Rapport de recommandations pour une stratégie présidentielle sur dix ans.
Par Didier Buffet
Objet et méthode
Si je devais exercer la présidence de la République, je donnerais au pays une priorité explicite : retrouver la capacité de financer durablement ses choix, de protéger sa population et de préparer son avenir. La grandeur nationale aurait alors une définition vérifiable : une économie productive, une population instruite, des institutions respectées, une sécurité effective, des services essentiels accessibles et une capacité d’action internationale. Le prestige serait la conséquence de ces résultats. Il ne constituerait pas un programme autonome.
Ce rapport examine les principales fragilités apparues ou aggravées depuis une vingtaine d’années. Il propose des décisions, leur ordre d’exécution et une méthode de financement. Son ambition est une couverture large des politiques publiques ; il ne remplace pas les expertises sectorielles nécessaires à leur mise en œuvre. Aucun rapport de cette longueur ne peut recenser chaque dépense, chaque réglementation et chaque situation territoriale. L’exhaustivité pertinente consiste ici à ne laisser de côté aucun grand déterminant du redressement.
L’objectivité exige de distinguer trois catégories. Les données observées proviennent de publications publiques identifiées en fin de document. Les interprétations relèvent d’une analyse qui peut être discutée. Les mesures proposées expriment des arbitrages politiques assumés. Préférer certains impôts, protéger certains budgets ou répartir différemment l’effort entre générations ne découle jamais mécaniquement d’une statistique. Les chiffrages présentés constituent des enveloppes de travail, non une certification de rendement.
Je retiendrais une présidence commençant en 2027, avec une première programmation jusqu’en 2032 et un horizon stratégique jusqu’en 2037. Le rapport utilise des publications disponibles au 25 octobre 2026 ; leurs millésimes diffèrent selon les domaines. Les comptes annuels de 2026 ne sont pas encore connus. Toute loi de programmation devrait donc repartir d’un cadrage actualisé, soumis au Haut Conseil des finances publiques et débattu au Parlement.
Comprendre vingt années de fragilisation
Depuis le milieu des années 2000, la France a subi plusieurs chocs : crise financière, crise de la zone euro, attentats, pandémie, tensions énergétiques et transformation des échanges mondiaux. Les pouvoirs publics ont amorti une partie de leurs conséquences par l’endettement et la protection sociale. Cet amortissement a eu une utilité économique et humaine. Le problème apparaît lorsque les mesures temporaires deviennent permanentes ou lorsque les périodes plus favorables ne servent pas à reconstruire des marges de sécurité.
La mondialisation a également déplacé des activités et accentué la concurrence. Les pertes industrielles ne s’expliquent pas par une cause unique. Les coûts, les choix d’implantation des groupes, l’organisation des filières, la qualité des compétences, l’innovation et les stratégies commerciales interviennent ensemble. L’étude économique de l’OCDE publiée en 2026 constate que la désindustrialisation française a été plus marquée que la moyenne de l’organisation sur les deux dernières décennies. [3]
Une deuxième fragilité concerne la conduite de l’État. Les gouvernements ont souvent ajouté des dispositifs sans supprimer ceux devenus inutiles. Ils ont parfois baissé des recettes sans diminuer les engagements correspondants, ou annoncé des économies sans modifier les mécanismes qui produisent la dépense. La succession des réformes a aussi imposé des coûts d’adaptation aux entreprises, aux administrations et aux ménages. Cette instabilité constitue une hypothèse explicative importante, sans suffire à mesurer toutes les pertes de productivité.
Enfin, les difficultés ne sont pas réparties uniformément. Un ménage propriétaire ayant un emploi stable ne vit pas la même situation qu’un parent isolé locataire dans une zone chère. Une métropole dynamique et un bassin industriel en déclin ne répondent pas aux mêmes politiques. Je refuserais donc les diagnostics globaux selon lesquels tout s’effondre ou, inversement, les moyennes nationales suffisent à démontrer que tout va bien. Gouverner exige de regarder les distributions et les territoires.

Figure 1 — L’évolution du solde public de 2005 à 2025. Le solde public est resté déficitaire sur toute la période représentée. Un déficit est un flux annuel ; il ne doit pas être confondu avec le stock de dette. Source : Insee, publication du 29 mai 2026. [1]
Partir des comptes réels et des capacités existantes
La publication de l’Insee de mai 2026 estime le déficit public de 2025 à 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du produit intérieur brut, et la dette à 115,7 % du PIB. Les dépenses publiques représentent 57,3 % du PIB, les recettes 52,2 %. Ces chiffres concernent l’ensemble des administrations publiques, pas seulement le budget de l’État. Ils correspondent à cette publication et peuvent être révisés. [1]
Ces proportions imposent une conclusion : quelques suppressions symboliques de dépenses ne suffiront pas. Une politique sérieuse doit examiner les grands ensembles, notamment la protection sociale, les administrations, les soutiens économiques et les prélèvements. Elle doit également reconnaître que dépenses publiques élevées et services ressentis comme insuffisants peuvent coexister. Les transferts monétaires, les pensions et les intérêts de la dette ne se traduisent pas directement par davantage de médecins ou d’enseignants disponibles.
La France possède néanmoins des moyens considérables. Son électricité largement décarbonée offre un avantage stratégique ; RTE indique que la production bas carbone a atteint un record en 2025. [6] Ses entreprises, ses infrastructures, ses chercheurs, ses agriculteurs, sa culture et sa présence internationale constituent des ressources réelles. Le redressement consisterait à mieux les mobiliser, sans supposer que ces atouts produisent spontanément croissance et recettes fiscales.
J’organiserais dès le début du mandat un audit public des engagements. Il couvrirait les garanties accordées, les dépenses fiscales, les contrats longs, les entreprises publiques, les infrastructures vieillissantes et les obligations futures. Je distinguerais les dépenses indispensables, les dépenses utiles mais améliorables et les dépenses dont l’efficacité n’est pas démontrée. L’audit aurait un calendrier et déboucherait sur des décisions ; il ne deviendrait pas un prétexte pour reporter les arbitrages connus.
