Portrait d'un poète salvadorien, mort à Paris en 1997, qui enseigna la littérature latino-américaine à l'université Paris X — et qui, sans le savoir, apprit à quelques étudiants de LEA que l'histoire de l'Amérique latine ne se raconte jamais d'une seule voix.
I. Une salle de Nanterre, à la fin des années quatre-vingt
Il y a des professeurs dont on retient le cours. Il y en a d'autres, plus rares, dont on retient la voix, la manière de faire une pause, la façon dont ils prononçaient certains noms propres avec une intonation qui laissait entendre qu'il y avait, derrière ce nom, tout autre chose que ce que disait le manuel.
Entre 1986 et 1990, j'étais étudiant en Langues Étrangères Appliquées à l'université de Paris X — Nanterre. Parmi les enseignements de civilisation, il y avait celui d'un homme au visage sombre et harmonieux, à la barbe drue, à l'élocution érudite, souvent coupée par une toux qui ne le lâchait pas. Il s'appelait Roberto Armijo. Nous savions qu'il était salvadorien. Nous savions vaguement qu'il était poète. Nous ne savions à peu près rien du reste.
Nous ne savions pas qu'il avait vendu des journaux pieds nus dans les rues de San Salvador à trois heures du matin. Nous ne savions pas qu'il s'était réveillé dans son propre cercueil. Nous ne savions pas qu'il avait perdu un fils à la guerre, ni qu'il avait été, pendant une décennie, le représentant officieux de la guérilla salvadorienne en France et le conseiller de Danielle Mitterrand pour les affaires latino-américaines. Nous ne savions pas que la chaire qu'il occupait lui avait été trouvée par un prix Nobel de littérature qui repose aujourd'hui encore — pour quelques semaines — au Père-Lachaise.
Nous avions devant nous un homme qui incarnait à lui seul l'objet de son enseignement, et nous prenions des notes.
Cet article est une tentative de réparation. Roberto Armijo est mort à Paris le 23 mars 1997, d'un cancer, à cinquante-neuf ans. En France, son nom ne dit plus rien à personne. Au Salvador, il est redevenu depuis peu une figure que l'État républie et qu'une fondation familiale honore. Voici, autant qu'on puisse la reconstituer, l'histoire de cet homme1.
II. Chalatenango, 13 décembre 1937
Luis Roberto Armijo Navarrete naît le 13 décembre 1937 dans le département de Chalatenango, au nord du Salvador — la ville de Chalatenango selon la plupart des sources, Dulce Nombre de María selon d'autres. Il signera toute sa vie de son second prénom et de son premier nom : Roberto Armijo. Ses amis l'appelaient Roberto ; beaucoup l'appelaient simplement Poeta, et c'est ainsi qu'il préférait qu'on l'appelle.
Il naît en pleine dictature du général Maximiliano Hernández Martínez2, théosophe et militaire, qui gouverne le pays depuis le coup d'État de 1931 et dont le nom reste attaché à la matanza de 19323. Hernández Martínez avait balayé les communistes, les indigènes, les adversaires. Il avait modernisé l'État, assaini les finances publiques, coopté une bonne partie des intellectuels, et s'était maintenu treize ans au pouvoir à coups de balles, de manœuvres diplomatiques et de réformes constitutionnelles. Cette dictature-là, et tout ce qui s'en racontait, a marqué au fer la génération d'Armijo.
L'enfance est pauvre. Un enfant qui travaille pour aider sa famille, qui économise centime par centime pour acheter des livres d'occasion sur les foires du bourg, parce qu'il veut lire, parce qu'il veut être écrivain, parce qu'il veut être poète. Sa vocation, il la fera remonter aux histoires que sa mère racontait en cuisinant sur un fourneau de terre.
À dix ans, après le certificat, il monte à la capitale pour continuer ses études. Il y travaille comme aide d'un médecin, puis comme artisan, puis comme canillita — vendeur de journaux à la criée. Il se lève à trois heures du matin. Il prend les orages de plein fouet. Sa compagne, Ana María Echeverría4, était convaincue que c'est de là que venait son asthme, cet asthme cruel qui l'accompagnera toute sa vie et qu'il finira par transformer en titre de roman. Dans la rue, il voit pour la première fois un homme sortir un couteau pour en tuer un autre.
Deux hommes le sauvent de l'ignorance. Ses professeurs de l'Instituto Nacional — l'actuel INFRAMEN5 — l'écrivain Alberto Rivas Bonilla et l'historien Ramón López Jiménez6, lui ouvrent leurs bibliothèques personnelles. C'est là que commence le lecteur monstrueux que décrira Manlio Argueta : les Grecs, les Latins, les Espagnols, avalés dans le désordre et la fringale. Armijo entrera plus tard à l'Université du Salvador7, en Philosophie et Lettres puis en Droit, sans jamais achever aucun cursus. Deux années de Droit, interrompues par les urgences économiques d'une famille déjà nombreuse.
C'est un point qu'il faut souligner, parce qu'il change tout au portrait : l'homme qui enseignera vingt-cinq ans à Nanterre n'a jamais eu de diplôme universitaire.
III. La première mort
Il faut ici raconter l'épisode le plus étrange de cette vie, celui que ses amis rapportent tous et dont lui-même parlait peu.
Roberto Armijo est mort une première fois. Une mort subite, à San Salvador — vers vingt-quatre ans selon le témoignage de Mario Rapoport8, à l'époque du lycée selon Manlio Argueta ; les sources divergent. On ramène le corps chez lui, à Chalatenango. La famille et les amis le reçoivent. Un prêtre administre les derniers sacrements. Les élèves de son institut arrivent avec des couronnes de fleurs.
