
Je ne remercierai jamais assez Sully Fontaine pour ces mots. J'ai conscience que je suis cette cascade qui se croyait infatigable mais qui réalise qu'elle se rêve lac de plus en plus. Que le volcan qui sommeille en moi se rêve château de sable éphémère, à la merci de la première vague de la Mer Jolie, immense et salvatrice.
Mon aventure avec La Réunion a commencé par une histoire d'amour. Tout dans ma vie a toujours commencé par une histoire d'amour. D'abord la rencontre de mes parents, puis l'amour de la France, mes deux ans dans la Marine nationale comme jeune officier à Saint-Mandrier, puis ma longue carrière dans la santé, en gérontologie puis en cancérologie dans l'industrie pharmaceutique. Il y a toujours eu une femme derrière. Je n'ai cessé de tout embrasser avec la même ferveur.
J'ai compris à 60 ans que cela venait peut-être de quatre lettres : TDAH. Aujourd'hui, c'est presque banal. Des fois, j'ai l'impression que je fus peut-être le tout premier TDAH car, à mon époque, la société ne s'adaptait pas au pauvre enfant dyslexique, dysorthographique, distrait, bavard mais redoutablement sensible et intelligent. Cela se réglait à coups de sanctions, de « Qu'est-ce que nous allons donc faire de toi ? » J'ai eu mon bac à 20 ans, ma maîtrise à 25 ans et je me suis retrouvé officier. Je n'y ai vu que du feu. Je n'ai jamais vraiment compris que j'étais un « adulte ».
Les épreuves m'ont vite fait comprendre que l'enfant qui sommeillait en moi devait mourir pour se métamorphoser en homme solide. J'étais papa de quatre enfants... dont deux (si ce n'est quatre TDAH !). En un an, j'ai dû faire face à un licenciement (après 17 ans de bons et loyaux services), à une séparation, à la mort de mon père et à un cancer dont je suis sorti vivant. Je ne sais même pas comment j'ai réussi à affronter toute cette peine. J'ai compris alors que j'étais plus fort que je ne l'imaginais. J'ai alors décidé de prendre plus de temps pour moi, plus de temps pour mes amis, plus de temps pour l'écriture et pour la musique.
Sully, j'ai écouté tes mots même si je rechute de temps en temps. La lave parfois pousse trop fort, il faut que ça sorte et je dois l'avouer, rien ne me met plus en colère que la bêtise et la méchanceté. Je me sens tout petit à côté de toi, Sully. Tu es un grand poète, un immense artiste et surtout un immense humain. Je suis fier d'être ton ami.



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