Définir correctement le retour à un solde positif
L’objectif serait un excédent de l’ensemble des administrations publiques, après paiement des intérêts. Un excédent primaire, calculé avant intérêts, serait une étape intermédiaire. Une amélioration du seul budget de l’État obtenue en transférant ses charges vers les collectivités ou les ménages ne serait pas présentée comme un redressement national. De même, vendre un actif procure une recette ponctuelle mais ne répare pas un déficit récurrent.
Je viserais d’abord une réduction régulière du déficit, puis la stabilisation du ratio de dette, ensuite son recul durable. Cette stabilisation dépend à la fois du solde public, de la croissance nominale, des taux d’intérêt et des opérations financières. Un déficit limité peut parfois coexister avec un ratio de dette décroissant ; inversement, un excédent primaire trop faible peut ne pas suffire. La communication publique devrait expliquer ces mécanismes plutôt que confondre dette et déficit.
Le scénario politique de travail serait un déficit proche de 4 % du PIB en 2028, inférieur à 3 % autour de 2030, voisin de 2 % en 2032, puis un équilibre et un léger excédent entre 2035 et 2037. Ce calendrier serait conditionnel : il devrait être rapproché des engagements européens applicables et ajusté après examen du point de départ de 2027. Il ne constitue ni une prévision économique ni une promesse garantie.
Une récession importante justifierait de laisser fonctionner les stabilisateurs automatiques et de réexaminer le rythme, sans abandonner les réformes structurelles. À l’inverse, une croissance meilleure que prévu servirait d’abord à réduire la dette. Je refuserais une austérité brutale qui détruirait l’activité, mais aussi une stratégie consistant à attendre indéfiniment que la croissance règle le problème. La crédibilité viendrait de mesures exécutées et vérifiables.
Construire un financement explicite et sans doubles comptes
Je proposerais, pour 2032, un objectif central de 95 milliards d’euros d’amélioration annuelle brute par rapport à une trajectoire sans nouvelles mesures, exprimé en euros constants de 2026. Une enveloppe de 25 milliards financerait les priorités et leurs coûts de mise en œuvre, laissant 70 milliards d’amélioration nette annuelle. Ce montant serait atteint progressivement ; il ne serait ni disponible dès la première année ni additionnable six fois pour annoncer artificiellement un gain annuel supérieur.
La ventilation de travail serait la suivante : 15 milliards sur l’organisation administrative et les achats ; 18 milliards sur les aides économiques et dépenses fiscales ; 15 milliards sur l’efficience sanitaire ; 20 milliards sur l’ensemble retraites et emploi des seniors ; 8 milliards sur les autres transferts et interventions ; 5 milliards de recouvrements supplémentaires contre les fraudes ; 14 milliards de recettes fiscales nettes nouvelles ou élargies. Ces sept enveloppes totalisent 95 milliards. Elles sont proposées pour instruction, avec un degré d’incertitude élevé.
Chaque enveloppe aurait un périmètre comptable exclusif. Une niche supprimée serait comptée une seule fois, dans les aides économiques ou dans la réforme fiscale. Une économie hospitalière ne serait pas répétée dans les achats publics. Les pensions évitées et cotisations supplémentaires liées à l’emploi des seniors seraient consolidées avec les dépenses de chômage, de maladie et d’invalidité supplémentaires éventuelles. Les produits de fraude seraient retenus après frais et seulement lorsqu’ils deviennent recouvrables de façon crédible.

Figure 2 — La composition de l’amélioration budgétaire proposée. Objectifs proposés, non économies acquises : 95 milliards d’amélioration brute moins 25 milliards de dépenses nouvelles donnent 70 milliards d’amélioration nette annuelle à terme, par rapport à une trajectoire sans nouvelles mesures. Montants en euros constants de 2026.
Les 25 milliards de dépenses nouvelles seraient répartis, à titre de plafond de programmation, entre éducation et recherche pour 7 milliards, défense et cybersécurité pour 6, justice et sécurité pour 3, santé de proximité et autonomie pour 4, logement et petite enfance pour 3, puis adaptation climatique et ingénierie territoriale pour 2. Les enveloppes couvriraient les propositions du rapport ; tout dépassement exigerait un financement explicite ou un arbitrage. Elles s’ajouteraient à la trajectoire de référence, qui devrait intégrer honnêtement les engagements déjà votés.

Figure 3 — L’affectation des dépenses nouvelles proposées. Cette répartition présente des crédits annuels supplémentaires envisagés pour 2032, et non le budget total des politiques concernées. Les enveloppes incluent les coûts de mise en œuvre et restent à expertiser.
Cette construction ne suffit pas à démontrer l’équilibre. Sur un PIB arrondi à 3 000 milliards, un point représente environ 30 milliards ; un gain de 70 milliards équivaut donc à quelque 2,3 points à cette échelle. Partir d’un déficit de 5,1 points laisserait encore environ 2,8 points, toutes choses égales par ailleurs. Le déficit futur dépendra aussi de la trajectoire spontanée, des intérêts et de la conjoncture. Le passage à l’excédent exigerait une seconde programmation, et non un dividende de croissance inventé pour fermer le tableau.
Réformer la fiscalité et répartir l’effort
Je stabiliserais les règles fiscales ordinaires sur plusieurs années. Les entreprises ont besoin de connaître le rendement probable d’un investissement ; les ménages doivent pouvoir organiser logement, épargne et transmission. La stabilité ne signifie pas sanctuariser chaque avantage existant. Elle suppose une réforme initiale annoncée, des transitions et une limitation des modifications ultérieures aux corrections nécessaires.
La priorité serait d’élargir les assiettes avant d’augmenter les taux. Les exonérations sans effet démontré seraient supprimées progressivement. Les avantages liés à la forme juridique d’un revenu seraient examinés pour limiter les arbitrages artificiels entre salaire, dividende et autres rémunérations. Les revenus et patrimoines élevés contribueraient davantage lorsqu’une mesure peut être administrée correctement et évaluée après comportements d’adaptation. Je ne présenterais pas une taxation exceptionnelle comme une ressource permanente.