Pendant la veillée funèbre, Armijo se redresse dans son cercueil et demande un verre d'eau.
On comprendra plus tard qu'il souffrait de catalepsie9. Les familles sortirent dans la rue pour dire aux lycéens de laisser les fleurs dehors : Roberto avait « ressuscité ».
Manlio Argueta10, son compagnon de génération, a construit sur cet épisode une lecture en quatre vies : la première, l'enfance salvadorienne, dont témoigne le roman El asma de Leviatán ; la deuxième, celle qui commence après la résurrection, faite de dénuement et de lectures ; la troisième, la diaspora parisienne ; la quatrième, celle qui s'ouvre à sa mort, en 1997, avec l'édition et la réédition de son œuvre.
C'est une belle façon de dire ce qui, chez cet homme, ne cessera de revenir : le mort qui parle, le disparu qui insiste, le pays qu'on a quitté et qui continue de faire mal. Armijo disait de son cher César Vallejo11 qu'il était mort « à Paris, un jour d'averse ». Il ne pouvait pas ignorer qu'il écrivait aussi son propre programme.
IV. La Generación Comprometida
Dans les années cinquante, San Salvador compte une poignée de jeunes gens qui lisent Neruda, Vallejo, Pedro Geoffroy Rivas12, qui font des revues, qui se soûlent ensemble, qui prennent conscience de la misère autour d'eux et adhèrent au Parti communiste salvadorien, alors interdit. Ils distribuent de la propagande. Ils vont en prison. Ils vont en exil.
Ce sont les membres du Círculo Literario Universitario de l'Université du Salvador : Roque Dalton13, Manlio Argueta, Tirso Canales, José Roberto Cea14, Roberto Armijo. En 1956, un ami revenu d'Espagne, le poète et journaliste Ítalo López Vallecillos15, baptise le groupe Generación Comprometida — la Génération engagée. Le nom restera. Armijo en sera, de l'avis général, la voix lyrique.
Leur manifeste collectif s'appelle De aquí en adelante, recueil à cinq voix qu'ils publient sur leurs propres deniers, faute de mécénat public. Le poème qu'Armijo y consacre à son père — qui commence par une phrase où la patrie fait mal de l'intérieur — impressionnera suffisamment Roque Dalton pour qu'il le place en épigraphe de son roman Pobrecito poeta que era yo.
Les prisons et les expulsions rythment ces années. Argueta raconte une arrestation nocturne à la fin des années cinquante, sous le gouvernement du colonel José María Lemus16, et une expulsion vers le Nicaragua de Luis Somoza17, où les deux poètes furent enfermés plusieurs jours dans une caserne sans que personne sache où ils étaient. C'est Argueta qui suggéra à Armijo de simuler une crise d'asthme pour sortir de là ; les crises d'Armijo étaient si spectaculaires que le stratagème fonctionna. On le transféra à l'hôpital ; cinq jours plus tard, ils étaient libres.
Mais il faut se garder de l'image d'Épinal du poète-guérillero. Armijo était un théoricien retors, et il refusait l'étiquette qu'on avait collée sur sa génération. En février 1963, dans une conférence prononcée au Paraninfo de l'Université18, il entreprend de démêler ce que la critique salvadorienne mélangeait allègrement : l'art engagé, invention des existentialistes français d'après-guerre avec Sartre en tête ; la poésie à fonction sociale, née chez les romantiques anglais, Wordsworth et Coleridge, d'abord enthousiastes de la Révolution française puis retournés contre elle ; et l'art partisan, produit du réalisme socialiste19 et de la Révolution russe. Trois choses différentes, trois généalogies différentes.
Quant à l'appellation même de « génération engagée », il la jugeait précipitée : on ne qualifie pas une génération d'engagée tant qu'elle n'a pas produit une œuvre engagée. Engagée envers quoi ? demandait-il. Le peuple, un mouvement philosophique, une idéologie révolutionnaire ? Il reprochait aux existentialistes de rester en surface, de défendre la justice et la liberté mais de reculer dès qu'il fallait aller au fond de la plaie.
À cette date, il se rangeait encore du côté du réalisme socialiste, qu'il défendait comme une attitude vitale et dialectique plutôt que comme un dogme propagandiste. Il en reviendra. C'est un point capital pour comprendre l'homme que nous avons eu comme professeur trente ans plus tard : Armijo a rompu avec les communistes, s'est rapproché de la social-démocratie, et a fini par plaider une sortie négociée du conflit salvadorien — celle qui adviendra effectivement en 1992.
À la fin des années soixante, il dirige la Librairie universitaire de l'UES, à San Salvador. C'est là qu'un adolescent de quatorze ans, David Hernández20, court après ses cours pour se faire prêter des livres et entendre parler de poètes chinois et grecs. C'est là aussi qu'une jeune sociologue rentrée de Californie vient chercher Éros et civilisation de Marcuse ; il lui répond qu'il en a deux exemplaires, un pour la bibliothèque et un pour lui, et qu'il lui prête le sien. Elle s'appelle Ana María Echeverría. Elle sera sa compagne pendant près de trente ans.
V. 1970-1972 : la bourse qui devient un exil
En 1970, l'Université du Salvador accorde à Armijo une bourse pour aller étudier le théâtre à Paris. Il part. Ana María, qui prenait des cours de français en vue du même voyage, le retrouve là-bas ; leur relation commence peu après.
En 1972, tout bascule. Le Salvador connaît une élection présidentielle frauduleuse en février, une tentative de coup d'État en mars, et en juillet l'armée investit l'Université du Salvador, la ferme, et expulse du pays la quasi-totalité de ses universitaires, accusés en bloc de communisme et de subversion21. Les archives et les fonds documentaires sont saccagés — Manlio Argueta rappellera plus tard que des inédits de Francisco Gavidia y ont disparu.
