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Récit établi d'après le témoignage oral de ma mère, née le 23 avril 1942 à Laroquebrou (Cantal).

Ce qui suit repose sur un entretien recueilli auprès d'elle plus de quatre-vingts ans après les faits. La mémoire d'une enfant et le récit que les adultes lui en ont fait s'y mêlent, et il serait vain de prétendre toujours les démêler. J'ai vérifié ce qui pouvait l'être — dates, lieux, institutions — et signalé, le cas échéant, ce qui demeure incertain. Le reste est ce qu'elle a gardé.

Les parents

Mon grand-père, Pedro Gómez Cantador, était andalou, de Villanueva de Córdoba, dans la Sierra Morena. Républicain, il avait fait la guerre d'Espagne et l'avait perdue. Ma grand-mère, aragonaise née en 1922, avait connu avec sa propre mère l'un des camps ouverts sur le littoral du Roussillon. Au début de 1939, la chute de la Catalogne avait jeté vers la France quelque 465 000 Espagnols en quelques semaines ; Argelès-sur-Mer en reçut à lui seul près de 87 000, sur le sable, sous la garde de la gendarmerie. C'est la Retirada.

Les hommes valides furent versés dans les Groupes de travailleurs étrangers et affectés aux grands chantiers. Pedro Gómez Cantador se retrouva ainsi à Laroquebrou, sur le barrage de Saint-Étienne-Cantalès. Mes grands-parents s'y connurent. Rien, dans leurs origines, ne les destinait à se rencontrer : ce sont la défaite et l'exil qui les ont réunis. Une famille a commencé là.

Une naissance sous Vichy

Ma mère naquit le 23 avril 1942, en France occupée. Il faut être ici exact, car la formule commode de « Française de naissance » ne résiste pas à l'examen. Née sur le sol français de deux parents espagnols eux-mêmes nés à l'étranger, elle était, en droit, espagnole à la naissance : le droit du sol ne lui ouvrait qu'une vocation à devenir française à sa majorité, sous condition de résidence. Et ce principe républicain était, l'année même de sa naissance, suspendu dans son esprit : le régime de Vichy révisait les naturalisations accordées depuis 1927 — plus de quinze mille personnes en seront déchues, dont une forte proportion de Juifs — et réservait certaines professions aux seuls « nés de père français ». L'enfant de républicains espagnols vint donc au monde dans une France qui reniait alors le principe même qui aurait dû la reconnaître. Elle ne deviendra française que plus tard, et par d'autres voies.

De son père d'avant, elle garde peu : un homme qui allait chercher le lait, rangeait des piles de bois. Et un souvenir qui, lui, ne s'invente pas — des Allemands qui passaient à moto.

La guerre, puis la prison

Après l'appel de juin 1940, beaucoup d'Espagnols entrèrent dans la Résistance française ; ils avaient déjà leur guerre derrière eux. Pedro Gómez Cantador en fut. En octobre 1944, il prit part à l'opération du Val d'Aran, tentative des guérilleros républicains de rouvrir le front par les Pyrénées et de renverser Franco. L'entreprise échoua. Il fut fait prisonnier, condamné à douze ans, et incarcéré en Espagne, à Pampelune — très probablement au Fort San Cristóbal, l'une des prisons les plus dures du régime franquiste. Une remise de peine ramena la détention à six années.

Ma mère avait deux ans.

L'accueil français

Parce que son mari avait été résistant, ma grand-mère et ses filles furent prises en charge. On les envoya dans une maison d'enfants des Cévennes, du côté du Vigan — un aérium, de ceux où l'on plaçait les petits pour « se refaire une santé » au grand air. L'établissement était tenu par des laïcs ; il s'y trouvait une religieuse, mais infirmière. L'organisme responsable était le COSOR, le Comité des œuvres sociales de la Résistance, né dans la clandestinité en 1944 sous l'autorité du père Pierre Chaillet : service social de la Résistance, chargé de secourir les familles de fusillés, de déportés et de résistants emprisonnés, sans distinction d'origine ni de confession. Il gérait à cette fin des maisons d'enfants et des aériums, dont l'un, précisément, dans les Cévennes, à Arrigas, près du Vigan. La famille fut sans doute traitée comme pupille de la nation. « On a été même drôlement bien », dit ma mère — et il faut prendre la phrase au sérieux : une France exsangue a fait place à la famille d'un étranger qui s'était battu pour elle.

