À La Réunion, des musiciens longtemps mal considérés ont renouvelé la chanson créole. Leur histoire raconte aussi les espoirs de 1946, les choix du Parti communiste réunionnais et les inégalités qui demeurent. Elle pose une question simple : pourquoi faudrait-il choisir entre sa culture et les droits promis à tous les Français ?
On écoute aujourd’hui Alain Péters comme un grand nom de la musique réunionnaise. Mais le respect accordé à son œuvre ne doit pas faire oublier la vie difficile de l’homme, ni le regard porté sur le milieu auquel il appartenait. Dans les souvenirs de ses compagnons, on trouve des musiciens qui cherchaient leur voie, des communautés de jeunes, de l’alcool et du zamal. Le mot « zamalien » désigne celui qui consomme ce cannabis local¹. Il sert ici à évoquer ces artistes qui vivaient à l’écart des habitudes et des attentes de leur entourage. Ils ne formaient pas un mouvement portant ce nom, et tous ne partageaient pas le même mode de vie.
René Lacaille, qui a joué avec Alain Péters, a raconté ces années dans un entretien publié par RFI en 2003. Son témoignage rappelle un fait souvent oublié : avant de revenir au maloya et à la chanson créole, ces musiciens avaient joué les musiques qu’ils entendaient ailleurs, notamment celles des années hippies². Ils ne cherchaient donc pas seulement à conserver une tradition. Ils voulaient jouer, essayer des sons, découvrir ce que d’autres inventaient. La musique réunionnaise qu’ils ont contribué à créer doit beaucoup à cette curiosité. Aimer le rock ne les empêchait pas de s’intéresser aux chansons de leur île.
Leur histoire mérite mieux qu’un récit où tout opposerait une culture réunionnaise à une France qui aurait voulu la faire disparaître. L’administration a sa part de responsabilité dans les injustices et les humiliations. Mais les artistes pouvaient aussi rencontrer l’incompréhension de leur famille, le jugement du voisinage ou les attentes des militants. La liberté de chanter à sa manière ne se confondait pas toujours avec les combats politiques du moment. Pour comprendre ce que ces musiciens ont changé, il faut donc revenir à la société dans laquelle ils vivaient, puis à la place que la politique a donnée à leur musique.
Une société encore marquée par la plantation
Avant 1848, le pouvoir colonial s’appuie dans l’île sur les grands planteurs, propriétaires de terres et d’esclaves. Il ne faut pas les imaginer tous comme des Français arrivés récemment de métropole. De grandes familles de propriétaires vivent à Bourbon, l’ancien nom de La Réunion, depuis plusieurs générations. Leurs membres y sont nés, y ont leurs biens et leurs alliances familiales. Ces planteurs créoles font partie de la population locale, et certaines de leurs lignées remontent aux premières décennies du peuplement. L’administration française organise et protège le système colonial ; des familles établies dans l’île l’exploitent et en tirent leur puissance³.
La famille Desbassayns en donne un exemple précis. Henri-Paulin Panon Desbassayns naît à Saint-Paul en 1732. Son grand-père, Augustin Panon, s’est installé à Bourbon en 1689. Henri-Paulin devient l’un des plus grands propriétaires esclavagistes de l’île. Sa fortune se développe notamment par les héritages et son mariage avec Ombline Gonneau-Montbrun. Il appartient donc à une famille déjà ancienne dans le pays, liée à d’autres familles locales⁴. Ce cas montre pourquoi il serait faux d’opposer simplement des colons venus de l’extérieur à des Réunionnais qui auraient tous subi leur domination. Les propriétaires et les personnes qu’ils réduisaient en esclavage appartiennent les uns et les autres à l’histoire du peuplement réunionnais.
L’abolition de 1848 a libéré les esclaves, mais elle n’a pas partagé les terres ni les fortunes. Les personnes libérées devaient trouver de quoi vivre dans une société où les propriétaires conservaient une grande partie de leur pouvoir économique. La loi d’indemnisation adoptée en 1849 a d’ailleurs prévu de dédommager les anciens propriétaires⁵. Les anciens esclaves, eux, n’ont pas reçu une réparation équivalente pour le travail et les années de liberté dont ils avaient été privés. Entre 1848 et la départementalisation de 1946, il n’y a donc plus légalement d’esclaves à La Réunion. En revanche, les grandes propriétés et les inégalités héritées de l’esclavage continuent de peser sur la société.
L’engagisme a ensuite occupé une place importante dans le travail des plantations. Des travailleurs étaient recrutés sous contrat, dans des conditions qui pouvaient les rendre très dépendants de leur employeur. Leur situation juridique différait de celle des esclaves. Il reste que l’abolition n’avait pas suffi à mettre les travailleurs et les propriétaires sur un pied d’égalité. Cette histoire aide à comprendre pourquoi la liberté proclamée par les textes pouvait rester limitée dans la vie quotidienne. Pouvoir quitter un employeur ne signifie pas grand-chose si l’on n’a ni économies, ni autre emploi, ni accès à une formation.