Je réexaminerais les avantages successoraux les plus concentrés en préservant des mécanismes réalistes pour les entreprises effectivement exploitées. Le paiement pourrait être étalé lorsque l’actif n’est pas liquide. La fiscalité immobilière devrait moins pénaliser les déménagements et mieux prendre en compte les valeurs actuelles, avec protections ciblées pour les propriétaires modestes. Ces choix exigent des simulations détaillées et ne seraient pas décidés à partir de rendements théoriques bruts.
Les classes moyennes et populaires seraient protégées contre une hausse générale de la fiscalité de consommation destinée à financer des avantages mal ciblés. Je publierais l’effet cumulé du programme par niveau de revenu, composition familiale, génération et territoire. Une réforme peut sembler équilibrée mesure par mesure tout en pénalisant fortement certains ménages lorsque l’on additionne impôts, prestations, transport et logement. L’équité doit être évaluée sur cet ensemble.
Réorganiser les administrations sans affaiblir le terrain
Je commencerais par les procédures et les responsabilités. Pour chaque politique, un responsable devrait pouvoir répondre du résultat, du coût et du délai. Les contrôles identiques demandés par plusieurs organismes seraient regroupés. Les données déjà détenues seraient réutilisées dans un cadre sécurisé, au lieu d’exiger constamment des justificatifs. Les formulaires et démarches les plus fréquents seraient testés avec leurs utilisateurs avant généralisation.
Les effectifs seraient examinés mission par mission. Je ne fixerais pas un pourcentage uniforme de suppressions de postes : il risquerait de retirer des agents là où l’activité manque déjà de moyens. Les économies viendraient de missions arrêtées, de fonctions support mutualisées, d’achats mieux négociés, d’immobilier rationalisé et de départs naturels accompagnés. Les reconversions seraient budgétées ; les gains ne seraient inscrits qu’après coûts de transition.
Le numérique et l’intelligence artificielle aideraient à traiter les tâches répétitives, préparer les dossiers et détecter des anomalies. Les décisions touchant aux droits resteraient explicables et contestables devant un interlocuteur humain. La sécurité informatique, la qualité des données et la dépendance aux fournisseurs feraient partie des coûts complets. Acheter un logiciel ne constitue pas en soi une réforme administrative.
Les services de proximité conserveraient des accueils physiques pour les démarches complexes et les personnes éloignées du numérique. L’efficacité serait mesurée par le délai réellement subi, le taux d’erreur, les recours et la satisfaction documentée. Je demanderais aux cadres publics de rendre compte des obstacles qu’ils ont supprimés, pas seulement du nombre de réunions organisées ou de plans annoncés.
Clarifier les compétences territoriales
La simplification territoriale commencerait par la question suivante : qui décide, qui paie et qui rend compte ? Je chercherais à réduire les financements croisés qui multiplient les dossiers et diluent les responsabilités. Une collectivité pilote porterait chaque projet, avec des contributions contractualisées. Les structures devenues redondantes seraient fusionnées ou supprimées après examen de leurs fonctions réelles.
Je ne promettrais pas des dizaines de milliards immédiats grâce à la disparition d’un échelon. Supprimer une institution ne supprime pas les routes, les prestations sociales ou les établissements dont elle s’occupe. Les économies dépendent des tâches réellement évitées. Les communes conserveraient leur rôle démocratique et de proximité ; les mutualisations de gestion seraient encouragées à l’échelle pertinente, sans imposer partout une organisation identique.
Les transferts de compétences seraient accompagnés de ressources prévisibles et d’une responsabilité identifiable. L’État éviterait d’imposer de nouvelles obligations puis de reprocher aux collectivités l’augmentation correspondante de leurs dépenses. Des contrats pluriannuels distingueraient fonctionnement, entretien et investissement. La péréquation tiendrait compte des besoins sociaux et des différences de ressources fiscales.
Je donnerais aux territoires davantage de liberté d’exécution contre une évaluation publique. Une solution efficace dans une zone dense ne convient pas nécessairement à un territoire rural ou ultramarin. Les expérimentations disposeraient de critères de réussite, d’un terme et d’un mécanisme de généralisation ou d’arrêt. La différenciation serait un moyen de résoudre des problèmes concrets, sous réserve de garantir les droits fondamentaux.
Produire davantage et soutenir les entreprises efficaces
La réindustrialisation demanderait une politique de continuité. Je privilégierais les projets disposant de clients, de compétences, d’énergie et d’une perspective de compétitivité durable. Les décisions seraient fondées sur le coût complet, les emplois effectivement créés, les dépendances réduites et les effets environnementaux. Un montant d’investissement annoncé ne serait pas assimilé à un résultat acquis.
Les aides publiques comporteraient des engagements vérifiables et, lorsque cela est adapté, des clauses de remboursement ou de partage des gains. Une entreprise aidée qui réussit fortement pourrait ainsi restituer une partie de la valeur créée à la collectivité. Les soutiens seraient temporaires, sauf justification précise de service public ou de souveraineté. Je cesserais de financer indéfiniment des modèles sans débouchés.
Les petites entreprises bénéficieraient d’interlocuteurs identifiés, de délais de paiement effectivement respectés et d’un accès simplifié à la commande publique. Les normes seraient examinées selon leur utilité, leur proportionnalité et leur coût cumulé. Les exigences protégeant la santé, les travailleurs et l’environnement resteraient évaluées sur leurs résultats ; la simplification viserait les complications évitables, pas la suppression aveugle des protections.
Je soutiendrais aussi les services exportables, l’ingénierie, le tourisme de qualité, la création et les activités numériques. Une économie moderne ne se réduit pas à ses usines. La productivité des services et la diffusion des technologies dans les entreprises existantes comptent autant que les annonces de nouveaux sites. Les politiques de concurrence lutteraient contre les rentes qui renchérissent les intrants et réduisent le pouvoir d’achat.
