base. Plus de farine, plus d’huile, plus de pâtes, plus de lait UHT, plus de couches pour bébés.
La criminalité devient endémique. Les cambriolages quintuplent. Les bandes des bas-quartiers contrôlent des îlots entiers où la Garde du Royaume n’entre plus. Les pharmacies, devenues cibles pour leurs stocks, embauchent des vigiles armés ou ferment.


Octobre 2028 — Les Hauts redeviennent les Hauts
À Salazie, Cilaos, La Plaine-des-Palmistes, Sainte-Rose, Saint-Philippe, des familles retournent aux jardins vivriers. Songes, manioc, brèdes, choux de Chine, patates douces. Ce n’est pas un retour heureux à la terre. C’est une survie. Les enfants des Hauts retournent aux écoles communales avec des instituteurs non payés qui font cours bénévolement.
Novembre 2028 — La fracture politique
Le 9 novembre, Henriette Belon (ancienne présidente du Conseil Régional proche de Ratenard) sort de son silence dans une tribune au Quotidien : « Nous nous sommes trompés. Nous avons cru qu’on pouvait quitter la France comme on quitte un mauvais époux. Nous avons découvert que nous quittions aussi nos enfants, nos malades, nos vieux. » Trente-deux maires publient une motion de soutien. Ratenard accuse Mme Belon de « trahison ». L’Assemblée du Royaume est suspendue le 13 par décret.
Décembre 2028 — Le procès du Barachois


Le 20 décembre 2028 — un an jour pour jour après le discours fondateur, jour de la Fèt Kaf détournée —, une marche est organisée. Quand elle arrive au Barachois en fin d’après-midi, elle compte entre soixante et soixante-quinze mille personnes — l’équivalent, en proportion, d’une manifestation de cinq millions à Paris.
Sur l’estrade qui avait vu Ratenard proclamer le Royaume, ce sont les opposants qui parlent. Une mère des Hauts dont la fille de neuf ans est morte d’asthme aigu faute de Ventoline. Un retraité du Port dont la pension vaut désormais la moitié. Un médecin du CHU qui lit la liste des trois cent quarante décès évitables d’août. Un père dont le bébé prématuré est mort à Saint-Pierre. Une aide-soignante d’EHPAD qui décrit sept morts en quinze jours.
À la nuit tombée, la foule scande : « Ratenard, pess menteur ! Ou la tué nout’ marmay, ou la tué nout’ gramoun ! » Ratenard prend la parole sous les huées. Il tente : « Vous m’avez élu pour la dignité. La dignité a un prix. » Une femme hurle : « Pa nout’ dignité, ou la don’ a nou ! Ou la pri nout’ lavi ! » Il quitte l’estrade à 19h17. La foule veille toute la nuit.


Bilan d’une année


La population est tombée d’environ 900 000 à moins de 820 000 habitants. Le PIB s’est contracté de 22 à 26 % en valeur réelle. L’inflation atteint 31 %. Le taux de pauvreté monétaire dépasse 58 % contre 36 % en 2021. La mortalité infantile a triplé. La mortalité des plus de 75 ans a augmenté d’au moins 40 %. Les enfants malnutris réapparaissent dans les consultations pédiatriques — une chose qu’on n’avait plus vue depuis cinquante ans.


Adresse au lecteur réunionnais
Cette chronique est une fiction. Elle ne se produira pas. Et c’est précisément là qu’il faut s’arrêter, parce que ce qui n’arrivera pas est aussi instructif que ce qui pourrait arriver.