Ces inégalités ne venaient pas seulement de décisions prises à Paris. Elles se maintenaient aussi dans l’île, à travers la propriété, le travail et les relations de dépendance. Étudier le rôle des grandes familles demande toutefois de regarder des faits précis : quelles terres possédaient-elles, quelles entreprises dirigeaient-elles, quelle influence exerçaient-elles ? Un nom ou une origine ne suffisent pas à établir une responsabilité. En revanche, il serait tout aussi trompeur de parler du pouvoir colonial sans s’intéresser à ceux qui en tiraient avantage sur place. La société réunionnaise avait ses propres divisions, que le conflit avec l’administration française ne faisait pas disparaître.
Les jeunes musiciens grandissaient dans cette société. Leurs difficultés ne se résumaient pas au manque d’argent ou aux décisions des autorités. Une famille pouvait mal accepter une vie consacrée à la musique. Un entourage pouvait condamner des fréquentations ou une manière de se comporter. Le témoignage de Lacaille permet d’entrevoir ce décalage entre les attentes sociales et la vie des artistes. Il ne décrit pas toute la jeunesse réunionnaise, mais il rappelle que la contestation pouvait commencer très près de chez soi. On pouvait vouloir changer la société tout en cherchant, d’abord, à vivre autrement que ses parents.
En 1946 des élus réunionnais demandent les mêmes droits
C’est dans une île profondément inégalitaire que Raymond Vergès et Léon de Lépervanche défendent la départementalisation. Ces deux élus réunionnais siègent au groupe communiste. Avec les représentants d’autres colonies, dont Aimé Césaire, rapporteur du texte, ils participent au combat qui aboutit à la loi du 19 mars 1946⁶. Leur objectif est de faire appliquer dans l’île les droits dont bénéficient les habitants de la métropole. Le département leur apparaît comme un moyen de sortir du régime colonial et d’obtenir davantage de protection pour la population.
Il faut rappeler qui porte cette demande, car la suite de l’histoire a parfois brouillé les souvenirs. La départementalisation n’est pas une invention de Michel Debré. Celui-ci ne devient député de La Réunion qu’en 1963, dix-sept ans après le vote de la loi. Elle n’est pas davantage une mesure imposée à une population qui l’aurait unanimement refusée. Des élus de gauche la réclament au nom des Réunionnais et de leurs besoins. En 1946, demander à devenir un département français peut donc être un acte de lutte contre les inégalités coloniales.
Raymond Vergès veut des résultats concrets. Ses interventions à l’Assemblée concernent l’application des lois sociales, les équipements, les rémunérations et l’aide aux sinistrés⁷. Il attend de la République qu’elle remplisse dans l’île les mêmes obligations qu’ailleurs. Le changement de statut doit permettre de mieux se soigner, de mieux vivre et d’envoyer ses enfants à l’école. Les droits sociaux comptent aussi parce qu’ils réduisent la dépendance envers un employeur ou un notable. Une pension ou une protection sociale donnent une sécurité que la bonne volonté d’un puissant ne garantit jamais.
Cette demande de droits communs doit être distinguée de l’effacement de la culture réunionnaise. On peut souhaiter les mêmes prestations sociales qu’en métropole et continuer à parler créole. On peut vouloir une école exigeante sans accepter qu’elle méprise la langue des familles. Le mot « assimilation » a souvent servi à désigner ces projets pourtant différents. Cette confusion a compliqué le débat pendant des décennies. Elle a permis de présenter l’attachement à la culture locale comme un refus de la France, ou, à l’inverse, le choix du département comme un renoncement à être réunionnais.
Des progrès importants et une égalité longtemps retardée
La départementalisation ouvre une période de développement des écoles, des équipements et de la protection sociale. Mais les droits ne sont pas tous alignés aussitôt sur ceux de la métropole. Le retard dure longtemps. En mai 2000, un rapport du Sénat relève encore que le montant du revenu minimum d’insertion, le RMI, est inférieur de 20 % outre-mer à celui versé en métropole⁸. Plus de cinquante ans après la loi de 1946, deux personnes vivant dans des départements français peuvent donc recevoir des prestations différentes selon leur lieu de résidence.
Ce décalage aide à comprendre la déception et la colère. Le département devait apporter l’égalité ; la population constatait que celle-ci restait incomplète. Il ne suffit pas de répondre que la situation s’améliorait. Une amélioration peut être réelle et demeurer insuffisante au regard des droits promis. Les Réunionnais n’avaient pas à considérer chaque mesure sociale comme une faveur. Ils étaient des citoyens qui demandaient l’application de la loi. Leurs mobilisations ont contribué aux progrès de l’île, au même titre que le travail des enseignants, des soignants et de tous ceux qui ont fait fonctionner les services publics.
Il serait tout aussi faux de minimiser ces progrès. Pouvoir poursuivre ses études, être soigné à l’hôpital ou recevoir une retraite change une existence. Ces services donnent des possibilités qui n’existaient pas auparavant pour une grande partie de la population. La critique de la politique française doit donc tenir compte de ce qu’elle a permis autant que de ce qu’elle a laissé attendre. Sinon, on ne comprend plus pourquoi tant de Réunionnais ont pu rester attachés au département tout en dénonçant les injustices dont ils étaient victimes.
