Une soif de sens

J'ai été particulièrement touché par la visite du pape, hier, à Paris. J’ai été incroyablement surpris par la foule. Je savais qu’il y avait une sorte de renouveau chrétien dans la jeunesse, et j’ai autour de moi plusieurs adultes qui ont décidé de suivre le catéchuménat afin de recevoir le baptême. Le pape a d’ailleurs rencontré, hier matin, des catéchumènes et des personnes récemment baptisées à l’Institut catholique de Paris. Il a dit son émerveillement devant le nombre d’adultes qui se présentent aujourd’hui sur le seuil de la foi. La veille, il avait passé la soirée avec les jeunes au Stade de France ; puis, à la messe de la Concorde, il a parlé de cette soif de sens¹ que je ressens moi aussi autour de moi. Nous sommes dans une période de non-sens et nous avons l’impression que le mal l’emporte sur le bien depuis déjà quelque temps, avec les guerres, les épidémies et les comportements de haine. Nous avons aujourd’hui toute une jeunesse en quête de sens. Il ne faut pas oublier non plus les adultes, qu’il s’agisse des jeunes adultes ou de ceux qui sont un peu plus âgés, comme moi.

Je suis né en 1965 et j’ai connu une enfance dans les années 70 et 80. Je me souviens d’une France paisible, même si tout n’était pas parfait. C’est vrai que nous étions loin de la technique et des écrans, et que nous passions beaucoup de temps dehors, à nous amuser, à bouger, à faire du vélo ou à aller à la pêche. Peut-être ai-je eu aussi la chance de grandir à la campagne, loin de la ville. Même si je suis né vingt ans après l’armistice, je me considère quand même comme un enfant de la guerre. Mes parents ont été directement impliqués dans les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. J’en parle d’ailleurs beaucoup sur mon blog, parce que ce blog me sert aussi d’exutoire pour me libérer d’un certain nombre d’émotions enfouies en moi. Ce ne sont pas seulement des passions tristes ; il y a aussi des passions joyeuses. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui les passions tristes l’emportent.

La France et son héritage chrétien

La première chose que je voudrais dire en regardant ces images du pape dans les rues de Paris, c’est que nous ne sommes pas encore dans le « grand remplacement » dont parlent certaines formations politiques. Elles ont raison de s’inquiéter des flux migratoires et de la place grandissante de l'Islam radicale, et il faut s’emparer de cette question, car il y a des comportements que l’on ne peut plus accepter. La France éternelle est encore là. Ce n’est pas par hasard si la France est la fille aînée de l’Église : c’est parce que son roi a été baptisé. C’est ainsi qu’est née la nation française, et ce n’est pas rien dans son histoire. À l’Élysée, le pape a lui-même rappelé le baptême de Clovis et les racines chrétiennes de notre pays. Il a aussi parlé de la dignité de toute personne et de la nécessité de vivre ensemble dans la diversité de nos origines².

J’ai été bouleversé de voir la place de la Sainte Vierge dans ce déplacement. Je me définis souvent comme marianiste, c’est-à-dire non pas comme un adorateur de la Vierge, car je n’aime pas le terme d’adoration, mais plutôt comme un grand admirateur de cette femme qui représente peut-être la maman, la toute première des mamans, celle qui protège l’humanité parce qu’elle l’a portée en son ventre. À Notre-Dame de Paris, le pape a évoqué la statue de la Vierge à l’Enfant du XIVe siècle, épargnée par l’incendie, avant de confier à Marie le peuple français et la mission de l’Église. Samedi soir, il s’est aussi rendu à la grotte de Massabielle, à Lourdes³, pour y prier. C’est très étonnant de voir ce pape, qui représente aujourd’hui Jésus-Christ, se prosterner devant la Vierge. C’est étonnant et, pourtant, cela devrait être naturel, puisque c’est le fils de cette femme, qui a porté cet enfant jusqu’à la Croix.

Pourtant, ce monde ecclésiastique est quand même très masculin. Il cache toute l’Église féminine, représentée par les sœurs, qui sont les sœurs non seulement de Jésus, mais aussi de Marie, dont elles sont encore plus proches parce qu’elles sont des femmes qui ont renoncé à porter un enfant. Beaucoup d’entre elles auraient adoré être mamans, mais elles ont décidé de consacrer leur vie à tous les enfants du monde. Lors de sa visite à la Maison Bakhita, le pape a rappelé le rôle fondamental des femmes dans la construction d’une civilisation de l’amour⁴. Cette parole mérite aussi d’être entendue au sein même de l’Église.