Armijo est à Paris, sans bourse, sans salaire, sans employeur, sans pays où rentrer. Il envisage de partir au Chili avec Ana María.
C'est ici qu'intervient Miguel Ángel Asturias22.
Armijo l'avait rencontré au Salvador en 1954, quand le Guatémaltèque y était en poste diplomatique. Asturias, prix Nobel de littérature 1967, ancien ambassadeur du Guatemala à Paris, éminence considérable, déconseille formellement le Chili : Pablo Neruda lui a dit que les militaires renverseraient Allende tôt ou tard. On connaît la suite ; l'avertissement était juste à un an près.
Puis Asturias fait mieux que conseiller. Il lui tend la main. Un ami à lui, doyen à la faculté de lettres, cherche à pourvoir un poste de littérature latino-américaine à l'université de Nanterre : Alfredo Bryce Echenique23, qui en assurait les cours, part s'installer en Espagne. Armijo se présente à l'entretien. Selon le récit d'Ana María, les universitaires français furent stupéfaits par l'étendue de sa connaissance de la littérature universelle.
L'homme sans diplôme entre à l'université française. Il y enseignera jusqu'à sa mort.
Je note ici, pour l'anecdote et parce qu'elle est belle, que Miguel Ángel Asturias, mort à Madrid le 9 juin 1974, avait souhaité être inhumé à Paris : il repose au Père-Lachaise, division 10, sous un moulage de la stèle 14 du site maya de Seibal, dans une concession offerte à perpétuité par l'État français. Ce ne sera bientôt plus le cas. En juin 2026, le gouvernement guatémaltèque de Bernardo Arévalo a ordonné le rapatriement de ses restes, à la demande de sa famille ; ils doivent arriver à Guatemala Ciudad le 19 octobre 2026, jour anniversaire de sa naissance. La tombe parisienne, elle, restera comme mémorial24.
Il y a une logique presque insupportable dans cette histoire : le protecteur retourne au pays cinquante-deux ans après sa mort, le protégé y est retourné trois semaines après la sienne.
VI. Le professeur de Nanterre
Vingt-cinq années à Nanterre. Vingt-sept années à Paris, comptait Manlio Argueta, qui lui rendit visite cinq fois.
Il vivait dans le neuvième arrondissement, entre Pigalle et Montmartre, à deux rues des Folies Bergère, à cinq de la basilique du Sacré-Cœur. Argueta décrit l'accueil invariable : une bouteille du meilleur des vins bon marché — un Côtes-du-Rhône — et une soupe de haricots à l'os de porc. Un gourmet du tiers-monde à Paris, dit-il.
Armijo était en effet un cuisinier remarquable. Julio Cortázar25 l'appelait pour lui dire qu'il s'était réveillé avec une envie de tripes, et Armijo lui préparait des tripes. Asturias, Cortázar, le jazz sur le tourne-disque, les airs tropicaux, les vins et les fromages français, les blagues qui transformaient son sourire en éclat de rire : voilà le décor.
Et les livres. Une pièce entière de son appartement était une bibliothèque, où les visiteurs dormaient parfois. Mario Rapoport, économiste argentin venu faire son doctorat à Paris et devenu son ami intime, raconte des conversations sans fin où passaient la poésie latino-américaine, française, nord-américaine, européenne, Virgile et Horace qu'Armijo connaissait à fond, le Cantique des Cantiques, Cervantès, Lope de Vega, Shakespeare, Tolstoï. C'est avec Armijo que Rapoport a découvert les hétéronymes de Pessoa et l'actualité de Rubén Darío26. Armijo lui prêtait ou lui donnait des livres, lisait ses poèmes et les critiquait sans complaisance.
Ce que nous recevions à Nanterre, sans en mesurer la provenance, c'était le débordement de cette bibliothèque-là.
Et ce que nous recevions surtout — c'est le legs dont je lui suis le plus reconnaissant — c'était une méthode de discernement. Armijo n'enseignait pas une histoire de l'Amérique latine. Il en enseignait plusieurs, superposées et rivales : l'histoire officielle des États et des manuels ; l'histoire officieuse, celle des vaincus et des morts sans sépulture ; l'histoire des colons et de la conquête ; l'histoire vue depuis Washington ; et l'histoire des peuples amérindiens, celle qui précède toutes les autres et qu'elles ont toutes recouverte.
Il y avait, dans cette manière d'enseigner, une ambiguïté qu'il assumait et qui était sa matière même. Ces grands intellectuels latino-américains anticolonialistes — Asturias formé à la Sorbonne auprès de Georges Raynaud27, Vallejo mort à Paris, Darío tourné vers la France, Armijo lui-même professeur dans une université de l'ancienne Europe coloniale — pensaient contre l'Occident avec les instruments de l'Occident. Ils ne pouvaient pas ne pas le savoir. Armijo, lui, ne cherchait pas à résoudre la contradiction : il la tenait. C'est peut-être la première leçon de confluence que j'aie reçue, et je ne savais pas encore que c'en était une.
Il était heureux à Paris. Le Salvador lui manquait terriblement. Il menait, disait-il en 1990, une vie très casanière : l'université, et tout le reste du temps consacré à lire, à rêver et à penser à l'avenir de son pays.
VII. Les années quatre-vingt : le poète en diplomate
Il faut dire cette part-là aussi, parce qu'elle est immense et qu'elle explique le silence qui entoure aujourd'hui son nom.