Faire de l’énergie un avantage durable
Je construirais une stratégie électrique stable associant disponibilité du parc nucléaire, renouvelables pertinents, réseaux, stockage et maîtrise de la demande. Le choix des investissements reposerait sur la sécurité d’approvisionnement, le coût du système et les émissions évitées. Il faudrait intégrer les délais de construction, les contraintes industrielles, la sûreté, les déchets et les besoins de financement.
Les entreprises électro-intensives auraient accès, lorsque les règles applicables le permettent, à des contrats de long terme offrant de la visibilité. Les ménages seraient protégés par des aides ciblées en période de choc, plutôt que par des subventions générales sans limite. Le prix de détail comprend des composantes différentes ; une production peu carbonée n’implique pas automatiquement une facture basse pour chaque consommateur.
La réduction de la dépendance pétrolière passerait par les véhicules adaptés, les transports collectifs utiles, la rénovation performante et l’électrification des usages industriels pertinents. Les aides seraient évaluées sur les consommations et émissions réellement évitées. Les projets dont le rendement énergétique est faible ou dont les travaux sont défectueux perdraient leur financement.
Je donnerais la priorité à la formation des techniciens, ingénieurs et personnels de maintenance nécessaires. La souveraineté énergétique ne réside pas seulement dans les équipements : elle dépend de la capacité à les construire, les réparer et les exploiter. Les décisions seraient coordonnées avec nos partenaires européens, car les interconnexions et les marchés voisins font partie de notre sécurité d’approvisionnement.
Augmenter l’emploi et améliorer le travail
Le financement du modèle social exige davantage d’emplois durables et de carrières moins interrompues. Je concentrerais l’action sur les personnes qui peuvent travailler mais rencontrent des obstacles précis : garde d’enfants, santé, handicap, mobilité, compétences ou discrimination. Les dispositifs seraient adaptés à ces obstacles au lieu d’appliquer une obligation administrative identique à tous.
L’accompagnement des demandeurs d’emploi serait évalué sur le retour à un emploi stable, sa qualité et son maintien. Les formations seraient financées en fonction des compétences acquises et des débouchés observés, avec prudence pour ne pas exclure les publics les plus difficiles. Les contrôles resteraient proportionnés, contradictoires et compatibles avec les contraintes réelles de la personne. L’absence d’emploi disponible ne serait pas assimilée à un refus de travailler.
Je négocierais avec les branches une amélioration des parcours salariaux. L’articulation entre cotisations, prestations et impôt devrait permettre qu’une progression du salaire brut apporte un gain net compréhensible. Les exonérations seraient réexaminées pour limiter les effets qui peuvent encourager la concentration des rémunérations autour des bas salaires. Cette réforme devrait préserver les emplois vulnérables pendant la transition.
Le temps de travail serait traité au niveau approprié, en tenant compte de l’organisation, de la pénibilité et de la productivité. Je ne ferais pas d’une hausse uniforme des horaires le remède général. Prévenir les accidents, réduire l’usure professionnelle et améliorer le management peut contribuer à l’activité autant que modifier une durée légale. Les agents publics et salariés seraient associés aux réorganisations qui concernent directement leur travail.
Rendre les retraites soutenables et plus équitables
La question des retraites ne peut être séparée de l’emploi, de la santé et de la démographie. Le rapport du Conseil d’orientation des retraites de juin 2026 actualise ses projections avec de nouvelles hypothèses démographiques. Une projection reste conditionnelle ; elle ne décrit pas un avenir certain. [7] Je demanderais que plusieurs scénarios soient présentés au public avec les mêmes conventions comptables.
Je rechercherais un accord pluriannuel combinant durée d’activité, emploi des seniors, cotisations et évolution des pensions. Aucun paramètre ne serait interdit par principe. Les petites pensions seraient protégées ; les efforts éventuels sur les pensions élevées seraient temporisés et appréciés au regard des autres revenus. Les avantages fiscaux liés au statut de retraité seraient examinés selon les ressources, plutôt qu’accordés indistinctement.
Un relèvement de l’activité effective suppose que les entreprises recrutent et conservent les salariés expérimentés. Je développerais la retraite progressive, l’adaptation des postes et la formation après cinquante ans. Les carrières longues, l’invalidité et la pénibilité feraient l’objet de protections lisibles. Décaler un départ sans emploi disponible peut déplacer la dépense vers le chômage ou la maladie ; ce déplacement serait intégré au bilan.
L’objectif serait un système compréhensible, avec des règles convergentes lorsque les situations sont comparables. Les différences justifiées par les métiers seraient explicitées et financées. Je privilégierais une règle de réexamen périodique et une négociation documentée plutôt qu’une succession de crises. Les économies évoquées dans le cadrage budgétaire ne seraient retenues qu’après simulation par génération et consolidation de tous les régimes concernés.
Réorganiser la santé autour des besoins
La Drees évalue la dépense courante de santé au sens international à 353,2 milliards d’euros en 2025, soit 11,8 % du PIB. Ce périmètre ne correspond pas aux seules dépenses publiques ni au seul hôpital. [8] Il montre l’importance des ressources engagées et la nécessité de raisonner sur l’ensemble du parcours de soins.
Je renforcerais les soins de proximité, la coordination entre professionnels et les possibilités de prise en charge non programmée. Les délégations de tâches seraient développées lorsque les compétences, la formation et la sécurité le permettent. Les zones sous-dotées bénéficieraient de solutions combinant exercice collectif, soutien administratif et organisation territoriale. Former davantage de professionnels produit des effets différés ; les réformes organisationnelles sont donc indispensables pendant la transition.
L’hôpital serait financé selon des objectifs mêlant activité pertinente, qualité, permanence des soins et besoins territoriaux. Je réduirais les tâches administratives redondantes et les ruptures entre ville, hôpital et secteur médico-social. Les économies porteraient sur les actes inutiles, les prescriptions inadaptées, les achats, les transports évitables et les organisations inefficaces. Elles seraient évaluées sans diminuer l’accès aux soins nécessaires.