La dignité de chacun

Je revois cette image du pape en train de bénir cette jeune fille lourdement handicapée. J’entends déjà des idiots nous expliquer que, si Dieu existe, il ne devrait pas y avoir de personnes handicapées. Oui, ce sont des idiots, parce que Dieu n’est pas là pour trier les hommes. Les hommes naissent avec des forces et des faiblesses, mais ce qui est important, c’est que cette jeune fille tétraplégique nous rappelle la force de l’incarnation de la religion chrétienne. Tous les enfants de Dieu ont en eux cette chair du Christ. Ils font pleinement partie de la communauté chrétienne, et il n’y a pas de différence entre celui qui naît faible et celui qui naît fort. À la Concorde, Léon XIV a rappelé que chacun est une personne unique et irremplaçable⁵. Ce sont des mots que j’entends encore en regardant cette jeune fille.

D’ailleurs, le pape l’a parfaitement montré. Il n’a rien à faire à la table des puissants. Il a refusé toutes les invitations aux grands repas et dans les grands hôtels. Il a choisi de se rendre à la Maison Bakhita, ce lieu parisien où l’on accueille et accompagne des personnes migrantes. Il y a parlé de ceux que l’on ne voit pas, des pauvres et de la dignité de chaque être humain⁴. Ne vous fiez pas à sa tenue blanche de prince de l’Église : il n’en est que le berger. J’ai souvent dit que ce pape manquait de charisme, et peut-être portais-je là un jugement superficiel. Jean-Paul II avait plus de charisme, mais je crois que Léon XIV brille par son humilité.

La vie, la famille et la morale

Je pense que la venue du pape marque notre époque. Il est venu dire à Emmanuel Macron, d’une façon très diplomatique, combien il était préoccupé par la manière dont celui-ci méprisait la vie. À l’Élysée, il a parlé de la grandeur du soin, de la valeur irremplaçable de chaque être humain et des dérives² que peuvent représenter, à ses yeux, la gestation pour autrui et « l’offre d’une mort programmée ». Plutôt que d’essayer d’améliorer l’accompagnement des personnes âgées en France, Emmanuel Macron a préféré faire voter la pire loi du monde concernant l’euthanasie, celle qui présente le moins de garanties quant au respect du temps de réflexion. Personne aujourd’hui ne va remettre en question l’avortement, mais on peut s’interroger sur le faible taux de fécondité en France. Le « grand remplacement » n’est pas dans l’invasion des peuples pauvres qui viennent chercher une forme de survie chez nous, mais plutôt dans la très faible natalité des couples d’origine française.

Avant, dans la tradition catholique, les femmes pouvaient avoir des enfants ; aujourd’hui, elles travaillent et aspirent à avoir la même vie que les hommes, c’est-à-dire métro, boulot, dodo. On peut le comprendre quand on voit des hommes se marier, puis divorcer pour aller vivre avec une femme plus jeune, en laissant la mère de leurs enfants toute seule, sans revenu. C’est évidemment ce sentiment d’insécurité qui pousse les femmes à travailler pour assurer leur indépendance. Si les femmes étaient persuadées qu’elles pouvaient avoir des enfants, les élever et s’occuper de la maison pendant que leur mari travaille — un mari fidèle, qui aime sa famille —, je pense que toutes les femmes, ou en tout cas un certain nombre d’entre elles, peut-être même une majorité, accepteraient facilement ce rôle de femme à la maison. Aujourd’hui, ce rôle est dénigré : une femme qui reste à la maison serait une femme soumise ou sans ambition. Moi, j’ai eu la chance de grandir dans une famille comme celle-là, avec un papa exemplaire et une maman qui était à la maison et s’est occupée de nous. Je ne crois pas qu’elle regrette son choix aujourd’hui, à 83 ans. Mais elle n’a pu le faire que parce qu’elle avait un mari exemplaire.

Nous vivons dans un monde qui manque énormément de morale. Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité, parce qu’il n’a jamais incarné la morale. On voit bien qu’il a fait toute sa carrière dans la finance et qu’il n’y a pas chez lui de dimension spirituelle très forte, même si, parfois, il se vante d’avoir été proche du philosophe Paul Ricœur. Je pense que Paul Ricœur se retournerait dans sa tombe en voyant toutes les décisions qu’a pu prendre Emmanuel Macron. C’est un homme qui aime la guerre ; il a d’ailleurs ce mot à la bouche en permanence. Il ferait mieux d’œuvrer pour la paix. Nous sommes tous très déçus par la classe politique actuelle, qui est très médiocre. Nous sommes tous profondément préoccupés par la situation financière de la France. On ne peut pas être chrétien, faire baisser les impôts des ultrariches et demander aux pauvres de payer l’addition. C’est totalement contraire à toute la pensée de Jésus-Christ.