Le développement s’est aussi accompagné de pratiques autoritaires. L’ordonnance du 15 octobre 1960 permet de rappeler d’office des fonctionnaires servant outre-mer lorsque leur comportement est jugé susceptible de troubler l’ordre public. Ce pouvoir est utilisé pour éloigner des militants ; le texte ne sera abrogé qu’en 1972⁹. L’État pouvait ainsi se présenter comme le garant du progrès tout en limitant la liberté de ses opposants. Reconnaître les bénéfices de la départementalisation n’oblige pas à excuser ces méthodes. Les libertés politiques font partie des droits que la République doit garantir.
Paul Vergès choisit une autre stratégie
En mai 1959, la création du Parti communiste réunionnais marque un changement de direction. Sous l’impulsion de Paul Vergès, la fédération locale du Parti communiste français devient un parti distinct, le PCR, qui revendique l’autonomie¹⁰. En 1946, les communistes réunionnais avaient demandé les mêmes lois que la métropole. Ils réclament désormais davantage de pouvoir pour décider dans l’île. Les retards de la départementalisation donnent des arguments à cette nouvelle stratégie : si l’égalité promise n’arrive pas, faut-il continuer à attendre les décisions de Paris ?
Le contraste entre Raymond Vergès et son fils Paul est réel. Le père avait défendu la départementalisation comme un moyen de progrès social. Le fils estime qu’une organisation politique propre à La Réunion doit porter d’autres revendications. Il faut toutefois respecter les dates. Raymond Vergès meurt le 2 juillet 1957, près de deux ans avant la fondation du PCR. On peut parler d’une rupture avec son héritage politique. En revanche, présenter la création du parti comme une querelle entre les deux hommes, ou comme une volonté prouvée de « tuer le père », dépasserait ce que les faits permettent d’affirmer.
Léon de Lépervanche rappelle lui aussi que le communisme réunionnais a une histoire antérieure au PCR. Syndicaliste, député et maire du Port, il a été, avec Raymond Vergès, l’un des acteurs du combat pour le département¹¹. Cette génération avait placé de grands espoirs dans l’application des lois françaises. La génération suivante réagit à leurs limites et aux conflits des années 1950. Il faut regarder ce changement comme un choix politique, avec ses raisons et ses conséquences. L’expliquer seulement par les relations familiales ferait oublier les attentes sociales auxquelles les dirigeants cherchaient à répondre.
Paul Vergès a lui-même évolué. En janvier 2000, lors d’un entretien avec une mission du Sénat, il rejette une évolution vers l’autonomie et défend notamment la création de deux départements dans l’île¹². Ce choix est différent de celui de 1959. Pendant ces décennies, le PCR a participé à la vie des institutions, exercé des responsabilités et modifié ses propositions. On peut critiquer ses positions, mais il faut préciser de quelle période on parle. Le parti de la revendication autonomiste et celui qui cherche à réorganiser les départements appartiennent à la même histoire sans défendre exactement le même programme.
La guerre froide durcit les oppositions
Ces débats se déroulent pendant la guerre froide, lorsque les États-Unis et l’Union soviétique cherchent chacun à étendre leur influence. La décolonisation transforme alors une grande partie du monde. Dans ce contexte, les désaccords sur l’avenir de La Réunion prennent une importance qui dépasse l’île. Michel Debré défend fermement son maintien dans la France. Les communistes, de leur côté, nouent des relations avec les pays socialistes. Lucette Labache a étudié la formation de cadres réunionnais dans ces pays et son lien avec le projet autonomiste¹³. Le PCR s’inscrit donc aussi dans des réseaux internationaux.
Cette situation entretient les soupçons. Les adversaires du PCR craignent que l’autonomie ne prépare l’indépendance. Les autonomistes accusent leurs opposants de maintenir des rapports coloniaux. Pourtant, l’autonomie et l’indépendance ne signifient pas la même chose. La première donne davantage de compétences aux institutions locales ; la seconde crée un État séparé. Les liens avec les pays socialistes doivent également être étudiés sans raccourci. Ils montrent des échanges politiques et des formations. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer que chaque décision du PCR aurait été dictée depuis Moscou.
La musique et la langue entrent dans ces affrontements parce qu’elles touchent à la place accordée aux Réunionnais dans leur propre société. Une langue considérée comme inférieure peut faire honte à ceux qui la parlent. Une musique écartée des lieux de diffusion peut donner à ses interprètes le sentiment que leur vie ne mérite pas d’être entendue. Défendre le créole et le maloya répond donc à une expérience réelle du mépris. Le PCR comprend l’importance de ce combat et lui donne une place dans son action. C’est ainsi que la défense culturelle se rapproche de la mobilisation politique.
Le maloya et le Parti communiste réunionnais
Le maloya n’a pas attendu le PCR pour exister. Il se transmet dans les familles, accompagne des cérémonies et appartient notamment à l’histoire des descendants d’esclaves et d’engagés. Le chant, les percussions et les réponses du groupe ont des usages qui ne se limitent pas au spectacle. Certaines pratiques sont liées aux ancêtres, d’autres à la vie des travailleurs et aux rencontres familiales¹⁴. Cette diversité compte pour comprendre la suite. Lorsque le maloya devient une musique de scène et un symbole politique, il possède déjà une histoire que le parti n’a pas créée.