Le 1ᵉʳ juillet 1945, de Gaulle vint inaugurer le barrage de Saint-Étienne-Cantalès et saluer ceux qui l'avaient construit et défendu. On lui prête cette formule : « si l'on parle souvent de la résistance du barrage, on peut parler aujourd'hui du barrage de la Résistance. » Le grand-père, lui, ne pouvait y être : il était dans sa prison de Navarre.

Autour d'elles vivait une petite société d'exilés espagnols. Sur le chantier, Pedro Gómez Cantador s'était lié à un autre républicain, le militaire catalan Pedro Raurich — par ailleurs grand-père maternel d'Éric et Joël Cantona ; les deux hommes partirent ensemble au Val d'Aran. Il y avait aussi Fernando Martinez, officier de l'armée républicaine, parti lui aussi dans cette opération : condamné à trente ans, il mourut en prison sans en sortir.

Le retour en Espagne

Après plusieurs années à l'aérium, le grand-père annonça sa prochaine libération. Ma grand-mère quitta Le Vigan pour chercher du travail et un logement — d'où un bref passage à Pont-Saint-Esprit, moins d'un an, mais où ma mère retrouva l'école. La libération, toutefois, ne fut pas celle qu'on espérait : on relâcha Pedro Gómez Cantador dans son village, avec interdiction de s'en éloigner de plus de soixante kilomètres durant trois ans. Ma grand-mère, qui comptait le faire revenir en France, dut faire l'inverse et repartir le rejoindre.

En 1951, vers le 10 mars et sous une forte pluie, elles arrivèrent à Villanueva de Córdoba. Le village les attendait à la gare ; les valises passèrent de tête en tête. Ma mère avait neuf ans ; elle comprenait l'espagnol pour l'avoir entendu chaque jour, mais ne le parlait pas. Son père, encore retenu, ne put venir tout de suite. On lui avait dit qu'elle le reconnaîtrait à une cicatrice — un éclat reçu à la bataille de l'Èbre, qui lui avait laissé au visage une légère déformation.

L'enfant pauvre dans la « France » espagnole

En Andalousie, sa condition changea. L'école se réduisit à l'enseignement des sœurs, organisé en deux ordres : la classe payante pour les filles aisées, la classe gratuite pour les pauvres, où l'on apprenait à lire et à broder. La pauvreté était celle de la campagne — du pain, des œufs, des pois chiches : on n'y mourait pas de faim, mais on n'y mangeait pas à sa guise.

Trois ans plus tard, le grand-père libéré de sa contrainte, la famille gagna Cordoue, où il y avait du travail. Pour ma mère, ce fut la fin de l'école : on la plaça comme bonne, à douze ans, pour accompagner une fillette. Elle ne cessa plus de travailler.

Un détail mérite d'être noté, car il dit l'écart entre l'état civil et la condition réelle. L'école où elle conduisait cette enfant qui rechignait à s'y rendre s'appelait las Francesas, « les Françaises » ; quelques élèves y parlaient français. Ma mère parlait français, et elle était née en France : elle était la domestique, privée d'école, qui menait à l'école une petite bourgeoise espagnole. Naître sur un sol ne suffit pas à en recevoir les droits.

Plus tard, ses parents un peu moins gênés, on la plaça mieux : une année dans un salon de coiffure.

Le second exil, à rebours

Ma grand-mère ne se résignait pas à l'Espagne. Le retour se prépara lentement. On s'entendit avec la branche restée en France — installée dans un village de l'Ain, près du barrage de Génissiat — pour faire venir d'abord deux des filles, Manola et ma mère.

C'était en 1957. Ma mère avait quinze ans. On obtint un visa de trois mois, présenté comme un séjour de vacances. En août, les deux sœurs prirent seules le train à Cordoue, dormirent une nuit à Barcelone, repassèrent la frontière et gagnèrent l'Ain, où la grand-mère et la tante les attendaient.

Le visa expiré, ma mère chercha du travail sans pouvoir légalement en prendre : il lui fallait d'abord une carte de séjour, qu'elle demanda et attendit. Elle était alors, au sens propre, une immigrée : une jeune fille munie d'un visa de tourisme, espérant que la France la garde — dans la situation où se trouvent aujourd'hui beaucoup d'autres. On peut y voir un paradoxe sans le forcer : son père avait combattu pour la libération de ce pays.