Dans les années quatre-vingt, pendant que la guerre civile salvadorienne fait ses quelque soixante-quinze mille morts, Roberto Armijo accepte d'être le représentant en France du FMLN-FDR28, la coalition politico-militaire de l'opposition armée. Il tient un bureau à Paris, à quelques pas de Beaubourg. Il y déploie dix ans de travail diplomatique et de solidarité.
Il connaissait Danielle Mitterrand29 ; il fut son conseiller pour les affaires latino-américaines. Le soir de la victoire de François Mitterrand en mai 1981, c'est elle qui appelle chez lui pour annoncer le résultat — Armijo était sorti fêter ça ailleurs. Dans l'entourage présidentiel, il fréquente Régis Debray30, conseiller direct du président, avec qui il finira par se brouiller. Selon le témoignage de David Hernández, Armijo, Debray et Jorge G. Castañeda comptent parmi les artisans de la Déclaration franco-mexicaine d'août 198131. Ana María se souvient d'un million de personnes défilant en France en solidarité avec le Salvador.
Pour ce travail, Armijo a renoncé cinq années durant à écrire des poèmes.
Et pourtant : il n'était pas d'accord avec la lutte armée. Il l'a dit à ceux-là mêmes qui dirigeaient la guerre. Il leur répétait qu'on ne bat pas un empire, qu'il fallait une solution politique et le plus vite possible pour arrêter le sang. Il avait ses raisons personnelles de le penser. Son fils Manlio — que ses camarades appelaient Juan — a été tué au combat, et son corps est resté plusieurs jours exposé à découvert sans que personne puisse l'approcher32. Armijo ne s'en est jamais remis, et il a passé des années à tenter de le ressusciter dans ses poèmes, comme lui-même avait ressuscité. Son ami Roque Dalton, lui, avait été assassiné en mai 1975 par ses propres camarades de l'ERP, sur l'accusation infamante et fausse d'être un agent de la CIA — Armijo a toujours refusé cette version.
Sa rupture idéologique est allée loin, très loin pour un homme de sa génération. Dès 1982-1983, dans des lettres adressées à David Hernández, alors étudiant boursier en URSS, il écrivait que le socialisme réel était un échec et que l'Union soviétique allait disparaître. Les lettres arrivaient décachetées à Kiev, ce qui valut à leur destinataire quelques ennuis. Il avait été déçu par la révolution cubaine, atterré par la corruption sandiniste au Nicaragua — cette piñata33 où une classe politique se partagea les dépouilles de Somoza —, et il en était venu à considérer l'URSS elle-même comme une puissance impérialiste.
En 1992, il déclarait sans détour à de jeunes poètes salvadoriens qu'il ne pouvait pas soutenir Fidel Castro, régime despotique et totalitaire de gauche, et qu'il devait s'en aller pour le bien de son peuple. Le même jour, il traitait le capitalisme de perversion structurelle, rappelait que l'impérialisme signifie colonialisme, néocolonialisme, spoliation, dette extérieure et société de consommation, et désignait l'oligarchie salvadorienne comme l'ennemie qui avait conduit le pays à la guerre civile.
C'est cela, un homme qui refuse les deux camps. C'est aussi la meilleure façon de disparaître des deux mémoires.
VIII. L'œuvre
Armijo a publié dans à peu près tous les genres : poésie, théâtre, roman, nouvelle, critique, essai. Il publie à partir de 1956. La critique salvadorienne considère souvent l'essayiste comme le plus accompli des cinq. On trouvera la bibliographie détaillée en annexe.
Sa poésie est marquée d'un lyrisme intime et élégiaque, qui après 1962 se fait plus contestataire et plus familier, adressé directement à ses amis, à ses maîtres, aux siens — des formes de communication directe plutôt que des exercices. On y trouve un sonnet à César Vallejo dont le premier vers reprend la supplique du poète péruvien : España, aparta de mí este cáliz34.
Il faut s'arrêter sur Francisco Gavidia35. Armijo a passé des années à plaider sa cause, jusqu'à lui consacrer un essai primé au Certamen Nacional de Cultura, écrit avec José Napoleón Rodríguez Ruiz. Interrogé en 1990 par David Hernández, il expliquait que le rôle des poètes et des intellectuels, dans un pays détruit par la violence, était d'aider à structurer une identité — et que l'intelligentsia salvadorienne n'avait pas suivi le chemin ouvert par Gavidia.
Et il y a cette phrase, qu'il a écrite bien avant de mourir et qui a la sécheresse d'un testament : il serait emmené vers la mort mais survivrait, brandissant ses vers, parce que c'est dans les vers qu'il était grand — et la patrie l'accueillerait comme on accueille un enfant aveugle.
IX. Le retour, et la mort
Le 16 janvier 1992, les accords de Chapultepec36 mettent fin à douze ans de guerre civile. Sept mois plus tard, en août 1992, Roberto Armijo revient au Salvador pour la première fois depuis vingt ans.
Le journaliste Luis Canizalez a reconstitué ce retour avec une précision remarquable. Armijo et Ana María roulent dans San Salvador ; il lui montre les cafés de sa jeunesse, ceux où l'on lisait des poèmes et où l'on refaisait le pays dans les années cinquante. À un feu rouge, un ivrogne s'approche pour mendier ; Ana María remonte instinctivement la vitre. Armijo l'arrête, vide ses poches et lui donne tout ce qu'il a. Il reste accablé pendant tout le trajet. Puis il explique : cet homme était son camarade de l'Instituto Nacional, ils vendaient les journaux ensemble. « Yo habría podido ser él, pero la lectura me ha salvado. »
Il aurait pu être cet homme. C'est la lecture qui l'a sauvé.