Le PCR contribue néanmoins à le faire connaître et à lui donner une nouvelle place. Le chercheur Guillaume Samson relève la publication de deux disques lors du congrès du parti en 1976. L’un s’intitule Peuple de La Réunion, Peuple du maloya¹⁵. Le titre associe directement cette musique à la représentation du peuple réunionnais. Pour les militants, promouvoir le maloya permet de défendre une culture longtemps dévalorisée et de rassembler autour d’elle. Les musiciens peuvent y trouver un public, des moyens d’enregistrement et un soutien. Certains partagent aussi les convictions du parti. Les présenter tous comme des artistes manipulés nierait leurs propres choix.
Ce rapprochement pose cependant une question. Jusqu’où un parti peut-il associer une musique à son programme ? Écouter du maloya ne signifie pas que l’on vote communiste. Le chanter n’oblige pas à défendre l’autonomie. Et préférer d’autres musiques ne rend personne moins réunionnais. La confusion commence quand un goût culturel devient une preuve de fidélité politique. Le soutien apporté par le PCR peut être reconnu sans lui attribuer le droit de parler au nom de tous les artistes ou de tous les habitants. Une chanson appartient aussi à ceux qui l’écoutent et lui donnent un sens différent de celui de ses premiers défenseurs.
Le séga appartient lui aussi à cette histoire
L’opposition entre séga et maloya a parfois prolongé les divisions politiques. Mais elle devient trompeuse si elle conduit à réserver l’authenticité réunionnaise à un seul genre. Monique Desroches et Guillaume Samson ont montré comment les producteurs, les organisateurs et les institutions choisissent les musiques présentées comme représentatives d’un pays. Ils étudient notamment les enregistrements de Georges Fourcade pour l’Exposition coloniale de 1931¹⁶. Bien avant les disques soutenus par le PCR, la présentation officielle de la musique réunionnaise reposait donc déjà sur une sélection.
Cela ne permet pas de réduire le séga à un instrument du pouvoir colonial. Les habitants peuvent aimer une chanson pour sa mélodie, pour une fête dont ils se souviennent ou pour les paroles qu’ils ont entendues dans leur famille. Ces usages ne dépendent pas entièrement du cadre dans lequel le disque a été produit. Il en va de même pour le maloya. Une chanson diffusée lors d’une manifestation politique peut toucher quelqu’un qui ne partage aucune des idées de ses organisateurs. La musique passe d’une génération à l’autre et d’un public à l’autre. Elle ne conserve pas toujours le sens qu’on avait voulu lui donner au départ.
La même liberté vaut pour les instruments et les influences étrangères. Une guitare électrique ne fait pas perdre à un musicien son lien avec La Réunion. Jouer du rock ne l’empêche pas de reprendre une chanson créole. La transmission des répertoires anciens est nécessaire, mais les artistes doivent aussi pouvoir transformer ce qu’ils reçoivent. Si l’on exige d’eux qu’ils reproduisent toujours les mêmes formes, on transforme la tradition en règlement. L’intérêt du travail d’Alain Péters et de ses compagnons tient justement à leur refus de se limiter à ce que l’on attendait d’une musique réunionnaise.
Alain Péters et ses compagnons cherchent leur propre musique
Au studio Royal de Saint-Joseph, les musiciens réunis autour de Caméléon essaient d’associer les rythmes locaux à d’autres sonorités. René Lacaille, Loy Ehrlich, Joël Gonthier, Bernard Brancard et Hervé Imare participent à ces recherches. Alain Péters travaille aussi sur des textes du poète Jean Albany. Le groupe Carrousel poursuit une partie de ces expériences¹⁷. Ces collaborations montrent comment la musique se construit réellement : des personnes se rencontrent, apportent ce qu’elles savent jouer, écoutent les autres et essaient ensemble. Le résultat ne suit pas nécessairement les frontières que les discours politiques établissent entre les cultures.
Le retour au créole prend alors un sens particulier. Ces musiciens connaissent des chansons venues d’ailleurs et s’en sont nourris. Lorsqu’ils se tournent vers les mots et les rythmes de leur île, ils y apportent cette expérience. Ils peuvent faire entendre autrement une langue familière, lui donner une place dans des formes musicales nouvelles. Leur parcours montre qu’une culture n’a pas besoin d’être isolée pour rester reconnaissable. Les échanges peuvent l’enrichir, à condition que les artistes gardent la liberté de choisir ce qu’ils en font.
La vie de Péters rappelle toutefois le prix humain que peut cacher l’image du musicien libre. L’alcool, l’errance et les ruptures ont marqué son parcours. Le raconter ne doit pas servir à faire de sa souffrance une condition de son talent. On peut admirer ses chansons tout en regrettant les difficultés qu’il a traversées. Le personnage du « poète maudit » devient commode lorsqu’il dispense de regarder la solitude d’un homme. Le respect de l’artiste passe aussi par cette attention à sa vie, loin de la légende que l’on construit après sa mort.
Dans Rest’ la maloya, la formule « Ça band’ là pas normal’ » peut se lire comme l’écho d’un jugement porté sur ceux qui vivent autrement¹⁸. Les mots sont simples et le rejet se comprend immédiatement. Des gens sont considérés comme anormaux parce qu’ils dérangent les habitudes. Cette lecture rejoint l’histoire des musiciens mal acceptés par leur entourage. Elle rappelle aussi que le mépris ne vient pas toujours d’une autorité lointaine. Il peut être exprimé par des proches, dans une conversation ordinaire, sans décret ni intervention de l’administration.