En attendant ses papiers, elle fut bonne chez les Ducray. Une fois en règle, elle entra chez Lejaby. C'est dans le train qu'elle rencontra mon père. « C'est comme ça que je suis venu au monde. »

La fin de l'exil

Restait à faire entrer le grand-père. Quand mes grands-parents obtinrent un visa d'un mois pour voir leurs filles dans l'Ain — ils arrivèrent avec un nourrisson de trois mois, mon oncle Angèle né en Espagne, et avec Isabelle —, Pedro Gómez Cantador se présenta à la gendarmerie, demanda l'asile politique et produisit sa carte de résistant. Il fut reconnu réfugié politique. Jean-Pierre, le dernier, naîtrait en France.

Ce que cette histoire enseigne

On pourrait la lire comme une histoire de famille. Ce serait en réduire la portée. Elle dit assez précisément ce que furent, pour des milliers d'autres, ces années : la distance entre le droit et le fait, entre la nation des textes et la nation vécue. Ma mère naquit en France au moment où la France, sous Vichy, défaisait le droit du sol ; elle ne devint française ni par sa naissance ni par un principe, mais au terme d'une guerre perdue par son père, d'un exil, d'un retour, et de démarches administratives ordinaires. La République qui finit par l'accueillir n'est pas une abstraction généreuse : c'est celle des institutions de la Résistance et de l'après-guerre, qui reconnurent dans un Espagnol vaincu l'un des leurs.

Ses quatre enfants ont tous fait des études dans cette République. C'est une réponse, parmi d'autres, à la question de savoir ce qu'un pays doit à ceux qu'il a d'abord tenus pour des étrangers mais qui ensuite se sont intégrés pour devenir français. Je suis le seul qui travaille sur le territoire hexagonal. Mon frère cadet est devenu américain et travaille à New York comme docteur en psychologie, mon frère ainé travaille en Suisse à la direction d'une entreprise dans la construction, ma petite soeur, la dernière, est normalienne, elle s'occupe du département de Français à l'Université de Cayenne.

Ce qu'il reste des archives de l'engagement de mon grand-père.

En castillano:

Francesa por accidente de la historia

Relato establecido a partir del testimonio oral de mi madre, nacida el 23 de abril de 1942 en Laroquebrou, Cantal.

Lo que sigue se basa en una entrevista recogida de ella más de ochenta años después de los hechos. En ella se mezclan la memoria de una niña y el relato que los adultos le hicieron, y sería vano pretender distinguirlos siempre. He comprobado lo que podía comprobarse —fechas, lugares, instituciones— y he señalado, cuando corresponde, aquello que sigue siendo incierto. El resto es lo que ella conservó.

Los padres

Mi abuelo, Pedro Gómez Cantador, era andaluz, de Villanueva de Córdoba, en Sierra Morena. Republicano, había hecho la guerra de España y la había perdido. Mi abuela, aragonesa nacida en 1922, había conocido con su propia madre uno de los campos abiertos en el litoral del Rosellón. A comienzos de 1939, la caída de Cataluña arrojó hacia Francia a unos 465.000 españoles en pocas semanas; Argelès-sur-Mer recibió por sí sola a cerca de 87.000, sobre la arena, bajo la vigilancia de la gendarmería. Eso fue la Retirada.

Los hombres aptos fueron incorporados a los Grupos de Trabajadores Extranjeros y destinados a grandes obras. Pedro Gómez Cantador acabó así en Laroquebrou, en la presa de Saint-Étienne-Cantalès. Mis abuelos se conocieron allí. Nada, en sus orígenes, los destinaba a encontrarse: fueron la derrota y el exilio los que los reunieron. Allí empezó una familia.