Il fut, de tous les intellectuels rentrés d'exil, celui qui suscita le plus d'enthousiasme chez les jeunes écrivains — et une certaine hostilité chez d'autres, qui lui reprochaient son absence, son embourgeoisement, ses critiques de la gauche radicale. Les jeunes du cercle Xibalbá37 vinrent l'interviewer chez son beau-père. L'enregistrement existe encore ; on y entend surtout sa toux.
Il leur a tenu ce discours, que je crois être le cœur de sa pensée tardive : pour fonder une démocratie réelle, il faut placer la culture au centre. Pas seulement la culture des artistes et des philosophes, mais la culture du simple et du quotidien. Le paysan qui sème son grain, le soigne et le récolte fait de la culture ; le cordonnier qui fabrique des chaussures fait de la culture ; le citoyen conscient de ses droits et de ses devoirs fait de la culture. Il n'y aura pas de démocratie tant que cette évidence-là n'aura pas été posée. Et cette bataille-là, ajoutait-il, il faut la mener avec effort, constance et responsabilité, sans rien attendre des politiciens ni des gouvernements.
Il plaidait aussi pour que la gauche se dote de vrais journaux, de vrais moyens de communication, pour briser le monopole d'une presse qui désinformait. Il appelait les intellectuels à abandonner le manichéisme et le sectarisme de guerre froide.
Le retour, pourtant, ne fut pas un rétablissement. Armijo ne s'est jamais réinstallé au Salvador : il a continué d'enseigner à Nanterre, et c'est à Paris qu'il est mort, le 23 mars 1997, d'un cancer, à cinquante-neuf ans38. Mario Rapoport a assisté à ses derniers jours. Quelques jours avant la fin, la main tremblante, il écrivit deux pages sur sa terre natale et sur sa désillusion en la retrouvant. Les pins de Chalatenango avaient disparu ; il ne restait que des pierres. « Se acabaron para siempre los pinos de Chalatenango. »
Son corps est rentré au pays. Il fut reçu, dit un de ses vieux camarades, dans un sentiment populaire véritable. Le 1er avril 1997, l'Université du Salvador lui rendait hommage dans l'auditorium de la faculté de Droit — le lieu même qui avait servi de caisse de résonance à la contestation d'avant-guerre. Et selon un détail rapporté par l'écrivain Jorge Ávalos39, on avait posé près du cercueil, pendant la veillée, une carafe d'eau et un verre.
Au cas où il aurait soif.
X. Ce qui porte son nom aujourd'hui
Une précision s'impose, parce que la mémoire joue des tours et que la mienne m'avait fait espérer davantage : aucune université ne porte le nom de Roberto Armijo, ni au Salvador ni ailleurs. L'homme qui a enseigné vingt-cinq ans à l'université sans jamais y avoir été diplômé n'a pas d'université à son nom. Ce qui existe, en revanche, mérite d'être répertorié :
- La Fundación Roberto Armijo, créée par sa famille, qui porte aujourd'hui la mémoire de l'œuvre.
- Le Premio de Poesía Roberto Armijo, concours de poésie créé par la Fondation et la famille avec l'appui du ministère salvadorien de la Culture. La première édition a été lancée en janvier 2025, réservée aux jeunes de 14 à 25 ans résidant dans le département de Chalatenango ; une deuxième édition a suivi. Les règles du concours interdisent explicitement l'usage de l'intelligence artificielle — ce qui, pour un article rédigé de la manière dont celui-ci l'a été, mérite au moins un sourire.
- Un parc à Chalatenango, dans la colonia Cayaguanca, barrio San José, porte son nom.
- Les publications de l'État salvadorien. Son vœu le plus tenace était que ses livres fussent édités par son propre pays plutôt que par une maison espagnole. En 2019, la Dirección de Publicaciones e Impresos a présenté trois de ses ouvrages, à Chalatenango, au Musée national et ailleurs. Ana María Echeverría a assisté à cette réalisation posthume.
- Sa descendance littéraire. Sa petite-fille Lilliam Armijo40, née en 1984, est poétesse et primée au Salvador. Manlio Argueta a relevé cette étrangeté généalogique : le prénom Manlio, donné par le poète à son deuxième fils, a été retransmis de génération en génération par ceux qui restaient.
- Une notice nécrologique dans Caravelle. En 1997, la revue toulousaine Caravelle. Cahiers du Monde Hispanique et Luso-Brésilien41 publiait un adieu au poète signé Carlos Cortés. C'est, à ma connaissance, à peu près tout ce que la France universitaire a écrit sur lui.
À Nanterre, rien. Pas une plaque, pas une salle, pas un séminaire. Il faudrait peut-être s'en occuper.
XI. Ce qu'il m'a appris
Je suis parti de Nanterre en 1990 sans savoir qui j'avais eu en face de moi. J'ai appris le reste par bribes, longtemps après, comme on apprend souvent les choses importantes : trop tard pour remercier.
Ce que je garde de Roberto Armijo tient en une posture intellectuelle. Il nous a montré qu'un continent ne se raconte pas d'une seule voix, et qu'entre les versions concurrentes de son histoire il ne s'agit pas de choisir la bonne, mais de savoir ce que chacune tait. Il nous a montré qu'on pouvait être anticolonialiste tout en étant le pur produit des institutions savantes des anciennes métropoles, et que ce paradoxe n'était pas une faute morale à expier mais une condition à habiter. Il nous a montré qu'un homme pouvait servir loyalement une cause armée tout en la jugeant stratégiquement fausse, qu'il pouvait dénoncer les oligarchies et les dictateurs de gauche dans la même phrase, et qu'il fallait accepter d'y perdre ses deux publics.