Je me demande bien quelle serait la solution d’Emmanuel Macron pour cette petite fille handicapée. Il serait capable de souffler à l’oreille de ses parents que l’euthanasie serait la bonne solution. Quand j’ai vu qu’il avait consulté la Grande Loge de France et notamment le Grand Orient de France, plutôt que de consulter l’Église, pour son projet sur l’euthanasie… Quand je pense qu’il se vante que ce sont ces francs-maçons-là qui ont écrit une partie des textes présentés devant l’Assemblée nationale… Quand je pense que le grand maître, ou plus exactement l’ancien grand maître du Grand Orient de France, a fait du lobbying pour inclure les mineurs dans cette loi, c’est vous dire à quel point ils sont éloignés de la parole du pape.

La foule qu’il y avait à Paris ces jours-ci, lors de la visite du pape, montre une chose très importante : c’est le retour aux fondamentaux. Les jeunes ont besoin de sens. Les jeunes ont besoin d’espoir et d’espérance. À la messe de la Concorde, devant une foule d’au moins 700 000 personnes selon Vatican News, Léon XIV s’est adressé aux jeunes et aux catéchumènes ; il leur a demandé de transmettre à leur tour l’espérance⁵. Emmanuel Macron incarne cette désespérance. Comment a-t-il pu laisser traîner cette rumeur au sujet de sa femme ? C’était tellement simple de faire taire cette rumeur.

La technique et le sacré

Lorsque le pape dit ses préoccupations au sujet de la gestation pour autrui, on voit bien que ni Emmanuel Macron ni Gabriel Attal ne vont applaudir des deux mains. Il ne s’agit pas ici de juger les couples de même sexe qui ont un désir d’enfant. Il s’agit de réfléchir au ventre de ces femmes qui donnent leurs ovocytes, et aux conditions dans lesquelles cela se fait. Comment voulez-vous que la Vierge, qui a porté un enfant pour donner justement du sens à la grossesse, puisse accepter ce genre de pratique ? Quand j’entends certains dire que la virginité de Marie impliquerait qu’il s’agirait de la première gestation pour autrui, j’y vois une profanation terrible du message de cette virginité.

La plupart des gens qui font appel à la gestation pour autrui n’acceptent pas l’idée qu’être homosexuel implique que l’on ne puisse pas avoir d’enfants dans des conditions dites naturelles. Il y a toujours la possibilité de l’adoption. Mais peut-on aujourd’hui détourner la nature en allant chercher les ovocytes d’une femme, en les fécondant artificiellement, puis en implantant les embryons dans le ventre d’une autre femme ? Je vois ici de la technique. Tout progrès n’est pas forcément bon pour l’humanité. Si le progrès en question dilue la dignité et le sacré de l’humanité, alors il ne s’agit plus d’un progrès, mais d’une forme de déchéance. Accepteriez-vous que l’on clone votre enfant afin de pouvoir le remplacer s’il venait à mourir ? Après tout, certains pourraient y voir un progrès, et pourtant nous savons tous qu’il s’agit d’une profanation. Le problème, c’est qu’aujourd’hui les gens pensent que l’argent peut tout acheter.

Une France généreuse et exigeante

Vous avez remarqué que le pape, lorsqu’il est monté sur cet escalier triangulaire pour saluer le peuple, n’est jamais allé au centre : il est resté sur les bords du carré. Emmanuel Macron, ou n’importe quel homme politique, aurait fait comme n’importe quelle vedette : il se serait mis au centre. C’est toute la force de cet homme simple qui, pourtant, est à la tête d’une communauté de plus d’un milliard d’hommes et de femmes sur cette terre. Il a montré qu’on pouvait susciter une liesse extraordinaire tout en étant le plus simple et le plus modeste des hommes. Il s’agissait hier d’une ode à la joie dans un pays meurtri par les larmes et par la haine de l’autre.