La prévention porterait notamment sur les addictions, l’activité physique, la nutrition, les vaccinations et la santé mentale. Elle serait justifiée d’abord par les bénéfices sanitaires ; toutes les actions préventives ne produisent pas une économie nette. Je protégerais la psychiatrie et la santé des enfants. Le reste à charge serait surveillé pour éviter qu’une économie publique apparente ne devienne un renoncement aux soins et une dépense ultérieure plus lourde.
Préparer le vieillissement et soutenir les aidants
Je ferais du vieillissement une politique transversale. Le logement, les transports, les soins, les ressources et les liens sociaux déterminent ensemble la possibilité de vivre dignement. Le maintien à domicile serait soutenu lorsqu’il correspond au souhait de la personne et reste compatible avec sa sécurité. Il ne serait pas présenté comme une solution toujours moins coûteuse ou préférable.
Les établissements auraient des objectifs transparents de qualité, d’encadrement et de continuité des soins. Je renforcerais la prévention de la dénutrition, des chutes, de la perte de mobilité et de la surmédication. Les indicateurs devraient refléter les caractéristiques des résidents pour éviter des comparaisons trompeuses. Les contrôles financiers et sanitaires seraient coordonnés et leurs suites effectivement suivies.
Les métiers du grand âge demandent des carrières soutenables, des qualifications reconnues et une organisation évitant les déplacements inutiles. Les financements couvriraient les besoins constatés, avec un contrôle de l’utilisation des fonds. Les proches aidants auraient accès à des solutions de répit et à une information simple, sans être transformés par défaut en substituts gratuits aux professionnels.
Je rapprocherais cette politique de celle du handicap, en préservant les besoins spécifiques et la liberté de choix. L’accessibilité, les démarches et les délais de décision seraient suivis publiquement. Une société qui demande davantage d’activité professionnelle doit aussi rendre possible l’accompagnement des proches. Cette cohérence constitue une condition de l’acceptabilité des réformes de l’emploi et des retraites.
Relever le niveau scolaire et les compétences
L’école serait la priorité de long terme. Les résultats PISA 2022 analysés par la DEPP situent la France dans la moyenne de l’OCDE en mathématiques, avec une baisse par rapport au cycle précédent. [4] Cette référence documente une difficulté ; elle ne permet pas d’attribuer tous les résultats à une seule réforme. Je mesurerais les progrès avec plusieurs évaluations, nationales et internationales.
Je concentrerais les moyens supplémentaires sur les premières années, la maîtrise de la lecture, de l’expression écrite et du calcul, ainsi que sur les élèves qui accumulent du retard. Les difficultés seraient repérées tôt et suivies individuellement. Les enseignants disposeraient de formations pratiques, de ressources éprouvées et de temps de travail collectif. Les remplacements effectifs seraient considérés comme une obligation de fonctionnement.
Au collège, je maintiendrais des exigences communes tout en permettant des soutiens et regroupements temporaires selon les besoins. Les parcours ne devraient pas enfermer trop tôt les enfants dans une orientation déterminée par leur milieu. Les voies professionnelles seraient valorisées par leurs équipements, leurs enseignants, leurs débouchés et les possibilités de poursuivre des études. Le diplôme devrait attester des compétences réelles.
L’autorité scolaire serait soutenue par des règles stables, une réponse rapide aux violences et une protection effective des personnels. Les parents seraient associés sans se substituer aux enseignants. Je limiterais l’instabilité des programmes et des dispositifs. L’évaluation porterait sur les acquis, les écarts sociaux et le climat scolaire ; elle servirait à améliorer les pratiques, sans produire des classements simplistes qui encouragent la sélection des élèves.
Soutenir la recherche et maîtriser les technologies
Je protégerais les financements de recherche à horizon long, notamment les crédits de base permettant aux équipes de travailler sans consacrer une part excessive de leur temps aux demandes successives. La compétition pour les financements conserverait une place, mais ses coûts administratifs seraient mesurés. Les recrutements et équipements seraient programmés avec une visibilité suffisante.
Les liens entre laboratoires et entreprises seraient facilités par des contrats plus simples et des règles claires de propriété intellectuelle. Les soutiens à l’innovation seraient évalués sur leur effet additionnel : financent-ils des recherches qui n’auraient pas eu lieu autrement ? Les dispositifs absorbant des ressources sans effet établi seraient réformés. Les jeunes entreprises bénéficieraient d’accès aux premiers clients et aux infrastructures nécessaires.
L’intelligence artificielle serait abordée comme une technologie à développer, diffuser et contrôler. Les administrations et entreprises pourraient gagner du temps, mais ces gains devraient être observés avant d’être inscrits dans les comptes. Je soutiendrais les compétences, les capacités de calcul pertinentes, les données de qualité et les logiciels ouverts lorsque leur usage réduit les dépendances. La sécurité et la confidentialité resteraient des critères de sélection.
La politique numérique couvrirait aussi les réseaux, la cybersécurité et l’autonomie des systèmes critiques. Je demanderais des plans de continuité pour les hôpitaux, les collectivités et les infrastructures. La souveraineté ne signifie pas tout produire nationalement : elle consiste à identifier les dépendances dangereuses, disposer d’alternatives et conserver les compétences permettant de changer de fournisseur.
Agir sur le logement et le coût de la vie
Le logement serait traité comme une infrastructure économique et sociale. Un salarié ne peut accepter facilement un emploi lorsque se loger à proximité est impossible. Je chercherais à augmenter l’offre dans les zones tendues en mobilisant le foncier adapté, en accélérant les procédures et en transformant les bâtiments inutilisés lorsque cela est techniquement pertinent. Les infrastructures et services nécessaires accompagneraient les constructions.