Bato fou, écrit par Axel Gauvin, mis en musique par Gilbert Pounia et interprété par Ziskakan, évoque une autre inquiétude¹⁹. « Mon péi bato fou » donne l’image d’un pays embarqué dans une course dont on ne maîtrise plus la direction. On peut y entendre une interrogation sur ceux qui gouvernent et sur l’avenir des habitants. Cette interprétation ne prétend pas résumer l’intention de l’auteur. Elle montre ce qu’une chanson permet : parler d’un pays à partir d’une image que chacun comprend, puis laisser l’auditeur réfléchir à ce qu’elle signifie pour lui.
Apprendre le français et garder le créole
Le débat sur la langue demande la même clarté. La maîtrise du français est nécessaire pour poursuivre beaucoup d’études, passer des concours et accéder à de nombreux emplois. L’école doit la donner à tous les enfants. Mais parler créole à la maison ne constitue pas une faute ni une incapacité. Un enfant doit pouvoir apprendre le français sans qu’on lui fasse honte de la langue de ses parents. Opposer les deux revient à lui demander de choisir entre ses possibilités d’avenir et son attachement à sa famille.
Les difficultés scolaires et sociales doivent être regardées directement. Une étude publiée par l’Insee en 2024 indique qu’en 2022, 17 % des adultes réunionnais de 18 à 64 ans rencontraient des difficultés à l’écrit en français, contre 10 % dans l’Hexagone²⁰. Elle souligne les liens avec le parcours scolaire et le milieu social. Ces chiffres ne démontrent pas que le créole serait responsable des difficultés. Ils montrent surtout qu’une partie importante de la population a besoin d’un meilleur accès aux apprentissages. Comprendre un courrier, remplir un dossier ou écrire à un employeur sont des capacités indispensables dans la vie courante.
Le parcours d’Axel Gauvin illustre la possibilité de maîtriser les deux langues. Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud et agrégé de sciences naturelles, il est aussi un écrivain engagé dans la défense du créole²¹. Sa formation et son engagement ne s’annulent pas. Ils montrent qu’il est possible de réussir dans l’école française tout en demandant une meilleure place pour la langue réunionnaise. L’objectif devrait être de rendre cette possibilité accessible au plus grand nombre. Une politique scolaire se juge aussi à ce qu’elle permet aux enfants dont les parents ont peu étudié.
La reconnaissance culturelle ne suffit pas à réduire les inégalités
En 2009, le maloya est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le dossier a été préparé à La Réunion, puis présenté à l’Unesco par l’État français²². Cette reconnaissance doit beaucoup au travail des artistes, des associations et des chercheurs. Elle montre également que les relations avec les institutions ont changé. Une musique autrefois dévalorisée peut désormais être défendue par les pouvoirs publics. Ce progrès n’efface pas les conflits passés, mais il oblige à tenir compte des évolutions au lieu de raconter toujours la même opposition entre La Réunion et la France.
Cette reconnaissance ne règle pourtant pas les difficultés de la population. La fierté de voir sa musique célébrée ne paie pas un loyer et ne donne pas un emploi. Les responsables politiques doivent répondre à ces besoins, y compris lorsqu’ils ont joué un rôle dans la défense de la culture. Il faut pouvoir leur demander ce qu’ils ont obtenu pour l’école, le logement ou l’accès au travail. L’origine réunionnaise d’un élu ne garantit pas la qualité de ses décisions, pas plus que l’origine extérieure d’un professionnel ne prouve son indifférence à l’île.
Les chiffres rappellent l’ampleur des besoins. Dans son portrait régional publié en février 2026, l’Insee indique que 36 % des Réunionnais vivaient sous le seuil métropolitain de pauvreté en 2021. Pour 2024, le taux de chômage moyen annuel atteignait 17,3 %, contre 7,4 % en France hors Mayotte²³. Ces données portent sur des années différentes, mais elles montrent toutes deux que les difficultés restent considérables. Les progrès accomplis depuis 1946 n’ont donc pas suffi à donner aux habitants des conditions de vie comparables à celles de l’ensemble du pays.
Les prix aggravent la situation. Selon l’Insee, ils étaient en moyenne supérieurs de 9 % à ceux de la métropole en 2022. Pour l’alimentation, l’écart atteignait 37 %²⁴. À revenu égal, une famille réunionnaise ne peut donc pas acheter autant de produits alimentaires qu’une famille métropolitaine. Il faut examiner les coûts du transport, l’approvisionnement et le fonctionnement du commerce pour comprendre ces écarts et agir sur eux. L’éloignement explique certaines contraintes ; il ne dispense pas les pouvoirs publics d’étudier les moyens d’en réduire les conséquences.
Tenir enfin la promesse de 1946
Dire que La Réunion n’a pas trop de France, mais pas assez de France, prend ici un sens précis. Il s’agit de demander que les droits attachés à la citoyenneté française se traduisent davantage dans la vie quotidienne. La présence de l’État ne se mesure pas seulement à ses administrations. Elle se juge aussi à la possibilité de se soigner, de se former et de trouver sa place dans la société. C’est cette égalité concrète que réclamaient les promoteurs de la départementalisation. Elle reste un objectif, malgré tout ce qui a été accompli.