Il tenait ses contradictions ouvertes. Il ne les fermait pas. C'est exactement ce que j'ai fini par appeler, pour mon compte, la confluence — et je découvre aujourd'hui que j'en avais eu le professeur avant d'en avoir le mot.
Il aimait dire, de la culture, qu'elle était l'affaire du paysan et du cordonnier autant que du philosophe. Il aurait sans doute ajouté qu'elle est aussi l'affaire de l'étudiant de LEA qui, trente-six ans plus tard, prend la peine de savoir enfin qui lui parlait.
DiBu
Notes
- L'essentiel de ce qu'on sait d'Armijo repose sur trois textes : la longue enquête de Luis Canizalez, « Roberto Armijo: la batalla de las ideas » (Revista Elementos, San Salvador, 2022), fondée sur des entretiens avec sa compagne et ses amis ; l'hommage de Manlio Argueta dans Séptimo Sentido (2019) ; et la semblance de Mario Rapoport dans Refugio Latinoamericano (2026). Les sources complètes figurent en fin d'article. ↩
- Maximiliano Hernández Martínez (1882-1966), général salvadorien, au pouvoir de 1931 à 1944. Théosophe convaincu, il pratiquait l'occultisme au palais présidentiel. Son régime est le premier d'une série de dictatures militaires qui gouverneront le Salvador presque sans interruption jusqu'en 1979. ↩
- La matanza — « la tuerie » — désigne l'écrasement, en janvier-février 1932, d'une insurrection paysanne et indigène dans l'ouest du pays. Les estimations vont de dix mille à trente mille morts, essentiellement des Indiens pipils. L'événement a durablement effacé les langues et les vêtements indigènes du Salvador, qu'il devenait mortel d'afficher. ↩
- Ana María Echeverría, sociologue salvadorienne formée en Californie, compagne d'Armijo de la fin des années soixante à sa mort. Elle fut elle-même représentante du FMLN en Grèce. C'est la principale source vivante sur la vie parisienne du poète. ↩
- L'Instituto Nacional Francisco Menéndez, à San Salvador, est le grand lycée public du pays, foyer historique de la contestation étudiante. Beaucoup d'écrivains et de dirigeants politiques salvadoriens y sont passés. ↩
- Alberto Rivas Bonilla (1891-1985), écrivain et médecin, auteur du roman Andanzas y malandanzas ; Ramón López Jiménez (1896-1985), historien et diplomate. Tous deux enseignaient à l'Instituto Nacional et prêtèrent leurs bibliothèques privées à l'adolescent pauvre qu'était Armijo. ↩
- L'Universidad de El Salvador (UES) est l'unique université publique du pays, fondée en 1841. Autonome et fortement politisée, elle sera occupée militairement à plusieurs reprises, notamment en 1972 et en 1980. ↩
- Mario Rapoport (né en 1938), économiste et historien argentin, professeur émérite de l'Université de Buenos Aires. Venu préparer son doctorat à la Sorbonne, il devint l'un des amis les plus proches d'Armijo à Paris. ↩
- La catalepsie est une suspension du mouvement volontaire avec rigidité musculaire, où les fonctions vitales deviennent presque imperceptibles. Avant la médecine moderne, elle a nourri la terreur classique de l'enterrement prématuré — celle d'Edgar Poe. ↩
- Manlio Argueta (né en 1935), romancier salvadorien, auteur d'Un jour dans la vie (1980), longtemps directeur de la Bibliothèque nationale du Salvador. Compagnon de cellule, d'exil et de génération d'Armijo. ↩
- César Vallejo (1892-1938), poète péruvien, l'un des plus grands de langue espagnole. Mort à Paris dans le dénuement, il avait écrit dans un sonnet célèbre qu'il mourrait à Paris un jour de pluie. Armijo le tenait pour son poète de prédilection. ↩
- Pedro Geoffroy Rivas (1908-1979), poète, anthropologue et linguiste salvadorien, spécialiste de la langue nahuat. Figure tutélaire de la gauche intellectuelle du pays. ↩
- Roque Dalton (1935-1975), le poète salvadorien le plus connu au monde, auteur de Taberna y otros lugares (prix Casa de las Américas, 1969). Militant communiste, plusieurs fois emprisonné et évadé, il fut assassiné en mai 1975 par ses propres camarades de l'ERP, une faction de la guérilla, sur l'accusation d'être un agent de la CIA. Son corps n'a jamais été retrouvé. ↩
- Tirso Canales (1930-2015) et José Roberto Cea (né en 1939), poètes salvadoriens, tous deux membres du Círculo Literario Universitario. Cea a également été romancier et éditeur. ↩
- Ítalo López Vallecillos (1932-1986), poète, historien et journaliste salvadorien, formé au journalisme en Espagne. C'est lui qui, en 1956, baptisa le groupe Generación Comprometida, en écho au concept sartrien de littérature engagée. ↩
- José María Lemus (1911-1993), colonel, président du Salvador de 1956 à 1960, renversé par un coup d'État. Son gouvernement réprima durement le mouvement étudiant à la fin des années cinquante. ↩
- Luis Somoza Debayle (1922-1967), président du Nicaragua de 1956 à 1963, fils d'Anastasio Somoza García et membre de la dynastie qui gouverna le pays de 1936 à 1979. Les dictatures d'Amérique centrale échangeaient volontiers leurs opposants. ↩
- Le Paraninfo est le grand amphithéâtre d'honneur d'une université hispanophone, lieu des cérémonies solennelles et des conférences publiques. Celui de l'UES fut, dans les années soixante et soixante-dix, l'une des rares tribunes libres du pays. ↩
- Le réalisme socialiste est la doctrine esthétique officielle de l'URSS à partir de 1934 : l'art doit représenter la réalité dans son développement révolutionnaire et servir l'éducation des masses. Armijo le défend en 1963, puis le répudiera. ↩
- David Hernández (né en 1955), écrivain et journaliste salvadorien, formé en URSS puis en Allemagne, où il vit depuis les années quatre-vingt. Ses entretiens avec Armijo, menés entre 1990 et 1991, constituent l'une des sources majeures sur la pensée tardive du poète. ↩
- En février 1972, l'élection présidentielle est remportée par l'opposant démocrate-chrétien José Napoleón Duarte, mais le résultat est falsifié au profit du candidat militaire. Une tentative de coup d'État suit en mars ; Duarte est arrêté, torturé et exilé. En juillet, l'armée investit l'UES, la ferme pour plus d'un an et expulse ses universitaires. C'est cette séquence qui transforme la bourse d'Armijo en exil de vingt ans. ↩