Les normes seraient stabilisées et hiérarchisées. Les objectifs de sécurité, de qualité et d’efficacité énergétique resteraient explicites ; les obligations seraient évaluées selon leurs effets cumulés sur les coûts. Les aides à l’achat ou à la location seraient examinées pour vérifier quelle part bénéficie réellement aux ménages et quelle part se répercute dans les prix. Soutenir la demande sans offre supplémentaire peut aggraver les tensions.
Je rénoverais le parc social, améliorerais la transparence des attributions et faciliterais la mobilité lorsque la situation des ménages change. Les protections contre la précarité resteraient accompagnées de solutions pour les propriétaires confrontés à des impayés. La prévention des expulsions interviendrait tôt, avec des responsabilités claires. Les logements durablement vacants feraient l’objet d’actions ciblées selon leur état et leur localisation.
Le pouvoir d’achat serait aussi soutenu par la concurrence, les transports utiles et la réduction des dépenses contraintes. Je distinguerais les marchés où les marges posent problème de ceux où les coûts expliquent les prix. Les contrôles seraient fondés sur les faits. Les compensations générales et permanentes seraient évitées lorsqu’elles entretiennent une hausse des prix ou bénéficient surtout aux ménages déjà favorisés.
Réduire la pauvreté et rendre la solidarité lisible
L’Insee situe le taux de pauvreté monétaire à 15,4 % en 2024 en France métropolitaine, stable par rapport à 2023 dans son champ d’enquête. [5] Cette mesure relative ne résume pas toutes les privations, mais elle interdit de considérer la question sociale comme secondaire. Un redressement qui augmente fortement la pauvreté perdrait une partie de sa légitimité et de son efficacité.
Je simplifierais l’accès aux prestations en favorisant leur calcul à partir de données fiables déjà disponibles. Les erreurs seraient corrigées rapidement, avec un droit au recours compréhensible. Le non-recours serait suivi au même titre que les versements indus. Les dispositifs seraient articulés pour éviter qu’une reprise d’activité provoque une perte brutale de ressources ou une succession de régularisations incompréhensibles.
La lutte contre la fraude porterait sur les prestations, les cotisations, la fiscalité et les montages économiques. Les moyens seraient orientés selon les risques et les montants recouvrables, dans le respect des droits. Je ne confondrais ni erreur administrative et fraude intentionnelle, ni estimation statistique et argent immédiatement récupérable. Les objectifs annoncés seraient comparés aux encaissements réels.
Je protégerais particulièrement les enfants, les personnes handicapées et les ménages confrontés à des accidents de vie. Les associations efficaces conserveraient une place dans l’accompagnement, avec des conventions stables et des comptes transparents. La solidarité serait reliée aux politiques de santé, d’emploi et de logement. Elle ne servirait pas seulement à compenser après coup des mécanismes qui produisent durablement l’exclusion.
Restaurer la sécurité et l’efficacité de la justice
La sécurité serait évaluée par catégories d’atteintes, territoires et expériences des victimes. Les statistiques enregistrées par la police et la gendarmerie dépendent aussi des plaintes et des pratiques d’enregistrement. Le bilan du ministère de l’Intérieur pour 2025 fait apparaître des évolutions différentes selon les infractions. [9] Je compléterais ces données par les enquêtes de victimation, sans nier les violences vécues ni transformer chaque fait divers en diagnostic national.
Je renforcerais les enquêtes contre les réseaux criminels, le blanchiment et les trafics, avec une attention particulière aux ports, aux flux financiers et à la corruption. La présence quotidienne des forces de sécurité serait adaptée aux besoins locaux. Les outils technologiques seraient encadrés, évalués et contrôlés. La confiance dans la police exige à la fois protection des agents et traitement effectif des manquements.
La justice disposerait de greffiers, de magistrats, d’outils fiables et de moyens d’exécution cohérents. L’objectif serait de réduire les délais sans affaiblir les droits de la défense. Les peines prononcées devraient être exécutées dans des conditions adaptées ; les alternatives pertinentes seraient développées pour éviter que l’incarcération courte et désorganisée n’aggrave la récidive. Les situations dangereuses nécessiteraient une prise en charge ferme.
Je donnerais une priorité opérationnelle aux violences intrafamiliales, sexuelles et aux atteintes contre les mineurs. L’aide aux victimes, la protection immédiate et la continuité des dossiers seraient renforcées. La prévention locale, le suivi des personnes condamnées et la santé mentale feraient partie de la stratégie. La paix sociale suppose une loi appliquée de façon prévisible, impartiale et suffisamment rapide.
Maîtriser l’immigration et réussir l’intégration
Je distinguerais l’asile, les études, le travail, les liens familiaux et les situations irrégulières. Ces catégories répondent à des règles et à des besoins différents. Les confondre empêche de construire une politique opérationnelle. Les décisions seraient prises plus rapidement, avec un examen individuel et des voies de recours effectives, dans le respect des obligations juridiques applicables.
Pour les personnes admises durablement, la maîtrise du français, l’accès à l’emploi et la connaissance des règles communes seraient prioritaires. L’accueil tiendrait compte des capacités de logement, d’école et de santé des territoires. Les employeurs utilisant une main-d’œuvre étrangère participeraient aux efforts de formation et respecteraient les mêmes exigences salariales et sociales. La lutte contre l’exploitation protégerait l’ensemble des travailleurs.
Les décisions d’éloignement légalement exécutoires nécessiteraient une coopération consulaire et diplomatique suivie. Je concentrerais les moyens sur les situations prioritaires et les obstacles concrets à l’exécution, plutôt que multiplier les annonces. Les politiques seraient évaluées sur des résultats définis, sans promettre des économies nationales considérables à partir d’estimations partielles ou incompatibles entre elles.
L’intégration exigerait également de lutter contre les discriminations et les organisations qui refusent les règles républicaines. La liberté de conscience, la laïcité et l’égalité entre femmes et hommes seraient défendues sans ambiguïté. La responsabilité serait individuelle : aucune origine ou religion ne rend collectivement coupable. Une politique ferme gagne en légitimité lorsqu’elle reste juridiquement solide et traite chacun selon les mêmes principes.