Un nacimiento bajo Vichy

Mi madre nació el 23 de abril de 1942, en la Francia ocupada. Conviene ser exactos aquí, porque la fórmula cómoda de “francesa de nacimiento” no resiste el examen. Nacida en suelo francés de dos padres españoles, ambos nacidos en el extranjero, era, en derecho, española al nacer: el derecho de suelo solo le abría una posibilidad de convertirse en francesa al alcanzar la mayoría de edad, bajo condición de residencia. Y ese principio republicano estaba, el mismo año de su nacimiento, suspendido en su espíritu: el régimen de Vichy revisaba las naturalizaciones concedidas desde 1927 —más de quince mil personas serían despojadas de ellas, entre ellas una fuerte proporción de judíos— y reservaba ciertas profesiones únicamente a los “nacidos de padre francés”. La hija de republicanos españoles vino por tanto al mundo en una Francia que renegaba entonces del mismo principio que habría debido reconocerla. Solo se convertiría en francesa más tarde, y por otras vías.

De su padre de antes conserva poco: un hombre que iba a buscar la leche, que ordenaba pilas de leña. Y un recuerdo que, ese sí, no se inventa: alemanes que pasaban en moto.

La guerra, luego la cárcel

Tras el llamamiento de junio de 1940, muchos españoles entraron en la Resistencia francesa; ya llevaban su propia guerra a la espalda. Pedro Gómez Cantador fue uno de ellos. En octubre de 1944, participó en la operación del Valle de Arán, intento de los guerrilleros republicanos de reabrir el frente por los Pirineos y derrocar a Franco. La empresa fracasó. Fue hecho prisionero, condenado a doce años e ingresado en prisión en España, en Pamplona —muy probablemente en el Fuerte de San Cristóbal, una de las cárceles más duras del régimen franquista. Una reducción de pena rebajó la detención a seis años.

Mi madre tenía dos años.

La acogida francesa

Como su marido había sido resistente, mi abuela y sus hijas fueron atendidas. Las enviaron a una casa de niños en las Cévennes, por la zona de Le Vigan: un aerium, de aquellos en los que se colocaba a los pequeños para que “recuperaran la salud” al aire libre. El establecimiento estaba dirigido por laicos; había allí una religiosa, pero como enfermera. El organismo responsable era el COSOR, el Comité de Obras Sociales de la Resistencia, nacido en la clandestinidad en 1944 bajo la autoridad del padre Pierre Chaillet: servicio social de la Resistencia, encargado de socorrer a las familias de fusilados, deportados y resistentes encarcelados, sin distinción de origen ni de confesión. Gestionaba para ello casas de niños y aeriums, uno de ellos, precisamente, en las Cévennes, en Arrigas, cerca de Le Vigan. La familia fue sin duda tratada como pupila de la nación. “Estuvimos incluso francamente bien”, dice mi madre —y hay que tomar en serio la frase: una Francia exangüe hizo sitio a la familia de un extranjero que se había batido por ella.

El 1 de julio de 1945, De Gaulle vino a inaugurar la presa de Saint-Étienne-Cantalès y a saludar a quienes la habían construido y defendido. Se le atribuye esta fórmula: “si se habla a menudo de la resistencia de la presa, hoy puede hablarse de la presa de la Resistencia”. El abuelo, él, no podía estar allí: estaba en su cárcel de Navarra.

Alrededor de ellas vivía una pequeña sociedad de exiliados españoles. En la obra, Pedro Gómez Cantador había trabado amistad con otro republicano, el militar catalán Pedro Raurich —por otra parte abuelo materno de Éric y Joël Cantona—; los dos hombres partieron juntos al Valle de Arán. También estaba Fernando Martínez, oficial del ejército republicano, que participó asimismo en aquella operación: condenado a treinta años, murió en prisión sin salir de ella.

El regreso a España

Después de varios años en el aerium, el abuelo anunció su próxima liberación. Mi abuela dejó Le Vigan para buscar trabajo y vivienda —de ahí un breve paso por Pont-Saint-Esprit, de menos de un año, pero donde mi madre volvió a la escuela. La liberación, sin embargo, no fue la que se esperaba: soltaron a Pedro Gómez Cantador en su pueblo, con prohibición de alejarse más de sesenta kilómetros durante tres años. Mi abuela, que contaba con hacerlo volver a Francia, tuvo que hacer lo contrario y regresar para reunirse con él.

En 1951, hacia el 10 de marzo y bajo una lluvia intensa, llegaron a Villanueva de Córdoba. El pueblo las esperaba en la estación; las maletas pasaron de cabeza en cabeza. Mi madre tenía nueve años; entendía el español porque lo había oído cada día, pero no lo hablaba. Su padre, todavía retenido, no pudo acudir enseguida. Le habían dicho que lo reconocería por una cicatriz: un fragmento recibido en la batalla del Ebro le había dejado en el rostro una ligera deformación.