Pour s’en rapprocher, il faut regarder les résultats des politiques publiques et les obstacles rencontrés par les habitants. Un service existe-t-il seulement sur le papier, ou peut-on réellement y accéder ? Une formation conduit-elle à un emploi ? Un jeune parti étudier ailleurs peut-il revenir travailler dans l’île ? Ces questions concernent l’État, les collectivités et les acteurs économiques locaux. Elles demandent des réponses adaptées à La Réunion, préparées avec ceux qui y vivent. Appliquer le principe d’égalité peut nécessiter des moyens supplémentaires lorsque la distance et le coût de la vie créent des difficultés particulières.
De La Réunion à Sète
Il y a peu, je suis allé à Sète déposer quelques fleurs sur les tombes de Paul Valéry et de Georges Brassens. Deux poètes, deux cimetières, deux atmosphères. Au cimetière marin, où repose Valéry, je ressens quelque chose de plus bourgeois, de plus solennel. Celui de Brassens, que je connais sous le nom de cimetière de la Corniche, me paraît plus populaire, plus sauvage²⁵. Ce contraste me touche. J’aime aller de l’un à l’autre, retrouver deux voix très différentes dans cette même ville au bord de la mer. Brassens y tient pour moi une place particulière : celle d’un dieu familier, peut-être païen, dont les chansons nous apprennent à nous méfier des jugements trop rapides et de ceux qui prétendent décider comment les autres doivent vivre.
Savoir que René Lacaille s’est installé à Sète avec son épouse, en 2022, me touche²⁶. D'ailleurs j'étais présent le 26 septembre 2024 au Théatre Molière pour assister à ses 70 ans de scène au coté de ses enfants et du groupe Zebda et de toute une bande d'amis.
Je ne connais pas les raisons intimes de ce choix et je ne veux pas parler à sa place. Mais j’aime penser qu’un musicien réunionnais puisse trouver, dans la ville de Brassens, un lieu où vivre à son rythme. J’y vois une proximité entre des hommes qui ont consacré leur vie à une parole libre. Danyèl Waro a lui-même repris La Mauvaise Réputation dans l’album Brassens, échos du monde²⁷. Entre eux, la distance géographique compte moins que ce goût des mots et cette attention à ceux que l’on juge parce qu’ils ne vivent pas comme tout le monde.
On peut aimer profondément son île et avoir besoin de s’en éloigner. Partir permet parfois de respirer, de se dégager des attentes de sa famille ou d’un milieu dans lequel chacun croit savoir qui vous êtes. Je ne réduirais pas les départs des Réunionnais à cette seule raison, et je ne parlerais pas d’une mentalité commune à tous. Mais je crois que certains silences, certaines divisions et certaines habitudes sociales peuvent devenir étouffants. Tout expliquer par Michel Debré ou par les décisions de Paris laisse alors de côté une difficulté plus proche : celle de vivre ensemble avec un passé commun que nos ancêtres n’ont pas vécu de la même manière.
Les uns possédaient des terres et des esclaves ; les autres étaient privés de leur liberté. Après l’abolition, les propriétaires ont reçu des indemnités, tandis que les personnes libérées devaient souvent affronter la pauvreté sans moyens comparables. Cette inégalité n’a pas disparu en 1946. Il a fallu des décennies pour développer les services publics et étendre les droits sociaux, et le travail reste inachevé. Rappeler cette histoire ne revient pas à demander aux descendants de porter la culpabilité de leurs ancêtres. Cela oblige à comprendre pourquoi les souvenirs d’une même île peuvent être si différents, et pourquoi il est parfois difficile de se parler sans se blesser.
J’ai souvent dit que, lorsque j’arrive à La Réunion, je retire mes chaussures parce que je sais que du sang a coulé sur cette terre. Pour moi, elle est un sanctuaire. Ce geste exprime le respect que je porte à ceux qui y ont souffert et à ceux qui ont continué d’y vivre. Sa beauté n’efface rien de cette histoire. Elle me touche d’autant plus que je la sais douloureuse. Le volcan occupe une place particulière dans ce sentiment. Quand sa lave descend vers la mer, j’y vois l’image d’une force qui échappe à la volonté des hommes. C’est une image personnelle de la liberté, au cœur d’une île où tant d’êtres humains en ont été privés.
Baudelaire a lui aussi connu cette île, lors de son voyage de 1841²⁸. Je ne sais pas ce qu’un autre homme peut ressentir devant un paysage, mais je comprends qu’une telle rencontre nourrisse une œuvre. À La Réunion, la beauté et la violence de l’histoire sont si proches qu’elles empêchent, pour moi, de regarder le pays comme un simple décor. Lire ses archives, écouter ses habitants et parcourir ses lieux change la manière dont on le voit. On comprend mieux pourquoi le mot liberté peut y prendre une force particulière.
C’est aussi pour cela que je tiens à ses poètes. Je ne veux pas leur prêter à tous la même opinion sur la France. Leurs engagements sont différents, parfois leurs désaccords profonds. Mais défendre leur liberté me paraît fidèle à la France à laquelle je crois : celle qui accepte la critique, cherche l’égalité et prend la fraternité au sérieux. En 2026, je me demande souvent ce qu’il reste de cette exigence dans notre vie publique. Les mots de la devise ne suffisent pas. Ils nous obligent, notamment lorsque ceux qui prennent la parole nous dérangent.