Soutenir les familles et la jeunesse
Le bilan démographique de l’Insee estime à 645 000 les naissances en 2025 et à 1,56 enfant par femme l’indicateur conjoncturel de fécondité. [10] Une telle évolution appelle une adaptation, sans réduire les choix familiaux à un instrument budgétaire. Une hausse éventuelle des naissances ne financerait pas les retraites des prochaines années ; ses effets économiques prendraient beaucoup plus de temps.
Je faciliterais la réalisation des projets familiaux par des solutions de garde fiables, des logements accessibles et une meilleure compatibilité entre emploi et parentalité. Les congés seraient conçus pour limiter les ruptures professionnelles et mieux partager les responsabilités. Les familles monoparentales auraient une attention particulière, car leurs contraintes de temps, de revenu et de mobilité se cumulent souvent.
La jeunesse aurait accès à une orientation plus lisible, à des soins psychiques et à des parcours de formation permettant les réorientations. Les aides étudiantes seraient appréciées avec le coût local du logement et les ressources réellement disponibles. Les stages et premières expériences devraient former et ouvrir des perspectives, sans installer durablement les jeunes dans des statuts précaires.
Je refuserais de faire de chaque génération l’adversaire des autres. Les retraités ne constituent pas un groupe homogène, pas davantage que les actifs ou les étudiants. La contribution de chacun dépendrait des moyens et des situations. Le programme publierait ses conséquences intergénérationnelles afin que les décisions présentes ne transfèrent pas silencieusement leurs coûts aux futurs contribuables.
Assurer les transitions agricole et écologique
Je donnerais aux agriculteurs une visibilité économique compatible avec les exigences sanitaires et environnementales. Les aides accompagneraient les investissements, la transmission et les changements de pratiques lorsqu’ils apportent un bénéfice vérifiable. Les règles seraient simplifiées et stabilisées, avec des contrôles proportionnés. La négociation dans les filières devrait mieux prendre en compte les coûts de production et les rapports de force.
L’agriculture aurait une stratégie de résilience portant sur l’eau, les sols, les semences, les équipements et les débouchés. Les projets hydrauliques seraient examinés par bassin et selon leurs effets cumulés. Je ne présenterais ni le stockage ni les restrictions comme une réponse universelle. L’adaptation exige des choix locaux fondés sur les ressources disponibles et leurs évolutions probables.
La politique climatique privilégierait les réductions d’émissions durables et les investissements utiles. Les infrastructures, les bâtiments, les forêts et les littoraux devraient être préparés aux risques. Les projets seraient comparés selon leurs coûts, leurs bénéfices et leurs conséquences sociales. Les ménages modestes disposeraient d’alternatives praticables avant de subir des obligations coûteuses.
Je protégerais les dépenses d’entretien qui évitent des dommages futurs, même lorsqu’elles sont moins visibles politiquement que des constructions nouvelles. Les risques climatiques seraient intégrés aux décisions d’aménagement et d’assurance. Les engagements écologiques seraient cohérents avec les capacités industrielles et financières, sans reporter systématiquement l’effort ni annoncer des transitions que les équipements et compétences disponibles ne permettent pas encore.
Réduire les fractures territoriales et ultramarines
Je construirais une politique d’accès effectif aux services essentiels. Chaque bassin de vie disposerait d’un diagnostic public sur les délais de soins, les transports, l’éducation, le numérique et les démarches administratives. L’objectif ne serait pas de promettre chaque équipement partout, mais d’organiser une accessibilité raisonnable et mesurable. Les solutions mobiles et mutualisées seraient utilisées lorsqu’elles améliorent réellement le service.
Les territoires ultramarins seraient traités selon leurs contraintes propres, leurs ressources et leurs projets. La continuité territoriale, l’eau, les risques naturels, la santé et les coûts logistiques exigent une attention spécifique. Les mesures contre la vie chère examineraient les chaînes d’approvisionnement, la concurrence et les marges documentées. Les réponses fiscales seraient évaluées pour vérifier leur transmission aux prix et à l’emploi.
Je soutiendrais les productions locales viables, la formation et les coopérations régionales. Les investissements feraient l’objet d’un suivi renforcé de leur réalisation et de leur entretien. Les décisions nationales seraient préparées avec les collectivités concernées. Les différences institutionnelles et géographiques interdisent d’appliquer un modèle unique à l’ensemble des outre-mer.
Dans l’Hexagone, la revitalisation des villes moyennes passerait par le logement, les services et les activités économiques, avec une priorité aux projets cohérents. Les subventions isolées à des équipements sans usagers seraient réduites. L’égalité territoriale ne consiste pas à disperser uniformément l’argent public ; elle impose de corriger les obstacles qui empêchent certains citoyens d’accéder à des possibilités comparables.
Retrouver une influence extérieure crédible
La puissance internationale dépend de moyens soutenables. Je relierais la politique de défense à des besoins précis : disponibilité des matériels, munitions, renseignement, protection du territoire, cybersécurité et capacité industrielle. Les programmes seraient évalués sur leur coût complet et leurs délais. Les engagements déjà décidés seraient intégrés au cadrage avant d’annoncer de nouvelles capacités.
L’Union européenne constituerait un espace essentiel d’action sur le commerce, l’énergie, les technologies et la sécurité. Je chercherais des coalitions concrètes et des achats communs lorsqu’ils améliorent l’efficacité. Les règles qui pénalisent sans bénéfice démontré la compétitivité seraient discutées avec nos partenaires. Une stratégie nationale ne devrait pas reposer sur l’hypothèse que la France peut modifier seule toutes les contraintes communes.
La diplomatie économique aiderait les entreprises à exporter et à sécuriser leurs approvisionnements. L’aide au développement serait recentrée sur des programmes évaluables et des partenariats suivis. Les objectifs humanitaires, sanitaires et de stabilité seraient explicités. Je préserverais la capacité diplomatique, car prévenir une crise et négocier des accords exige des équipes compétentes et présentes dans la durée.