La niña pobre en la “Francia” española

En Andalucía, su condición cambió. La escuela se redujo a la enseñanza de las monjas, organizada en dos órdenes: la clase de pago para las niñas acomodadas, la clase gratuita para las pobres, donde se aprendía a leer y a bordar. La pobreza era la del campo —pan, huevos, garbanzos—: no se moría uno de hambre, pero tampoco se comía a gusto.

Tres años más tarde, liberado el abuelo de su restricción, la familia se trasladó a Córdoba, donde había trabajo. Para mi madre, aquello fue el final de la escuela: la colocaron como criada, a los doce años, para acompañar a una niña. Ya no dejó de trabajar.

Un detalle merece señalarse, porque dice mucho de la distancia entre el estado civil y la condición real. La escuela a la que llevaba a aquella niña que se resistía a ir se llamaba Las Francesas; algunas alumnas hablaban francés. Mi madre hablaba francés, y había nacido en Francia: era la doméstica, privada de escuela, que llevaba a la escuela a una pequeña burguesa española. Nacer en un suelo no basta para recibir sus derechos.

Más tarde, cuando sus padres estuvieron algo menos apurados, la colocaron mejor: un año en una peluquería.

El segundo exilio, a la inversa

Mi abuela no se resignaba a España. El regreso se preparó lentamente. Se llegó a un acuerdo con la rama que se había quedado en Francia —instalada en un pueblo del Ain, cerca de la presa de Génissiat— para hacer venir primero a dos de las hijas, Manola y mi madre.

Era en 1957. Mi madre tenía quince años. Obtuvieron un visado de tres meses, presentado como una estancia de vacaciones. En agosto, las dos hermanas tomaron solas el tren en Córdoba, durmieron una noche en Barcelona, volvieron a cruzar la frontera y llegaron al Ain, donde la abuela y la tía las esperaban.

Caducado el visado, mi madre buscó trabajo sin poder tomarlo legalmente: primero necesitaba una tarjeta de residencia, que solicitó y esperó. Era entonces, en sentido estricto, una inmigrante: una joven con un visado de turista, esperando que Francia la conservara —en la situación en que se encuentran hoy muchas otras personas. Puede verse ahí una paradoja sin forzarla: su padre había combatido por la liberación de ese país.

Mientras esperaba sus papeles, fue criada en casa de los Ducray. Una vez regularizada, entró en Lejaby. Fue en el tren donde conoció a mi padre. “Así es como vine al mundo.”

El fin del exilio

Quedaba hacer entrar al abuelo. Cuando mis abuelos obtuvieron un visado de un mes para ver a sus hijas en el Ain —llegaron con un bebé de tres meses, mi tío Angèle, nacido en España, y con Isabelle—, Pedro Gómez Cantador se presentó en la gendarmería, solicitó asilo político y presentó su tarjeta de resistente. Fue reconocido como refugiado político. Jean-Pierre, el último, nacería en Francia.

Lo que enseña esta historia

Podría leerse como una historia de familia. Sería reducir su alcance. Dice con bastante precisión lo que fueron, para miles de personas, aquellos años: la distancia entre el derecho y el hecho, entre la nación de los textos y la nación vivida. Mi madre nació en Francia en el momento en que Francia, bajo Vichy, deshacía el derecho de suelo; no se convirtió en francesa ni por su nacimiento ni por un principio, sino al término de una guerra perdida por su padre, de un exilio, de un regreso y de gestiones administrativas ordinarias. La República que acabó acogiéndola no es una abstracción generosa: es la de las instituciones de la Resistencia y de la posguerra, que reconocieron en un español vencido a uno de los suyos.

Sus cuatro hijos estudiaron todos en esa República. Es una respuesta, entre otras, a la pregunta de saber qué debe un país a quienes primero consideró extranjeros, pero que después se integraron hasta hacerse franceses. Soy el único que trabaja en el territorio hexagonal. Mi hermano menor se hizo estadounidense y trabaja en Nueva York como doctor en psicología; mi hermano mayor trabaja en Suiza, en la dirección de una empresa de construcción; mi hermana pequeña, la última, es normalienne y se ocupa del departamento de Francés en la Universidad de Cayena.