Il faut pourtant reconnaître une limite. Aussi nécessaires soient-ils, les poètes ne peuvent pas, par leur seul talent, conduire l’économie, assurer la sécurité ou organiser la défense d’un pays. Gouverner exige des connaissances, des moyens et des décisions dont il faut répondre. Il faut choisir entre des besoins concurrents, tenir un budget et protéger une population, parfois dans l’urgence. Un poète peut bien sûr posséder ces compétences, comme n’importe quel citoyen ; sa qualité de poète ne les lui donne pas à elle seule. C’est ce qui rend les choses difficiles : une protestation peut être juste sans fournir, à elle seule, une solution applicable.
Les responsables politiques doivent donc pouvoir décider. Mais leur responsabilité ne les autorise pas à faire taire ceux qui contestent leurs décisions. Nous avons besoin de personnes capables de gouverner et de voix assez libres pour leur rappeler ce qu’ils oublient. Le jour où un artiste ne peut plus chanter, dénoncer une injustice ou défendre une cause sans être réduit au silence, chacun perd une part de sa liberté. La place laissée aux poètes est, pour moi, un indicateur de civilisation. Lorsqu’on ne supporte plus de les entendre, qu’on leur interdit de défendre leurs causes ou de déranger l’ordre établi, on se rapproche de la barbarie. Depuis les récits d’Homère, la poésie nous aide à transmettre ce qu’une société a vécu et à réfléchir à ce qu’elle fait des hommes. Nous aurions tort de la traiter comme un luxe dont on pourrait se passer lorsque les temps deviennent difficiles.
Et puis il suffit de regarder René Lacaille jouer. Il a commencé enfant, dans les bals, auprès de son père et de ses frères²⁹. Derrière l’aisance que nous voyons, il y a des décennies de pratique, d’écoute et de rencontres. Lorsqu’il porte son accordéon, j’ai parfois l’impression qu’on ne peut plus séparer l’homme de l’instrument. Ses mains trouvent leur chemin, le rythme passe dans son corps, et quelque chose se détend chez ceux qui l’écoutent. Cette impression de naturel est le résultat d’une vie de travail. Elle suppose une connaissance du rythme et une exigence qui ne s’improvisent pas. Ce qui me fascine, c’est qu’une telle maîtrise puisse nous parvenir avec autant de simplicité. L’harmonie de son jeu finit par créer de l’harmonie entre ceux qui sont là.
C’est à cet homme, et à ceux qui nous offrent de tels moments, que je veux rendre hommage. Ils ne résoudront pas à notre place toutes les difficultés du pays. Mais ils nous donnent une raison très concrète de tenir à la liberté : sans elle, nous risquerions de perdre ce qu’ils ont encore à nous dire. Je souhaite qu’ils puissent continuer à jouer, à chercher et à nous contredire. Et que nous sachions encore les écouter.
Notes et sources
¹ Le « zamalien » est un consommateur de zamal. Le mot est employé ici pour évoquer un milieu artistique, sans désigner un mouvement organisé. Wiktionnaire, « zamalien ».
² Squaaly, « Hommage à Alain Peters », RFI Musique, 2 mai 2003. Témoignages de René Lacaille et Danyèl Waro ; ils éclairent un milieu musical particulier, sans représenter toute la jeunesse. Article.
³ La famille Desbassayns dans l’économie sucrière à Bourbon, Portail Esclavage du musée de Villèle ; Jean Benoist, La Plantation, axe de l’histoire sociale de La Réunion. Les grands propriétaires ne doivent pas être confondus avec les « colons » du colonage, cultivateurs qui travaillent sur la terre d’un propriétaire en lui versant une part de la récolte.
⁴ Claude Wanquet, Portrait d’Henri-Paulin Panon Desbassayns, Portail Esclavage du musée de Villèle. Les sources établissent l’ancienneté de cette famille, sans permettre d’affirmer que la majorité des propriétaires descendait du premier peuplement. L’expression « Réunionnais de souche » ne désigne pas un groupe historique précis : les descendants de personnes réduites en esclavage peuvent, eux aussi, avoir des ancêtres présents dès les débuts du peuplement.
⁵ L’indemnisation des anciens propriétaires est organisée après l’abolition par la loi du 30 avril 1849. Le projet REPAIRS du CIRESC étudie ces compensations et leurs bénéficiaires. L’engagisme désigne un recrutement sous contrat, juridiquement distinct de l’esclavage. Présentation du projet.
⁶ Fondation pour la mémoire de l’esclavage, « 1946 : loi pour la départementalisation ». La loi est promulguée le 19 mars, après les débats de l’Assemblée constituante. Dossier.
⁷ Raymond Vergès (1882-1957), médecin, maire et député communiste, est l’un des principaux promoteurs réunionnais de la départementalisation. Assemblée nationale, notice biographique.
⁸ Sénat, rapport d’information n° 366, 30 mai 2000, section consacrée aux difficultés sociales. Le RMI, créé en 1988, a précédé le RSA. L’écart cité décrit la situation historique du rapport. Texte intégral.