- Miguel Ángel Asturias (1899-1974), écrivain guatémaltèque, prix Nobel de littérature 1967, auteur de Monsieur le Président et d'Hommes de maïs. Formé à Paris dans les années vingt, ambassadeur du Guatemala en France de 1966 à 1970, il fut l'un des inventeurs de ce qu'on appellera le réalisme magique et un défenseur constant des cultures indigènes. ↩
- Alfredo Bryce Echenique (né en 1939), romancier péruvien, auteur d'Un monde pour Julius. Il a enseigné à Nanterre et à Vincennes avant de s'installer en Espagne — libérant ainsi le poste qu'occupera Armijo. ↩
- La tombe se trouve dans la 10e division du Père-Lachaise. Le rapatriement, décidé par l'Acuerdo Gubernativo 104-2026 du 23 juin 2026, doit conduire les restes du Nobel au Centre culturel Miguel Ángel Asturias de Guatemala Ciudad. À la date de rédaction de cet article — août 2026 — il n'a pas encore eu lieu. ↩
- Julio Cortázar (1914-1984), écrivain argentin, auteur de Marelle, installé à Paris à partir de 1951 et l'une des grandes figures du boom latino-américain. Armijo, proche d'Asturias, entretenait en revanche des rapports distants avec le reste du boom : selon David Hernández, il n'a jamais pardonné à García Márquez d'avoir, selon lui, éclipsé Asturias. ↩
- Rubén Darío (1867-1916), poète nicaraguayen, fondateur du modernisme hispano-américain et considéré comme le rénovateur de la poésie de langue espagnole. Armijo lui a consacré son essai le plus célèbre. ↩
- Georges Raynaud (1855-1925), américaniste français, professeur à l'École pratique des hautes études, traducteur du Popol Vuh. Asturias fut son élève à Paris et travailla avec lui sur les textes mayas — c'est de là que vient toute son œuvre. ↩
- Le FMLN (Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional) est la coalition des cinq organisations de guérilla salvadoriennes, fondée en 1980 et nommée d'après le dirigeant communiste fusillé en 1932. Le FDR (Frente Democrático Revolucionario) en était le bras politique légal. Le FMLN est devenu un parti politique après 1992 et a gouverné le pays de 2009 à 2019. ↩
- Danielle Mitterrand (1924-2011), résistante, épouse de François Mitterrand, fondatrice de France Libertés. Nettement plus à gauche et plus militante que son mari, elle s'occupait particulièrement des causes du tiers-monde et soutint activement les oppositions d'Amérique centrale. ↩
- Régis Debray (né en 1940), philosophe français, compagnon de Che Guevara en Bolivie et emprisonné quatre ans à ce titre, conseiller de François Mitterrand pour les affaires du tiers-monde de 1981 à 1985. Jorge G. Castañeda (né en 1953), politologue mexicain, futur ministre des Affaires étrangères du Mexique (2000-2003), était alors proche des socialistes français. ↩
- Par la Déclaration franco-mexicaine du 28 août 1981, Paris et Mexico reconnaissaient conjointement le FMLN-FDR comme une force politique représentative, habilitée à négocier. La décision provoqua la fureur de l'administration Reagan, qui soutenait militairement le gouvernement salvadorien, et une protestation de plusieurs pays latino-américains. ↩
- Armijo eut quatre fils : Claudio Rabindranath, dit « Chico », commandant de la guérilla, qui survécut à la guerre ; Manlio, dit « Juan », tué au combat ; Roberto, avocat ; et Rodrigo Odiseas, né en France. ↩
- La piñata désigne, dans le langage politique nicaraguayen, la vaste appropriation privée de biens publics et confisqués par des dirigeants sandinistes entre leur défaite électorale de février 1990 et la passation de pouvoir. Le mot vient du jeu d'enfants où l'on brise un récipient pour en ramasser le contenu. ↩
- Allusion au recueil posthume de Vallejo España, aparta de mí este cáliz (1939), écrit pendant la guerre civile espagnole, lui-même citant l'Évangile — la prière du Christ à Gethsémani. ↩
- Francisco Gavidia (1863-1955), poète, dramaturge et historien, considéré comme le fondateur des lettres salvadoriennes modernes. Ami de Rubén Darío, à qui il fit découvrir l'alexandrin français, il chercha à fonder une littérature nationale sur l'histoire et la tradition du pays. Armijo a passé sa vie à plaider que le Salvador ne l'avait pas suivi. ↩
- Signés le 16 janvier 1992 au château de Chapultepec, à Mexico, sous l'égide des Nations unies, ces accords mirent fin à douze ans de guerre civile (environ 75 000 morts). Ils prévoyaient la démobilisation de la guérilla, sa transformation en parti, la refonte de l'armée et la création d'une commission de la vérité. ↩
- Xibalbá — nom du monde souterrain dans la mythologie maya — était un cercle littéraire fondé en 1985 à l'UES, en pleine guerre civile. Deux de ses membres, Álvaro Darío Lara et Luis Alvarenga, devenus poètes et critiques reconnus, interviewèrent Armijo en août 1992 ; l'enregistrement de cet entretien a servi de base à l'enquête de Luis Canizalez. ↩
- La date du 23 mars 1997 est la plus largement attestée ; une notice biographique espagnole donne le 24. ↩
- Jorge Ávalos (né en 1964), écrivain, dramaturge et journaliste culturel salvadorien, auteur de plusieurs travaux sur la Generación Comprometida. ↩
- Lilliam Armijo (née en 1984), poétesse salvadorienne publiant aussi sous le pseudonyme d'Alex Floyd, fille du commandant Claudio Armijo et d'Ana Guadalupe Martínez (née en 1949), dirigeante de la guérilla dont le témoignage sur sa détention et sa torture, Las cárceles clandestinas de El Salvador, fit date. Elle a passé son enfance en exil avant de rentrer au Salvador en 1992. ↩
- Caravelle. Cahiers du Monde Hispanique et Luso-Brésilien, revue fondée en 1963 à l'Université de Toulouse, est l'une des principales publications françaises d'études latino-américaines. ↩
Annexe — Bibliographie de Roberto Armijo
Les dates entre parenthèses sont celles de la première publication connue. Plusieurs titres circulent avec des datations divergentes selon les sources ; les variantes sont signalées.