La culture, la langue française, les universités et le patrimoine participeraient pleinement à cette influence. Je soutiendrais l’accès à la création, l’éducation culturelle et les échanges scientifiques. Leur valeur ne se réduit pas à des retombées commerciales immédiates. La crédibilité française serait renforcée par la cohérence entre ses principes, ses engagements et la qualité de ses propres institutions.
Reconstruire la confiance et rendre la paix sociale possible
La paix sociale ne signifie pas la disparition des désaccords. Elle suppose que les conflits puissent se résoudre dans un cadre reconnu comme légitime. Je présenterais les efforts demandés avant leur adoption, avec leurs effets attendus et les solutions alternatives. La concertation disposerait d’un calendrier réel ; elle ne serait pas organisée après que toutes les décisions ont été arrêtées.
Je proposerais un accord de méthode aux partenaires sociaux et aux collectivités, portant sur la durée du programme, la transparence des comptes et l’évaluation des effets. Les citoyens pourraient constater ce qui a changé dans leur vie quotidienne. Les économies seraient rapprochées de la qualité du service, afin qu’un ministère ne puisse améliorer son budget en laissant ses usagers supporter des délais ou coûts cachés.
L’exemplarité publique serait renforcée par la transparence des intérêts, le contrôle des marchés et la publication des suites données aux signalements. Les dépenses de représentation seraient maîtrisées, sans prétendre qu’elles règlent le déficit. Les responsables qui annoncent des économies devraient accepter le même niveau d’exigence pour leurs propres organisations. La probité est une condition de confiance, même lorsque son effet budgétaire direct reste limité.
Je respecterais la fonction du Parlement et les contre-pouvoirs. Une présidence ne peut exécuter seule un programme : elle doit obtenir des majorités, faire adopter les textes et travailler avec les administrations compétentes. Les réformes institutionnelles éventuelles seraient séparées des urgences de gestion. La continuité démocratique et la sécurité juridique constituent elles-mêmes des facteurs de stabilité économique.
Organiser les décisions et mesurer les résultats
Les cent premiers jours serviraient à publier le cadrage initial, sécuriser les données, engager les audits ciblés et négocier la méthode. Les économies déjà documentées pourraient commencer sans attendre la fin de tous les travaux. Je présenterais une programmation des dépenses et des recettes, avec des responsables identifiés et des critères de suivi. Les décisions symboliques ne remplaceraient pas les réformes des mécanismes budgétaires.
Pendant les deux premières années, les priorités seraient les aides inefficaces, les achats, les procédures, l’accès aux droits, les délais de justice et les soins de proximité. Les réformes plus lourdes de retraite, de fiscalité et de compétences territoriales seraient préparées avec des transitions. Les investissements éducatifs, énergétiques et scientifiques commenceraient rapidement, car leurs effets sont plus lents.

Figure 4 — Le calendrier proposé pour conduire le redressement. Le calendrier reprend les jalons du rapport. L’équilibre puis l’excédent constituent un objectif conditionnel ; ils nécessitent une seconde programmation et ne résultent pas automatiquement des mesures du premier mandat.
Un tableau de bord annuel présenterait le déficit, la dette, les dépenses d’intérêts, l’emploi, la productivité, la pauvreté, les acquis scolaires et l’accès aux services. Les indicateurs de sécurité distingueraient infractions, plaintes et victimation. Les résultats seraient ventilés lorsque les moyennes cachent des écarts importants. Les méthodologies et changements de séries seraient publiés pour prévenir les améliorations purement statistiques.
Chaque mesure importante comporterait un mécanisme de réexamen. Une politique inefficace serait corrigée ou arrêtée ; une expérimentation réussie pourrait être étendue. Les gains budgétaires annoncés seraient comparés aux gains réalisés. Je rendrais compte des écarts, y compris défavorables. La restauration de la confiance commence lorsque le pouvoir accepte que ses résultats soient évalués autrement que par sa propre communication.
La condition décisive du redressement
Je ne promettrais ni le retour immédiat à l’abondance ni un excédent obtenu sans efforts. La France doit produire davantage, mieux organiser ses dépenses et répartir plus clairement ses responsabilités. Cela implique des renoncements : certaines aides disparaîtraient, certains avantages seraient réduits, des administrations seraient réorganisées et des projets reportés. Les investissements utiles et les protections indispensables seraient préservés à l’intérieur d’un cadre financé.
La principale difficulté serait politique autant que technique. Chaque économie touche des intérêts organisés ; chaque investissement produit ses effets à un rythme différent. Le programme devrait donc être assez ferme pour durer et assez précis pour être corrigé. Une trajectoire budgétaire ne devient crédible que si elle résiste à l’examen de ses hypothèses et si les autorités assument les arbitrages nécessaires.
La grandeur de la France se mesurerait finalement à sa capacité à tenir ses engagements : instruire les enfants, soigner, protéger, rendre la justice, soutenir l’activité et transmettre un pays habitable. Un solde public positif renforcerait cette capacité, mais ne suffirait pas à lui seul. L’objectif serait une nation capable de financer sa solidarité et son indépendance, tout en donnant à ses citoyens des raisons concrètes de faire confiance à l’avenir.
Lorsque j'ai demandé lequel des candidats était le plus proche dans son programme des ces recommandations il m'adit : Bernard Cazeneuve en 1er et Edouard Philippe en 2eme.
Sources et limites du chiffrage
Les références suivantes étayent les données et les constats explicitement signalés dans le texte. Les recommandations, enveloppes budgétaires et calendriers sont une proposition originale de ce rapport ; ils ne sont ni validés ni chiffrés par les organismes cités. Les résultats d’années différentes ne doivent pas être interprétés comme un tableau statistique homogène de 2026.
Référence complémentaire sur les finances publiques : Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, édition 2026. Référence de contexte sur le redressement et les risques budgétaires.
[3] OCDE, Étude économique de la France 2026, notamment le chapitre sur la compétitivité industrielle.
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