⁹ Ordonnance n° 60-1101 du 15 octobre 1960 ; abrogation par la loi du 17 novembre 1972. Texte de l’ordonnance ; chronologie et références.
¹⁰ Le PCR est fondé les 17 et 18 mai 1959. L’autonomie désigne une augmentation des pouvoirs locaux ; elle se distingue de l’indépendance, qui suppose la souveraineté d’un État séparé. Repères et bibliographie du PCR.
¹¹ Léon de Lépervanche (1907-1961), syndicaliste, député et maire du Port, est avec Raymond Vergès une figure du combat départementaliste. Notice et références biographiques.
¹² Sénat, rapport n° 366, annexe « Compte rendu de l’entretien avec M. Paul Vergès ». Le texte rapporte explicitement son rejet d’une évolution vers l’autonomie en janvier 2000. Compte rendu.
¹³ Lucette Labache, « En attendant l’indépendance ? Projet autonomiste à La Réunion et formation de cadres dans les pays socialistes », Cahiers d’études africaines, n° 226, 2017, p. 355-378. Notice de l’étude.
¹⁴ Guillaume Samson, « Maloya Music as World Cultural Heritage », Translingual Discourse in Ethnomusicology, 1, 2015, p. 27-43, notamment p. 30-31 ; traduction d’un article de 2011. Texte intégral.
¹⁵ Guillaume Samson, étude citée en note 14, p. 31-36. Le disque de 1976 est publié par EDIROI. Le rapprochement entre le maloya et le peuple réunionnais fait partie de la présentation politique de cette musique.
¹⁶ Monique Desroches et Guillaume Samson, « La quête d’authenticité dans les musiques réunionnaises », texte disponible dans Les Classiques des sciences sociales, sections consacrées au séga et au disque folklorique. Étude.
¹⁷ RFI Musique, article cité en note 2 ; discographie d’Alain Péters pour ses collaborations avec Jean Albany et les enregistrements de Caméléon. Repères discographiques.
¹⁸ Alain Péters, Rest’ la maloya. Les transcriptions du créole peuvent varier. Le commentaire proposé dans cet article est une interprétation de la chanson. Édition discographique.
¹⁹ Ziskakan, Pei bato fou, album initialement paru en 1983. Texte de Bato fou : Axel Gauvin ; musique : Gilbert Pounia. Notice de réédition ; enregistrement diffusé par le distributeur.
²⁰ Bruno Garoche et Jamel Mekkaoui, « À La Réunion, un adulte sur six en difficulté à l’écrit en français », Insee Analyses Réunion, n° 92, 6 novembre 2024. Données de l’enquête 2022-2023 ; difficulté à l’écrit et illettrisme ne sont pas des catégories identiques. Étude.
²¹ Axel Gauvin, né en 1944, écrivain en français et en créole, ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud et agrégé de sciences naturelles. Notice biographique et bibliographie.
²² Guillaume Samson, étude citée en note 14, p. 29-30. Le dossier a été préparé par les équipes de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) et du Pôle régional des musiques actuelles (PRMA), puis présenté par l’État français.
²³ Insee, « L’essentiel sur… La Réunion », 6 février 2026. Pauvreté : données 2021, seuil métropolitain ; chômage : moyenne annuelle 2024, comparaison avec la France hors Mayotte. Portrait régional.
²⁴ Cindy Duc, Emmanuel L’Hour et Jamel Mekkaoui, « Des prix plus élevés de 9 % à La Réunion, jusqu’à 37 % pour l’alimentaire », Insee Analyses Réunion, n° 83, 11 juillet 2023. Comparaison spatiale en 2022, et non taux d’inflation annuel. Étude.
²⁵ Paul Valéry repose au cimetière marin de Sète et Georges Brassens au cimetière Le Py. Office de tourisme, cimetière Le Py ; repères sur le cimetière marin. « Cimetière de la Corniche » est l’appellation employée par l’auteur dans son récit ; le nom officiel est Le Py. Le souvenir du pèlerinage et les impressions sur les deux lieux sont personnels.
²⁶ Patrick Labesse, « René Lacaille, ambassadeur généreux de la musique réunionnaise », Le Monde, 22 octobre 2024. L’article situe son installation à Sète avec son épouse en mai 2022, après un séjour à Marmande. L’idée d’un refuge relève ici du regard de l’auteur, et non d’une déclaration du musicien.
²⁷ Danyèl Waro interprète La Mauvaise Réputation sur la compilation Brassens, échos du monde, parue en 2011. Il s’agit d’une reprise attestée, sans que cela implique une identité de positions politiques entre les artistes.
²⁸ Charles Baudelaire séjourne aux Mascareignes en 1841, à Maurice puis à Bourbon, aujourd’hui La Réunion. Ce voyage appartient à sa biographie ; l’idée qu’il serait devenu « fou de La Réunion » ne constitue pas un fait établi. Repères biographiques.
²⁹ Patrick Labesse, chronique de Ti galé dans la sélection d’albums du 11 avril 2025, Le Monde. Le journaliste situe les débuts de René Lacaille dans les bals à sept ans, avec son père et ses frères ; son portrait de 2024 évoquait huit ans. Le texte retient donc simplement « enfant ».
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