Poésie
| Titre | Date | Notes |
|---|---|---|
| La noche ciega al corazón que canta | 1959 | San Salvador. Premier recueil, et le plus souvent cité. |
| Seis elegías y un poema | 1963 ou 1965 | Publié dans la revue La Universidad (UES). Les sources divergent sur l'année. |
| De aquí en adelante | 1967 | Recueil collectif à cinq voix, avec Manlio Argueta, José Roberto Cea, Tirso Canales et Álvaro Menéndez Leal. Publié à compte d'auteurs. |
| El príncipe no debe morir | 1969 | Troisième prix des Juegos Florales de Quetzaltenango (Guatemala). |
| Homenajes y otros poemas | 1979 | Tegucigalpa (Honduras). |
| Los parajes de la luna y la sangre | 1996 | Prologue de Sergio Ramírez, « Las mil puntas cruentas ». |
| Cuando se enciendan las lámparas | 1996 | Annoncé « sous presse » en 1996 ; publication posthume. |
| El libro de los sonetos | posthume | Cité parmi ses recueils par les notices biographiques. |
Théâtre
| Titre | Date | Notes |
|---|---|---|
| Jugando a la gallina ciega | 1970 | Sa pièce la plus connue. |
| Teatro inédito | 1989 | |
| Trilogía de teatro de Roberto Armijo | 1990 |
Récit
| Titre | Date | Notes |
|---|---|---|
| El asma de Leviatán | — | Roman largement autobiographique, où il raconte notamment sa première mort. Discuté publiquement en janvier 1990 en Basse-Saxe, à l'invitation de David Hernández. |
Essai et critique
| Titre | Date | Notes |
|---|---|---|
| La enajenación de la realidad en la poesía contemporánea | 1964 | |
| Francisco Gavidia: la odisea de su genio | 1965 | Avec José Napoleón Rodríguez Ruiz. Primé au Certamen Nacional de Cultura. |
| Rubén Darío y su intuición del mundo | 1968 | Souvent tenu pour son essai majeur. |
| T. S. Eliot, el poeta más solitario del mundo | — | |
| Aventura hacia el país perdido | — | Essais parus dans la revue Cultura (San Salvador). |
| Poesía contemporánea de Centroamérica | 1983 | Anthologie établie avec Rigoberto Paredes, Barcelone. |
| Étude sur Miguel Ángel Asturias | — | Mentionnée par Mario Rapoport. |
Publications posthumes
En 2019, la Dirección de Publicaciones e Impresos (DPI) du ministère salvadorien de la Culture a publié trois volumes d'Armijo, présentés notamment à Chalatenango et au Musée national d'anthropologie — réalisant le vœu du poète de voir son œuvre éditée par l'État de son pays.
Sources
- Luis CANIZALEZ, « Roberto Armijo: la batalla de las ideas », Revista Elementos (San Salvador), 16 février 2022. Source principale.
- Mario RAPOPORT, « El exilio, la amistad y la doble muerte de un poeta », Refugio Latinoamericano, 8 juillet 2026.
- Manlio ARGUETA, « Las cuatro vidas de Roberto Armijo », Séptimo Sentido (La Prensa Gráfica), 1er septembre 2019.
- Iván ESCOBAR, « Armijo, el poeta salvadoreño que nunca olvidó su tierra », Diario Co Latino, 30 septembre 2019.
- « Roberto Armijo: eterno poeta, amigo, compañero… », ContraPunto, avril 2021 ; « Roberto Armijo redivivo en Liliam Armijo », Diario Co Latino, décembre 2021.
- « Anuncian el I Premio de Poesía Roberto Armijo », Ministerio de Cultura de El Salvador, 14 janvier 2025 ; Diario El Salvador, 30 janvier 2025.
- Notices biographiques : ChalatenangoSV ; MCN Biografías ; EcuRed ; Wikipédia ; Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes (portail El Salvador).
- Sur Asturias : Amis du Père-Lachaise (APPL) ; Prensa Libre, 24 juin 2026 ; Infobae, 15 juillet 2026.
- Carlos CORTÉS, « Adiós al poeta Armijo », Caravelle, n° 68, 1997, p. 155-156.
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