Avant d’aller plus loin, un mot sur la vraie balance comptable entre la France et La Réunion, car les deux camps mentent à son sujet. La droite hexagonale prétend que l’île « coûte des milliards » ; la gauche radicale réunionnaise prétend que la France « exploite » l’île. Les deux affirmations sont fausses. La France verse à La Réunion entre 6,5 et 8 milliards d’euros par an, tous flux publics confondus. Mais elle encaisse en retour entre 2,7 et 3,5 milliards d’euros de recettes fiscales et sociales directes, capte 1 à 1,3 milliard d’euros de profits via le marché captif des entreprises métropolitaines exportant vers l’île, et bénéficie d’une valeur stratégique (ZEE de 315 000 km², base militaire de la Pointe-des-Galets, statut de puissance indo-pacifique) estimée entre 2 et 3,5 milliards d’euros annuels. Bilan net : entre zéro et trois milliards d’euros par an pour la France, soit dans le pire des cas 0,1 % de son PIB. L’équivalent du budget annuel d’un ministère secondaire. La Réunion n’est pas un fardeau. C’est un investissement réciproque, modeste pour la France et vital pour les Réunionnais.
La gauche radicale réunionnaise, depuis quarante ans, prospère sur un commerce politique très simple : entretenir une rhétorique anti-française, anti-métropolitaine, anti-Debré, anti-départementalisation, qui mobilise l’émotion identitaire et le ressentiment colonial. Cette rhétorique est efficace électoralement parce qu’elle joue sur des plaies réelles — l’esclavage, les enfants de la Creuse, les sur-rémunérations injustes, les défiscalisations qui ont enrichi quelques familles, l’impression d’être traité par Paris comme une terre lointaine dont on ne s’occupe qu’aux échéances électorales. Tout cela est parfois vrai. Tout cela a fondé un terreau légitime de critique. Et la République française doit, sur tous ces points s’améliorer.
Mais le ressort politique des Ratenard, des Gironcel, des élus qui ont fait carrière sur ce discours, n’a jamais été la rupture réelle avec la France. Ils savent — et ils le savent mieux que personne — que cette rupture serait une catastrophe pour les Réunionnais. Ils savent que la France ne partira jamais, parce que La Réunion est stratégiquement vitale dans l’océan Indien, parce que la base militaire de la Pointe-des-Galets bloque la pénétration chinoise dans le canal du Mozambique, parce que la ZEE de 315 000 km² qui entoure l’île est l’une des plus précieuses au monde, parce qu’aucun gouvernement français, de gauche ou de droite, n’acceptera jamais de laisser partir ce territoire. Et ils savent aussi que les Réunionnais, dans leur immense majorité, ne le voudraient pas non plus si la question leur était posée frontalement, sans démagogie.

Alors pourquoi tenir ce discours ? Parce qu’il rapporte. Il rapporte des voix. Il rapporte des mandats. Il rapporte des sièges au Conseil régional, au Conseil départemental, à l’Assemblée nationale, dans les mairies. Il rapporte des indemnités d’élus, des cabinets, des chauffeurs, des collaborateurs. Il rapporte la maîtrise d’attribution de logements sociaux, de subventions associatives, de marchés publics communaux, d’embauches en mairie le tout payé par la taxe d’octroi de mer que chaque Réunionnais paie rubis sur ongle. Le cas de Maurice Gironcel à Sainte-Suzanne, mis en examen et condamné pour des affaires de gestion communale, n’est pas une exception : c’est le mécanisme même d’une certaine politique réunionnaise. On crie contre Paris pour gouverner localement. On accuse l’État français de colonialisme pour distribuer cliniquement les emplois communaux à son réseau. On théorise le marronnage pour pratiquer le clientélisme.

Ce procédé porte un nom en science politique : c’est ce qu’on appelle, dans la littérature sur les démocraties post-coloniales, le double discours identitaire. Au-dehors, on dénonce le pouvoir central. Au-dedans, on en reproduit les pires défauts, mais sans le contrepoids des contre-pouvoirs républicains. C’est exactement ce que les Comoriens ont vécu après 1975, ce que les Malgaches ont vécu sous tous leurs régimes successifs, ce que les Mauriciens ont su éviter par une exceptionnelle qualité institutionnelle qu’on ne retrouve pas partout.