Autrefois, c’était peut-être la gauche qui incarnait le plus la parole du Christ, par son intérêt pour les plus pauvres. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est une droite conservatrice qui incarne le plus le retour à la morale, à l’ordre et à la discipline, non pour contraindre, mais pour sauver une humanité en pleine dérive, une humanité mineure totalement hypnotisée par les réseaux sociaux et par l’intelligence artificielle, et menée par le bout du nez par des milliardaires diaboliques dont le seul but est de faire de l’argent, un argent dont ils n’ont d’ailleurs pas besoin, tout en privant le reste du monde de la possibilité de manger, de s’habiller, de se chauffer ou de se rafraîchir dignement. Le pape a lui aussi parlé, à l’Élysée, de la nécessité de garder un discernement éthique face à l’intelligence artificielle, pour que la personne humaine demeure au centre de nos choix².

Les guerres, que ce soit en Ukraine ou en Iran, ont un impact direct sur le pouvoir d’achat des Français ; on le voit notamment sur le carburant. C’est une situation insupportable, et j’ai hâte que nous changions de système et que 2027 nous donne un nouveau président de la République, avec une nouvelle équipe qui, je l’espère, remettra de l’ordre dans ce pays devenu un bateau fou, dirigé par un Rastignac à la solde de l’Europe et des Américains. Nous devons revenir à la France éternelle, une France généreuse mais exigeante. La France ne doit donner qu’à ceux qui le méritent et à ceux qui la servent, et non à ceux qui s’en servent éhontément.

En savoir plus sur Léon XIV

Robert Francis Prevost naît le 14 septembre 1955 à Chicago. Après des études de mathématiques et de philosophie à l’université Villanova, il entre en 1977 dans l’ordre de Saint-Augustin. Ordonné prêtre en 1982, il poursuit à Rome des études de droit canonique.
Le Pérou devient sa seconde patrie. Missionnaire à Chulucanas, puis à Trujillo, il forme de jeunes religieux, enseigne au séminaire et exerce un ministère en paroisse. Il y découvre une Église proche des familles et des populations modestes. Élu prieur général des Augustins en 2001, il dirige l’ordre pendant douze ans et visite ses communautés à travers le monde.
En 2014, le pape François le nomme administrateur apostolique de Chiclayo, au Pérou. Il en devient l’évêque l’année suivante et acquiert la nationalité péruvienne. Sa devise, In Illo uno unum — « En Celui qui est un, nous sommes un » — exprime son attachement à l’unité de l’Église. En 2023, François l’appelle à Rome comme préfet du Dicastère pour les évêques, puis le crée cardinal.
Élu pape le 8 mai 2025, il prend le nom de Léon XIV. Il est le premier pape né aux États-Unis et le premier issu de l’ordre de Saint-Augustin. Ce nom rend hommage à Léon XIII, auteur de l’encyclique sociale Rerum novarum. Comme son prédécesseur face à la révolution industrielle, Léon XIV veut que l’Église réponde aux bouleversements de son temps, notamment à ceux de l’intelligence artificielle, en défendant la dignité humaine, la justice et le travail. Son parcours relie ainsi Chicago, l’Amérique latine et Rome : trois horizons qui éclairent sa manière d’exercer la charge pontificale.
Les augustins sont des religieux catholiques inspirés par saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone. L’ordre auquel appartient Léon XIV n’a pourtant pas été fondé par lui : il naît en Italie au XIIIᵉ siècle, lorsque des communautés d’ermites s’unissent en 1244, puis en 1256. Les frères associent vie commune, prière et service. 
Leur spiritualité repose sur la recherche de Dieu et de la vérité, en soi et avec les autres. Ils aspirent à vivre « d’un seul cœur et d’une seule âme », dans l’amitié et la charité. Ils mettent leurs biens en commun et prennent soin de chacun selon ses besoins. 
Leur habit traditionnel comprend une tunique noire, parfois blanche, un capuchon et une ceinture de cuir noir. 

Notes

¹ Saint-Siège, rencontre avec les catéchumènes et les néophytes, 26 septembre 2026 ; veillée avec les jeunes, 25 septembre 2026 ; homélie à la Concorde, 26 septembre 2026.

² Saint-Siège, discours du pape à l’Élysée, 25 septembre 2026.

³ Saint-Siège, vêpres à Notre-Dame de Paris, 25 septembre 2026 ; programme officiel du voyage, 25–28 septembre 2026.

⁴ Saint-Siège, visite à la Maison Bakhita, 26 septembre 2026.

⁵ Saint-Siège, homélie à la Concorde, 26 septembre 2026 ; Vatican News, compte rendu de la messe.