Et c’est pourquoi cette rhétorique est un poison. Elle empêche le débat réel — celui qui devrait porter sur la qualité de la dépense publique, sur la lutte contre la vie chère, sur la formation professionnelle des jeunes, sur la diversification agricole, sur la transition énergétique, sur la rénovation du logement social, sur la transparence des comptes communaux, la lutte contre les corruptions. Ce sont là les vraies questions réunionnaises. Aucune ne suppose la rupture avec la France. Toutes supposent au contraire une exigence démocratique élevée envers les élus locaux — exigence que la rhétorique anti-métropolitaine désactive précisément parce qu’elle déplace en permanence la responsabilité vers un coupable extérieur.

Aux Réunionnais qui votent pour ces élus, il faut donc dire calmement, sans rancœur, ceci. La France n’est pas votre ennemi. Elle est, depuis 1946, le cadre dans lequel votre île est sortie d’une pauvreté coloniale qui était abyssale et où vos voisins immédiats — Madagascar, Comores, Mozambique — restent largement enfoncés. Elle a financé vos écoles, vos hôpitaux, vos routes, vos lycées, vos universités, vos retraites, vos prestations sociales, vos services publics. Elle a fait de votre île, en quatre-vingts ans, l’un des territoires les plus développés de tout l’hémisphère sud, et de loin le plus développé de l’océan Indien occidental. Tout cela mérite d’être amélioré, critiqué, réformé. Rien de cela ne mérite d’être effacé d’un discours, encore moins d’une rupture institutionnelle.

Et à ceux qui crient le plus fort contre la métropole tout en vivant des emplois qu’elle finance, des subventions qu’elle verse, des retraites qu’elle paiera demain à leurs parents, il faut dire quelque chose de plus simple encore : on ne mord pas la main qui nourrit son peuple. On peut la critiquer. On peut exiger d’elle. On peut négocier avec elle. Mais on ne lui crache pas dessus pour ramasser quelques voix supplémentaires aux prochaines élections, parce qu’à force de cracher, on finit par convaincre ceux qui écoutent. Et ceux qui écoutent, ce sont les électeurs les plus fragiles, ceux qui n’ont rien à perdre en théorie mais qui, en pratique, perdraient tout dans une rupture réelle.
Le 20 décembre, à La Réunion, on célèbre la liberté. La pseudo liberté, celle des esclaves affranchis de 1848, une liberté sans terre, sans toit, sans soin pendant que les « esclavagistes » créoles gros blancs les plus riches touchait des milliards d’indemnités payées par la France en échange de l’acceptation de l’abolition. Ce sont les mêmes gros blancs d’ultra gauche qui tiennent aujourd’hui le discours paternaliste des anciens patrons. Il fallait sortir d’un système colonial creole gros blanc pour sortit tout un peuple de la misère.
C’est exactement ce que la départementalisation de 1946, défendue à l’époque par Aimé Césaire, Léon de Lépervanche et Raymond Vergès — deux communistes réunionnais, faut-il le rappeler —, a permis de prolonger. Trahir cet héritage au profit d’une posture marronne dévoyée par des élus qui n’ont jamais marronné nulle part, ce serait l’ironie la plus amère de l’histoire réunionnaise.

La Réunion restera française parce que les Réunionnais, dans leur sagesse populaire, savent ce qu’ils ont à perdre. Le commerce politique de la haine anti-métropolitaine continuera à prospérer dans les meetings, dans les tribunes, dans les discours du 20 décembre. Mais il ne franchira pas le seuil où la fiction devient histoire. Et c’est tant mieux. Parce qu’à La Réunion, la vraie révolution à faire n’est pas contre Paris. Elle est contre ceux qui, à Saint-Denis, à Sainte-Suzanne, au Port, à Saint-Pierre, ont confondu trop longtemps le mandat public avec un patrimoine personnel — et qui se cachent, pour ne pas avoir à en rendre compte, derrière le drapeau marron qu’ils brandissent.


Moi je dis haut et fort, Vive la France, vive la République.